100% des cyclistes sont d’irresponsables et dangereux délinquants

Le Conseil national de la Sécurité routière (CNSR) admoneste les cyclistes pour leurs incivilités, et préconise l’application draconienne d’amendes « minorées adaptées », après qu’une étude diligentée par l’assureur MMA tendait à montrer que 88 % des cyclistes ont déjà commis une infraction à vélo. Aussitôt les médias nationaux et locaux en font un sujet de choix qui suscite les commentaires passionnés, en mode brèves de comptoirs, des utilisateurs de la voirie que nous sommes tous. Il ne faut pas se mentir, le chiffre du sondage MMA est minoré : en réalité, ce sont bel et bien 100 % des cyclistes qui ont un jour ou l’autre, voire quotidiennement, « commis une infraction à vélo ». Il convient même d’aller plus loin dans cet examen d’un cas de conscience sociale absolument vital : les piétons eux-mêmes ne cessent, chaque jour, de contrevenir au Code de la route, et l’on peut déplorer là aussi un taux de 100 % d’infractions quasi quotidiennes.
Il suffit malheureusement de circuler un peu en ville pour constater ces plus que fréquentes incivilités : traversée de la chaussée hors passage piéton, ou bien alors même que le « bonhomme » n’est pas encore au vert, promenade sur les pistes cyclables, voire sur la chaussée pour les plus inconséquents. Ce sont des règles que l’on explique consciencieusement à nos enfants lorsqu’on les accompagne, mais dont on s’affranchit très vite lorsque l’on est seul, pressé, ou simplement parce que l’on n’a pas envie de faire un petit effort supplémentaire.
Je ne reviens pas sur les vélos, tant a déjà été dit : feux, trottoirs, sens interdits…
En circulant ainsi en ville, on constatera par la même occasion que 100 % des automobilistes commettent eux aussi quotidiennement quelques infractions : limite de vitesse, distances de sécurité, stationnement sur les trottoirs ou les pistes cyclables, respect des passages piétons, changement de voie intempestif, feux orange, voire rouge…

Nous sommes tous piétons, parfois cyclistes, et souvent automobilistes, et nous savons bien que le Code de la route n’est jamais intégralement respecté, pour des infractions très très rarement verbalisées. À commencer par les innombrables incivilités et imprudences des automobilistes qui provoquent la quasi-totalité des accidents les plus graves et mettent en danger à la fois les autres conducteurs, les cyclistes et les piétons, très peu protégés.

Bien sûr, il faut tout faire pour que les cyclistes respectent les autres usagers, mais cela commence avant tout par leur fournir des aménagements adaptés. Je vous renvoie sur l’excellente argumentation d’Olivier Razemon, « les 10 raisons pour lesquelles les cyclistes commettent des infractions au code de la route », je ne saurais être plus complet.

Les collectivités sont toutes engagées dans divers plans de déplacements urbains ou de protection de l’atmosphère, sans parler de tous les plans locaux d’urbanisme, projets d’aménagement et de développement durable et autres schémas de cohérence territoriale. Tous affirment des engagements destinés à diminuer la pression de circulation automobile sur nos modes de déplacements et sur la pollution atmosphérique. Favoriser les transports en commun et les déplacements doux est partout affiché comme un objectif incontournable.

Alors prenons garde : il en est de même qu’avec le port du casque à vélo. C’est en effet une excellente chose pour la sécurité du cycliste, mais son obligation dissuaderait une bonne part des volontaires. Sévir en pénalisant les cyclistes sans avoir créé préalablement les conditions favorables à leur déplacement en toute sécurité, cela risque fort de les décourager tout autant.

En zone urbaine, les seuls espaces où le partage de la voirie fonctionne à peu près correctement sont les « zones de rencontre » et les « zones 30 ». Avant de sortir le carnet de contraventions, la première mesure à prendre consiste donc à passer l’ensemble des rues des centres-ville en zone 30.

