Fillon à Orléans : acharné sans doute, durable certainement pas

François Fillon revendique la stratégie du pilote de course, et entend pousser son moteur le plus loin possible. Le véhicule est un peu accidenté, il perd de l’huile, le pot d’échappement crache un épais nuage de fumée noire, au point que son équipe est asphyxiée, mais rien n’empêchera le conducteur de rester sur la piste. Un candidat durable, comme il viendra sans doute l’affirmer encore à Orléans ce soir, en évoquant le développement du même nom et en confondant comme souvent ce qui est « soutenable », c’est-à-dire ce que nous engager sans gâcher les ressources des générations futures, et ce qui consiste à croire en une croissance perpétuelle et infinie.

Le programme de François Fillon en termes d’environnement, d’énergie et d’agriculture est sans nul doute l’un des plus rétrogrades qui soient. Il y a peu de temps, interrogé sur RTL, Nicolas Hulot s’est dit « désolé » par les idées de François Fillon. « C’est dommage que quelqu’un qui visiblement est proche des milieux catholiques n’ait pas été plus inspiré par l’encyclique du pape » sur l’environnement.
Il y a 10 ans, Serge Grouard signait le pacte écologique proposé par Nicolas Hulot. Aujourd’hui le programme du candidat qu’il soutient avec entêtement propose un projet qui prône la relance du nucléaire, de la recherche sur les OGM et les gaz de schiste, qui veut, entre autres réjouissances, bannir le principe de précaution pourtant inscrit depuis 2005 dans la constitution, et mettre fin aux subventions aux énergies renouvelables…
En ce qui concerne le nucléaire, aucune allusion bien sûr aux risques d’accident, à la nécessité d’importer l’uranium, ressource qui n’est pas inépuisable, au traitement des déchets, et au coût financier qui explose. Pour Nicolas Hulot : « Les faits sont là, et notamment d’un point de vue économique c’est un mode de production énergétique qui nous emmène dans des dérives financières absolument terrifiantes ».
En libéral farouche, rejoignant la logique et le discours de Trump aux États-Unis, Fillon conspue « l’overdose normative » et veut exonérer nos entreprises des normes qui les « pénalisent ». Jusqu’à mettre en cause le principe de précaution en cas de risque sur l’environnement. « Revenir en arrière serait une régression » souligne à ce sujet Nicolas Hulot.
Bref, une lignée qui laisse envisager les pires dérives. Nous écouterons les annonces faites à Orléans ce soir, mais si elles sont dans la même veine, le pour-toujours candidat Fillon restera le très mauvais élève de la protection de l’environnement.

Dans cette campagne présidentielle, François Fillon s’est disqualifié tout seul, et Serge Grouard ne sera pas ministre du Développement durable. Et c’est tant mieux : il aurait dû appliquer un programme, coordonné par lui-même dit-on, qui n’a rien de soutenable.

La culture en maillot de bain

La presse (« certains médias« ) est de mauvaise foi : le maire d’Orléans ne déshabille pas la politique culturelle de sa ville. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter… Les preuves : la ville consacre environ 10% de son budget à la culture et soutien encore quelques institutions et quelques manifestations.

Mais l’argument sur le pourcentage budgétaire ne tient pas l’analyse, il ne veut rien dire et la comparaison des budgets culture des villes est impossible tant le terme « culture » rassemble, selon les cas, des équipements et des actions de nature très différente. Dès lors que l’on y intègre par exemple les lourdes dépenses de l’événementiel (festival de Loire, marché de Noël…), le calcul est faussé.
Une ville comme Orléans, capitale régionale, accueille du fait de ce statut (et c’est une chance pour le « rayonnement » de la ville même si cela pèse sur son budget culturel) des structures d’envergure nationale (théâtre, danse, musées…). On pourra ainsi remarquer que dans les grandes métropoles françaises capitales régionales, la part du budget culture est plutôt de l’ordre de 20%…

Quant au soutien annoncé du musée des Beaux Arts et du Museum, on se demande aussi où est la mauvaise foi : les deux premiers mandats de Serge Grouard n’ont pas été très probants sur ce plan, et il n’y a plus de direction officielle depuis environ un an et demi, la ville étant à la recherche d’un improbable profil de direction pour les 2 musées (+ celui d’archéologie). Une situation décrite dans La Tribune de l’Art comme « du grand n’importe quoi »… (voir l’article de juin 2014 sur ce site).

La mise en cause de la presse par Serge Grouard sur facebook met en avant également la valorisation de la collégiale St-Pierre le Puellier, qui n’a rien d’évident lorsque l’on se rend sur place (voir là aussi l’article publié sur ce site la semaine dernière…).