Lettre du Hérisson

lettreherisson

Numéro 255 de la lettre de France Nature Environnement, avec notamment, page 4, un hommage à Rémi Fraisse

En mémoire de Rémi
Rémi Fraisse, 21 ans, adhérent à Nature Midi-Pyrénées, association affiliée à FNE Midi-Pyrénées et France Nature Environnement, a été tué dans la nuit du 25 au 26 octobre, en marge de la manifestation citoyenne contre le barrage de Sivens, dans le Tarn.
Actif au sein du groupe botanique de Nature Midi-Pyrénées, il suivait la flore protégée en Haute-Garonne et en particulier
la Renoncule à feuille d’ophioglosse. Témoignage et hommage.

Un Pinocchio d’honneur à Xavier Beulin, pour l’ensemble de son œuvre

Les Amis de la Terre ont décerné il y a quelques jours les 7e prix Pinocchio du développement durable, afin de distinguer les entreprises qui mènent les campagnes de communication les plus trompeuses, qui surexploitent et détruisent les ressources naturelles, ou encore qui déploient des trésors d’imagination pour affaiblir ou contourner les normes environnementales et sociales existantes. De bien convaincants lauréats cette année encore, d’ardents défenseurs d’un certain type de développement, où la « durabilité » se mesure surtout en termes d’emprise sur le marché international.
Alors que vient de s’achever à Orléans l’Open Agrifood, dont l’objectif annoncé était de « définir et imposer le modèle alimentaire des générations futures et s’appuyer sur une agriculture et une industrie de transformation modernes et compétitives, que seule une synergie fructueuse permettra d’atteindre », c’est toujours et encore là aussi la « Responsabilité Sociale et environnementale » des entreprises qui a été invoquée pour apporter des solutions « originales et inventives » au développement de l’agriculture française et de la filière de distribution. Il n’aura été question que de solutions vertueuses aux défis environnementaux et sociaux, avec au demeurant quelques personnalités passionnantes à la tribune.
L’Open agrifood affirme vouloir mettre en œuvre une véritable collaboration entre tous les acteurs économiques de la chaîne alimentaire, en dépassant clivages et oppositions trop souvent invoquées pour justifier des postures passives voire passéistes… Il convient de devenir modernes et compétitifs. Au diable les rapports de force qui émaillent les relations entre producteurs et distributeurs, par exemple, l’innovation et la technologie vont nous sauver.
Là où cela se gâte, comme toujours, c’est lorsqu’il faut aborder les enjeux financiers, la compétition des entreprises, le partage de la valeur sur l’ensemble de la chaîne. Alors la façon d’envisager les choses devient moins partagée, les acteurs sur les marchés n’ayant pas tout à fait la même perception des « grands équilibres mondiaux » (et de la survie des grands groupes français de la filière).
Là où cela se gâte, comme toujours, c’est lorsque l’on confie la présidence de ce grand forum à Xavier Beulin, dont le parcours et les multiples déclarations comme chef d’entreprise et comme responsable syndical donnent une tonalité quelque peu partisane aux débats. Haro sur les normes et les écologistes, sur les contraintes et la réglementation. Libérons l’ingénierie et les modifications génétiques des « produits » agricoles pour conquérir marchés mondiaux. Les circuits courts, la proximité, la saisonnalité, le terroir, les petites exploitations… tout cela n’est pas à l’échelle des ambitions d’un entrepreneur qui croît avant tout au progrès technologique.

Pour cette énième présidence, et pour tout l’habillage « responsable » de l’événement Open Agrifood, je proposerais volontiers aux Amis de la Terre d’envisager avec attention la candidature de Xavier Beulin aux prix Pinocchio de 2015. Il mérite amplement selon moi un prix d’honneur, pour l’ensemble de ses déclarations et ses multiples casquettes, qui, comme celle de Sofiproteol, affiche fièrement son « engagement durable ». Tout en avouant benoîtement qu’il s’agit avant tout de « créer durablement de la valeur ». Reste à savoir si c’est une valeur que nous pouvons partager…

Politique culturelle européenne : un signal désespérant

Malgré le rejet de sa candidature par la Commission Culture et Éducation du Parlement européen, Tibor Navracsics, ancien ministre de la justice du gouvernement de Viktor Orban en Hongrie, a été confirmé commissaire européen pour l’Éducation, la Culture, la Jeunesse et les Sports. Seule modification par rapport à la proposition initiale de Jean-Claude Juncker, la responsabilité de la « Citoyenneté » lui a été retirée (remplacée par celle des sports).
Lors de l’audition devant la commission, l’ancien ministre de la Justice s’était vu reprocher sa proximité avec le gouvernement Orban et certaines réformes jugées liberticides effectuées sous sa responsabilité, comme celles des médias ou de la justice.
Par ses réponses, Tibor Navracsics a tenté de prendre ses distances avec les politiques mises en œuvre par le gouvernement hongrois, mais n’a pas convaincu.

Malgré ce rejet, par le biais d’un vote bloqué sur l’ensemble des commissaires la liste proposée par le nouveau président de la Commission européenne a finalement été approuvée par le Parlement.

Cette nomination révèle une double consternation : d’une part elle confie la gestion de la politique culturelle européenne à un populiste dont on peut craindre qu’il mettra en cause le dialogue des créateurs, des cultures et des pratiques, et d’autre part elle souligne le peu de cas qui est fait de la culture à la commission européenne.
Car si ce poste échoit à ce membre d’un parti notoirement anti-européen (Fidesz-Union civique hongroise), c’est uniquement parce que l’on y projette beaucoup moins d’importance que dans les autres secteurs. La priorité annoncée de M. Juncker : le redressement économique. Et dans ce projet, la culture y est uniquement abordée comme devant cibler les projets qui favorisent « la croissance et l’emploi ».
La bataille sur la diversité culturelle, chère à la France mais peu soutenue par ailleurs, risque de devenir toujours plus difficile, et finir par céder sous les coups de boutoirs des tenants d’une vision exclusivement financière des enjeux économiques liés à la crise.

Les démarches du type « Agenda 21 de la culture » pour plaider l’importance de la culture dans le développement local, portées à l’échelle européenne et mondiale par le CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis) ont du souci à se faire…
Cette idée de baser le développement humain sur un processus d’élargissement des libertés tenant compte de la culture et de ses facteurs tels que la mémoire, la créativité, la diversité et le savoir, n’est malheureusement pas trop dans l’air du temps…

Florent Montillot : l’éducation en mode binaire

Les parents d’élèves de l’école Jean Mermoz ne se sont pas bien comportés, ils doivent être punis. Tenir une réunion dans l’école de leurs enfants, et que celle-ci dégénère jusqu’à prendre la forme d’une occupation provisoire pour exiger de l’État qu’il fasse le nécessaire pour éviter que des enfants dorment à la rue, c’est inacceptable. C’est une instrumentalisation de l’école pour des motifs humanitaires, pour mettre en avant la solidarité, voilà qui n’est pas très responsable. Florent Montillot, Maire Adjoint à l’éducation et aux connaissances, à la prévention et à la réussite éducative, s’étrangle et n’entend pas en rester là : les locaux ont été profanés (cela a un petit côté paradoxal, mais l’école laïque serait un « sanctuaire » auquel les parents d’élèves ne pourraient accéder a priori), les installations risquaient d’être endommagées, la sanction sera donc que le nouveau matériel pédagogique moderne et innovant n’y sera pas testé. Jusqu’à brandir la menace de poursuites en justice vis-à-vis des parents.

De par sa charge d’élu, Florent Montillot est certes garant des installations scolaires. On lui demande en fait avant tout d’être à l’écoute de la communauté éducative, et notamment des parents d’élèves, interlocuteurs privilégiés puisqu’ils sont en même temps ses administrés, pour que ces installations soient parfaitement adaptées à l’éducation et au bien-être des enfants.
Mais l’adjoint à l’éducation n’entend pas en rester là : il se voit plutôt comme éducateur en chef, des élèves comme de leurs parents, et confond vite ces derniers avec des ados en perte de repères auxquels il conviendrait de réexpliquer les valeurs du bien et du mal.
Lors du conseil municipal de septembre, à l’occasion de la communication sur la rentrée scolaire, il avait saisit au vol une belle occasion d’expliciter sa conception de la dualité récompense/sanction, qui permettrait l’éducation :
 

 
De fait, on a tendance depuis bien trop longtemps à considérer le système récompense/sanction comme le pilier de toute éducation. Pourtant, les pédagogues démontrent facilement qu’un tel système est au cœur du conditionnement, non de l’apprentissage (construction volontaire et consciente de comportements compris et choisis).