Mais surtout, ce petit texte de réponse d’une totale bonne foi évite d’aborder les interpellations sur le fait que cette annonce de rigueur budgétaire est faite au moment ou la ville décide un investissement conséquent et assumé sur une opération de communication médiatique (l’élection de miss France, remarquable par ailleurs quant à l’image de la femme) aux retombées totalement sujettes à caution, ou sur le fait que l’événementiel soit sanctuarisé, alors qu’il paraît évident que compte tenu des sommes engagées, c’est bien là qu’il y a une marge de manœuvre. Il est assurément possible de faire du festival de Loire une très belle fête en limitant le budget d’acheminement des bateaux et en associant de façon plus importante les associations locales.

Rien non plus sur le maintien des investissements dans les installations liées à la voirie, où, contrairement aux dépenses culturelles, il n’y a pas la moindre retombée économique mais au contraire des charges d’entretien supplémentaire pour l’avenir. Lorsqu’il s’agissait de défendre la construction du parking du Cheval Rouge pour 8 millions d’euros, monsieur le maire s’est-il inquiété de rigueur budgétaire ? Combien d’années de festival de Jazz, avec ses retombées économiques, pour ces 8 millions d’euros ? Idem pour la place du Martroi.

Pas plus d’allusion à la baisse des subventions aux associations, qui va peser lourdement sur la vitalité de celles-ci, premières actrices de l’action culturelle tout particulièrement dans la proximité des quartiers.

Il est à craindre que cet arbitrage défavorable au secteur culturel soit malheureusement électoraliste. Les dépenses dans ce secteur sont désormais mal perçues par l’opinion, selon de récents sondages. Les retombées positives en terme d’image et de finances sont mal identifiées. L’action culturelle génère pourtant non seulement un flux touristique, mais aussi un flux de résidents, des personnes choisissant de vivre dans la commune en raison de son attractivité culturelle.

Par-delà le pourcentage du budget, c’est le dynamisme culturel qu’il faut avoir la volonté d’amplifier. Avec ces annonces, c’est un coup d’arrêt, un signal d’abandon, qui prend le risque de déprimer les acteurs culturels et de casser leur élan, leur enthousiasme. Les budgets restants seront absorbés par les coûts de fonctionnement des équipements, au détriment du financement des projets et du soutien aux structures émergentes. C’est pourtant de ce dynamisme que provient en réalité l’attractivité du territoire.

De l’attractivité du Cloître Saint-Pierre le Puellier

IMG_1262Les assises de la culture tenues à Orléans début 2013 n’ont pas eu beaucoup de retombées concrètes, c’est un euphémisme, et fin 2014 les perspectives de poursuite du dialogue (si tant est que l’on puisse dire qu’un dialogue a été lancé) sont nébuleuses. Il faut croire que tout va bien dans le meilleur des mondes, les acteurs culturels ont le moral et les publics, d’une remarquable diversité, sont enthousiastes.
Parmi les remarques et constats portés par les acteurs culturels d’Orléans, un point avait fait consensus : le manque flagrant, dans notre grande ville « capitale régionale », d’un lieu d’exposition consacré à l’art actuel. Faute de grande ambition dans ce domaine, comme dans les autres de la politique culturelle, une réponse fut annoncée et tenue : la collégiale Saint-Pierre le Puellier, qui jusqu’ici avait une programmation, comment dire, hétérogène, allait désormais renforcer son identité de lieu culturel en se consacrant exclusivement à l’art contemporain.
De fait ont été organisées ces derniers mois de nombreuses expositions qui n’ont pas manqué de qualité et d’’intérêt. Les amateurs apprécient et les promeneurs d’un week-end ensoleillé y trouvent une étape de curiosité supplémentaire dans leur visite de la ville.
Avant d’entrer dans la collégiale pour visiter l’expo, on traversera une bien belle place de la ville ancienne, superbe mise en valeur de ce lieu patrimonial. Une « mise en scène » avant d’entrer dans le lieu qui ne manquera pas d’attirer toujours plus les Orléanais et les touristes flânant entre quais de Loire et vielles ruelles du quartier Bourgogne, dont tout le monde vante les façades rénovées.
 
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Nul doute que l’on prendra plaisir à faire une pause sur le petit banc de la place, après avoir admiré les panneaux d’informations touristiques. Le secteur étant plutôt piéton, on évitera le vélo pour lequel il est un peu difficile de trouver un emplacement de stationnement.
Il n’y a pas à dire, la ville d’Orléans sait créer une ambiance propice au rayonnement culturel, sait valoriser les hauts lieux de sa politique culturelle et affirmer une grande ambition pour les bâtiments les plus prestigieux de son patrimoine.
 
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