Il y avait la carotte (un équipement intéressant pour l’école), mais les parents qui se sont mal comportés recevront le coup de bâton (l’attribution de cet équipement à une autre école). Au détriment des enfants en fin de compte.
Ce qu’a sans doute mal perçu Florent Montillot, c’est qu’il avait en l’occurrence en face de lui des parents d’élèves qui se mobilisent précisément pour un motif éducatif, consistant à valoriser un discours d’entraide et de soutien à des enfants en danger. Qui plus est, il assimile ce collectif de familles à des individus en détresse se battant pour un objectif personnel (« des pères divorcés qui au lieu de monter au sommet de la cathédrale viennent là ? Des familles dont les allocations familiales ont baissé et qui s’inquiètent légitimement de leur avenir ? Des pères de famille qui craignent d’être licenciés ? Tout sera prétexte… »). Mais pourquoi diable les parents d’élèves auraient-ils l’intention de s’en prendre au matériel de l’école de leurs enfants ?
Les raccourcis de M. Montillot tendraient presque à les faire passer pour des forcenés mettant en danger la sécurité de leur école et de leurs propres enfants !

Voilà un adjoint qui entend régir l’école à sa façon, la même qu’il utilisait lorsqu’il était officiait à la sécurité. Il y a là un manque de discernement quant à son rôle et à ses interlocuteurs, qui témoigne d’une défiance incompréhensible vis-à-vis des parents d’élèves. Cette suspicion ne peut lui permettre d’exercer sa mission dans des conditions satisfaisantes.

Il faut en finir avec le mode binaire… 1 et 0. Même en informatique les recherches les plus prometteuses portent sur la conception d’un futur ordinateur quantique, où un « qubit » peut être dans les 2 états en même temps, ce qui est (apparemment !) en train de révolutionner le calcul en permettant une puissance et des opérations inimaginables à l’aide d’un ordinateur classique.
Une évolution qui arrivera avant même que l’on puisse ne serait-ce qu’imaginer un Montillot quantique.

Politique culturelle et rigueur budgétaire : à Orléans, les décisions sont annoncées dans la douceur

La situation financière des collectivités territoriale en ces temps de disette est contrainte, personne ne le conteste, et Serge Grouard admet bien volontiers les réductions dans la dépense publique imposées par l’État, tout en regrettant la méthode du gouvernement, « sa brutalité sans aucune consultation préalable ». Cette critique étant posée, on se dit que les arbitrages opérés par la ville d’Orléans se feront nécessairement dans la concertation et avec toute la modération qui permettra d’éviter les regrets et les polémiques. Dès lors qu’il faut établir des priorités dans les investissements financiers, la consultation consistera, peut-on imaginer, à rencontrer les partenaires de la ville pour débattre des efforts à porter sur tel ou tel secteur, en épargnant tel ou tel autre. Car comme le dit Serge Grouard, « ce n’est pas sorti du chapeau comme ça, en se disant ‘tiens, ça on aime bien, on va sanctuariser’. Ça ne se passe pas comme ça ».

Pas de brutalité à Orléans, dixit Serge Grouard : les arbitrages ne sont pas imposés, « ça fait l’objet d’itérations successives avec les services de la ville, avec les différents élus. » « Le budget, ce sera le moment du débat. Mais les décisions elles ne se prennent pas au moment du débat, elles se prennent avec les services de la ville, avec les élus de la ville, et puis après on assume ».
« On assume », cela veut dire que l’on ne reculera pas : « Reculer, c’est aller dans le mur. La France va dans le mur parce que personne n’a le courage de décider. Voilà ! (…) Il y a une pétition, il y a une manifestation, mais si on est convaincu, après avoir retourné les choses, après avoir touillé dans le pot, après avoir pris des semaines et des semaines de réflexion, que ce que l’on propose est globalement le moins pénalisant. Alors que fais-je ? Je renonce, je cède, parce que je ne veux pas d’embêtement ? Ce n’est pas ma méthode. »

On devine donc, à mots couverts, la méthode de Serge Grouard : il touille dans le pot, dans l’intimité de son bureau et dans celui de l’adjoint aux finances, avec la participation amicale de l’adjointe à la culture et de ses services pour ce qui concerne en l’occurrence le budget culturel. Une popotte en forme de « consultation restreinte » qui dicte les décisions, pour ensuite les annoncer et les assumer courageusement.
Un mode de concertation, s’il y a lieu d’utiliser ce mot, qui ne se soucierait donc pas trop d’associer les acteurs culturels concernés ? Mais ne parlons pas de brutalité, il s’agit plutôt de courage à décider et à assumer ses choix.

Ce qui est assumé, c’est un arbitrage privilégiant les événements qui attirent le plus de monde possible. Avec au passage une attaque à peine voilée envers les manifestations considérées comme « élitistes », supposées destinées à ce que l’on appelait autrefois la « gauche-caviar », on dira plus volontiers aujourd’hui aux « bobos ». À ce compte, et en prenant en considération les critères de fréquentation, beaucoup de manifestations culturelles ont du souci à se faire dans la ville d’Orléans. Cette orientation tire toujours plus dans la direction de l’événementiel, qui devient intouchable, mais tendra à laisser de côté toute la diversité et la richesse culturelle.
Pour le reste, il suffit de caricaturer l’expression des désillusions en criant à la manipulation politique, et de ne pas trop s’expliquer sur les autres options qui auraient pu être versées au débat : dégager par exemple de la marge de manœuvre sur les gros budgets de l’événementiel ou sur les travaux de voirie. Cette gestion par la polémique fait partie de la méthode : le débat devient vite opportunément caricatural et artificiellement politique, les opposants s’engouffrent tête baissée dans la brèche pour alimenter la controverse… Et cela évite d’avoir à trop entrer dans les détails.

Il n’y a pas si longtemps ont eu lieu des « assises de la culture » puis une élection municipale, où l’on imaginait que les orientations de ce début de mandat avaient été discutées, présentées et annoncées (courageusement). Non, tout se passe comme si la nouvelle majorité entamait son premier mandat et découvrait une situation difficile qu’elle n’avait pas anticipée. Peut-être s’agissait-il de ne pas trop émouvoir les Orléanais (et surtout les responsables de structures culturelles) en pleine campagne électorale… Il est bien hypocrite aujourd’hui de feindre de s’étonner des réactions de la scène musicale orléanaise face à ces brusques remises en cause d’une partie du Festival de jazz, du Jour J, de la programmation O’Jazz, de l’Astrolabe 2…

Cela a-t-il un sens dans ce contexte d’annoncer une relance des « assises de la culture » ? Établir maintenant un dialogue avec les acteurs culturels qui, malgré leurs efforts, peinent à toucher un large public, risque d’être compliqué. Puisque les choix budgétaires ont été faits et puisque l’orientation générale est clairement établie, le dialogue va manquer d’intérêt. Il faudra beaucoup d’énergie pour laisser entendre à ces interlocuteurs que quelque chose peut se décider avec eux, en écoutant leurs avis, puisque tout se décide en réalité dans les bureaux des élu-e-s au cas par cas. Personne n’était dupe, mais les assises de la culture pouvaient porter l’espoir d’un fonctionnement plus transparent. L’opacité de la construction du budget l’emporte, et de loin.
Car lorsqu’il s’agit de budget, la discussion n’est pas même envisagée.

 

Merci à Clodelle, qui a partagé sur son site www.clodelle45autrement.fr les instructifs extraits de la conférence de presse du 6 novembre dernier. Cela permet de mieux comprendre l’argumentation de nos élus :

ORLEANS’JAZZ 2015 présenté par Serge GROUARD et Nathalie KERRIEN
CONFERENCE DE PRESSE sur la POLITIQUE CULTURELLE mise en œuvre à ORLEANS

Femmes audacieuses, mais toujours bien mal représentées…

Ce jeudi 6 novembre 2014 seront remis, à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Loiret, les prix de la 2e édition du « Trophée des Audacieuses », destinés à récompenser les femmes chefs d’entreprises. Une louable initiative visant à « mettre en lumière l’audace et la volonté de femmes qui ont osé donner vie à leur projet professionnel. » IL y aura donc 100% de lauréates, dans une maison (la CCI) où les membres élues 2011-2015 sont un peu moins de 13% (4 femmes sur 31), un peu plus de 11% pour ce qui est du bureau (1 femme sur 9 élus, mentionnée sur le site de la CCI comme « Trésorier adjoint », excusez du peu). IL y a un peu moins de 3 semaines, jeudi 16 octobre, La République du Centre, Alliance Média et leurs partenaires institutionnels distribuaient des trophées à 9 entreprises du Loiret, dont 2 étaient représentées par des femmes. Soit un peu plus de 20%, ce qui semble bien être proche de l’exploit dans le monde de l’entrepreneuriat. Fabienne Loréal, directrice du site Otis à Gien, a ainsi été récompensée par le prix « Loire & Orléans », gracieusement remis par Éric Doligé : « Cette année Miss France est… » Monsieur le distingué président du Conseil Général a dû être déçu que Fabienne Loréal ne monte pas sur scène en maillot de bain…

Manifestement, certains élus UMP du Loiret ont une invraisemblable fascination pour le concours Miss France…
Sur l’ensemble de cette cérémonie, les « officiels » qui remettent les prix sont exclusivement masculins. Il en est ici comme à la CCI ou au lancement de « Loire et Orléans » : lorsqu’il s’agit de poste de représentation, pas question de laisser la place à une femme. Valoriser le dynamisme et l’audace, d’accord, mais de là à céder la place de celui qui dispose du pouvoir d’honorer… Quelques hochets feront bien l’affaire.

La valorisation du parcours de femmes par le trophée des audacieuses n’est pas une mauvaise chose en soi, mais si les structures politiques et professionnelles n’évoluent pas, si l’image de la femme en reste pour certains de nos condescendants élus à celle d’une Miss venant parader sur scène pour recevoir une récompense avec le sourire, alors cela ne servira pas à grand-chose. Cela en restera à du marketing de fleuriste, juste destiné à se donner bonne conscience.
Vidéo de l’ensemble de la cérémonie des trophées de l’entreprise 2014 sur le site de la République du Centre :

Dans le mur, à grande vitesse

La mairie d’Orléans déroule demain le tapis rouge de sa salle de conseil municipal pour la tenue de l’Assemblée Générale ordinaire de l’association TGV Grand Centre Auvergne. Cette association de lobbying professe « un nouveau souffle pour la grande vitesse » et pétitionne pour que le TGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon apporte, entre autres, « un avenir meilleur aux générations futures ». Cet avenir meilleur passe par « l‘accès facile de tout un chacun aux grandes villes françaises et européennes », le TGV étant la seule voie pour qu’une ville ou un département soit « attractive, dynamique, jeune et moderne ».
Il faut qu’il passe par Orléans, c’est vital, sinon la ville ne sera plus jamais attractive, dynamique, jeune et moderne. L’enjeu est de taille.
Cette AG sera donc probablement l’occasion de se féliciter entre élus d’un supposé « consensus » autour du tracé Ouest, de demander à ce que les délais annoncés pour sa réalisation soit raccourcis, et de poursuivre le travail de sape de la communication pour que tout le monde continue à croire qu’en dehors du TGV, il n’y a point de salut.
Problème : cette analyse tout en finesse et en affirmations péremptoires est aujourd’hui largement remise en cause, et pas seulement par des écologistes isolés que ces élus méprisent allègrement. Les lanceurs d’alerte sont aujourd’hui institutionnels.
Il y a eu l’année dernière le rapport Duron, Commission Mobilité 21, qui a fixé la priorité sur la rénovation du réseau existant et reporté le POCL au-delà de 2030 (entre 2030 et 2050).
Il y a depuis quelques semaines le rapport de la cour des comptes, qui fustige le choix systématique intervenu depuis 30 ans en faveur de la grande vitesse ferroviaire, au détriment des déplacements intercités, et décrit en détail un « modèle à bout de souffle, au coût devenu non soutenable ».

Le développement du TGV s’est opéré en substitution des trains à grande distance classiques Intercités. La préférence française avérée pour la grande vitesse a abouti à un système peu cohérent, où les rames de TGV desservent 230 destinations et passent 40 % de leur temps en moyenne sur les lignes classiques, ce qui nécessite en outre un parc important de rames.
Sur certaines liaisons, les principales conditions de pertinence d’une ligne à grande vitesse (LGV) ne sont pas remplies, à savoir : connexion de bassins de population importants, durée de trajet à grande vitesse comprise entre 1h30 et 3h, peu ou pas d’arrêts intermédiaires, grande fréquence de circulation, taux d’occupation des rames élevé et bonne articulation avec les autres modes de transports.
Le processus de décision qui conduit à créer de nouvelles lignes comporte en effet de nombreux biais favorisant le choix de la grande vitesse : les schémas directeurs deviennent en pratique contraignants, les hypothèses de trafic et la valorisation du temps gagné sont trop optimistes, des annonces prématurées tiennent lieu de décision, les acteurs locaux poussent le projet mais l’appel aux collectivités territoriales pour le financement implique des contreparties coûteuses, le plan de financement de la ligne intervient beaucoup trop tardivement. Enfin, l’atout environnemental du TGV en exploitation, les effets sur les territoires et le développement économique des zones desservies doivent être relativisés.
Il s’ensuit que la rentabilité socio-économique des lignes à grande vitesse est systématiquement surestimée.

Fort de ce constat (et le cas d’Orléans est clairement au cœur de ces critiques), est-ce aujourd’hui le rôle d’une municipalité de fournir une tribune officielle à une association qui promeut, envers et contre tout, ce modèle décrié, continue à se battre avec les arguments peu sincères du marketing territorial et demande encore que soient dépensés beaucoup d’énergie et de finances en études et expertises ?

FressozFGV
Dès 2011, le journaliste Marc Fressoz avait tiré la sonnette d’alarme avec son livre FGV, Faillite à Grande Vitesse, estimant que « trop de TGV tue le TGV et asphyxie le système ferroviaire – RFF et SNCF – à petit feu. Et au-delà du système ferroviaire, les finances publiques sont mises en danger par une développement délirant du TGV. » Il est temps de donner un peu de crédit aux scénarios alternatifs plutôt que de foncer à grande vitesse vers la faillite d’un système que les élus promeuvent de façon irraisonnée. Pour la région, les élus écologistes ont proposé une contribution argumentée et détaillée. Mais elle n’a jamais eu jusqu’à présent les honneurs de la salle du conseil municipal d’Orléans…

Qui veut plus de TGV : les Français qui les utilisent ou les élus locaux ?
Ce sont d’abord les élus qui considèrent que s’ils n’ont pas le TGV dans leur ville, leur département, leur région, leur territoire ne vaut rien, que c’est un territoire de seconde zone. Il faut avoir le prestige du TGV sinon on n’est pas à niveau. Ensuite, peut-être que les parlementaires veulent le TGV pour leur propre usage… Dans la mesure où ils ne paient pas le train puisqu’ils ont le droit à des billets achetés par l’Assemblée nationale ou le Sénat à la SNCF, on peut considérer qu’ils veulent du TGV pour faire la navette plus facilement entre leur circonscription et le Parlement. J’ai recueilli des témoignages d’élus en ce sens. Il y aurait une hiérarchie au sein du Parlement : les élus qui prennent l’avion parce qu’il viennent de loin, ceux qui prennent le TGV comme les Lillois, les Rhône-Alpins ou les Alsaciens et tous les autres. Pour les élus des régions mal desservies par des TER ou des Corail, avec des infrastructures ferroviaires vétustes, le grand saut en avant, c’est de pouvoir venir au Parlement en TGV, devenu le nouveau carrosse de la République. Simplement, les élus ne paient pas le train, ils ne se rendent pas compte que le TGV c’est cher.

Question de charme

Curieux rapprochement ce midi dans la boîte aux lettres, hasard de la distribution du courrier :

hulotteOrleansMag

En vedettes de couverture, la mulette et son collier de perles d’un côté, « grand-mère du ruisseau à truite », et de l’autre Miss France et sa tiare de perles et de brillants, « hommage à la féminité et à la beauté que le territoire attend avec impatience ».
Je crois que je vais lire le dossier de la Hulotte

La culture en maillot de bain

La presse (« certains médias« ) est de mauvaise foi : le maire d’Orléans ne déshabille pas la politique culturelle de sa ville. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter… Les preuves : la ville consacre environ 10% de son budget à la culture et soutien encore quelques institutions et quelques manifestations.

Mais l’argument sur le pourcentage budgétaire ne tient pas l’analyse, il ne veut rien dire et la comparaison des budgets culture des villes est impossible tant le terme « culture » rassemble, selon les cas, des équipements et des actions de nature très différente. Dès lors que l’on y intègre par exemple les lourdes dépenses de l’événementiel (festival de Loire, marché de Noël…), le calcul est faussé.
Une ville comme Orléans, capitale régionale, accueille du fait de ce statut (et c’est une chance pour le « rayonnement » de la ville même si cela pèse sur son budget culturel) des structures d’envergure nationale (théâtre, danse, musées…). On pourra ainsi remarquer que dans les grandes métropoles françaises capitales régionales, la part du budget culture est plutôt de l’ordre de 20%…

Quant au soutien annoncé du musée des Beaux Arts et du Museum, on se demande aussi où est la mauvaise foi : les deux premiers mandats de Serge Grouard n’ont pas été très probants sur ce plan, et il n’y a plus de direction officielle depuis environ un an et demi, la ville étant à la recherche d’un improbable profil de direction pour les 2 musées (+ celui d’archéologie). Une situation décrite dans La Tribune de l’Art comme « du grand n’importe quoi »… (voir l’article de juin 2014 sur ce site).

La mise en cause de la presse par Serge Grouard sur facebook met en avant également la valorisation de la collégiale St-Pierre le Puellier, qui n’a rien d’évident lorsque l’on se rend sur place (voir là aussi l’article publié sur ce site la semaine dernière…).

Mais surtout, ce petit texte de réponse d’une totale bonne foi évite d’aborder les interpellations sur le fait que cette annonce de rigueur budgétaire est faite au moment ou la ville décide un investissement conséquent et assumé sur une opération de communication médiatique (l’élection de miss France, remarquable par ailleurs quant à l’image de la femme) aux retombées totalement sujettes à caution, ou sur le fait que l’événementiel soit sanctuarisé, alors qu’il paraît évident que compte tenu des sommes engagées, c’est bien là qu’il y a une marge de manœuvre. Il est assurément possible de faire du festival de Loire une très belle fête en limitant le budget d’acheminement des bateaux et en associant de façon plus importante les associations locales.

Rien non plus sur le maintien des investissements dans les installations liées à la voirie, où, contrairement aux dépenses culturelles, il n’y a pas la moindre retombée économique mais au contraire des charges d’entretien supplémentaire pour l’avenir. Lorsqu’il s’agissait de défendre la construction du parking du Cheval Rouge pour 8 millions d’euros, monsieur le maire s’est-il inquiété de rigueur budgétaire ? Combien d’années de festival de Jazz, avec ses retombées économiques, pour ces 8 millions d’euros ? Idem pour la place du Martroi.

Pas plus d’allusion à la baisse des subventions aux associations, qui va peser lourdement sur la vitalité de celles-ci, premières actrices de l’action culturelle tout particulièrement dans la proximité des quartiers.

Il est à craindre que cet arbitrage défavorable au secteur culturel soit malheureusement électoraliste. Les dépenses dans ce secteur sont désormais mal perçues par l’opinion, selon de récents sondages. Les retombées positives en terme d’image et de finances sont mal identifiées. L’action culturelle génère pourtant non seulement un flux touristique, mais aussi un flux de résidents, des personnes choisissant de vivre dans la commune en raison de son attractivité culturelle.

Par-delà le pourcentage du budget, c’est le dynamisme culturel qu’il faut avoir la volonté d’amplifier. Avec ces annonces, c’est un coup d’arrêt, un signal d’abandon, qui prend le risque de déprimer les acteurs culturels et de casser leur élan, leur enthousiasme. Les budgets restants seront absorbés par les coûts de fonctionnement des équipements, au détriment du financement des projets et du soutien aux structures émergentes. C’est pourtant de ce dynamisme que provient en réalité l’attractivité du territoire.