Attractivité culturelle (suite) : entre-nous soit dit, Orléans est Grand

« Les amateurs orléanais d’Opéra par exemple, puisqu’Orléans n’a pas d’Opéra, rêvent d’aller à passer une soirée à l’opéra de Lyon en 1h30 par la ligne de TGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon, dont nous rêvons. »
Pour accueillir Jean-François Marguerin, invité d’honneur, et pensant que celui-ci arrivait de Lyon (pour avoir récemment assumé la direction régionale des affaires culturelles en Rhône-Alpes), Philippe Bel donna le cap de la conférence du Lions Club sur « le rayonnement et l’attractivité du Grand Orléans ».

Voilà ce dont il s’agissait manifestement pour le gotha de la sphère culturelle invité par le Lions Club à débattre sur l’avenir de la politique culturelle orléanaise : envisager comment elle pourra magnifier l’excellence orléanaise aux yeux de tous. L’enjeu étant probablement d’attirer les visiteurs de toute la France, mais aussi de l’Europe entière n’en doutons pas. Culture et TGV pour tous… Lorsqu’il s’agit de passer une soirée d’enrichissement culturel, quel Orléanais, de La Source au centre-ville, ferait la fine bouche ?

Philippe Bel souhaitait que l’orateur invité « aide les Orléanais à y voir plus clair, les rassure, et leur dise qu’ils ont eu raison de choisir le levier de la culture pour qu’Orléans rayonne davantage encore, jusqu’à Lyon, Paris et plus loin encore ». J.-F. Marguerin commença par répondre qu’en réalité il venait de Paris, mais il ne précisa pas si son train de ligne régulière avait eu du retard ou non. Et la suite de son intervention montrera que pour être pleinement rassuré sur cette vision du développement culturel orléanais, mieux eut valu inviter quelqu’un d’autre : l’ambition et l’attractivité d’une offre culturelle prestigieuse ne fut pas son propos, et il insista davantage sur la mise en danger de la diversité culturelle et de la capacité à prendre des risques artistiques, du fait de besoins financiers structurellement en hausse dans un contexte de réduction des financements publics et privés. Il évoqua aussi les dangers de la « métropolisation » : l’offre ayant tendance à se concentrer sur les grands centres urbains en laissant dans le territoire des interstices totalement à l’abandon.
Je reviendrai sur son intervention au moment de conclure la soirée, qui jeta un autre pavé dans la mare…

Dans l’intervalle, la richesse de l’offre culturelle orléanaise fut exposée, à l’exception notoire des lieux moins institutionnels, plus indépendants et éventuellement irrévérencieux, comme le 108 ; Frédéric Robbe fut un invité inopiné pour une intervention hors « plan de table », permettant de rappeler le rôle moteur de l’Astrolabe, peu fréquenté par le public de la conférence, et de ses outils d’action pour l’émergence des jeunes artistes ; ou encore les propositions « no format » comme celles d’Arnaud Méthivier avec le CIRA, qui n’est d’ailleurs même pas recensé dans le « réseau culturel » de la métropole publié par le Lions Club…

De fait, la période est tout à fait propice à la richesse des propositions culturelles : la ville d’Orléans affiche un beau volontarisme pour faire avancer de nombreux projets qui étaient en attente, en revendiquant cette ambition (issue du star-system ?) de figurer dans le « top 20 des métropoles culturelles », dira Nathalie Kerrien (dans la mesure où il y aura 22 métropoles en 2018, le défi devrait pouvoir être relevé). Plusieurs institutions ont procédé par ailleurs à un renouvellement récent de direction, et le dynamisme que cela apporte est clairement extrêmement positif. L’objectif d’effervescence prend corps, et la ville en vient à ériger l’« incubateur » comme modèle vertueux. Il y a eu le Labo pour le numérique, il y aura les vinaigreries pour les plasticiens et la volonté annoncée le soir même par Olivier Carré de créer également dans les années à venir un incubateur pour les troupes de création théâtrale. Une perspective qui ne manque pas d’intérêt, même si l’on se demande pourquoi ces incubateurs ne sont pas conçus en interdépendance. Que chacun soit dans sa bulle couveuse est un non-sens au regard des expériences, ici ou là, de réhabilitation de friches urbaines : les conditions d’émergence de formes nouvelles sont souvent portées par les confrontations d’univers totalement différents, de pluralité et de diversité des origines culturelles, de mélange des publics.

On retrouva donc dans cette présentation exactement les mêmes considérations que celles qui furent mises en avant lors des « Assises de la culture » tenues en 2013. Richesse de l’offre, difficultés à la faire connaître… Ces « assises », il y a 4 ans maintenant, n’auraient-elles pas été insuffisamment suivies d’effets ? Nous ne sommes pas allé plus loin en 2017 qu’en 2013, et en sommes resté aux promesses de la soirée : valoriser des « pôles d’excellence » pour « tirer la culture orléanaise vers le haut ». la grandeur d’Orléans a été portée avec fierté, un peu comme si, malheureusement, elle avait besoin d’un discours d’autosuggestion.
Les questions de fréquentation et de diversité des publics, qui est pourtant depuis longtemps prise en compte dans la construction des projets de nos institutions culturelles, la question des pratiques amateurs, du dynamisme des associations de quartier… Culture et qualité de vie au quotidien, ce n’était pas le propos. Mais c’est sans doute cette manière de poser la problématique avec la perspective d’un « haut » de la culture destiné à porter la politique de valorisation de la ville qui biaise la démarche. Les décideurs politiques et économiques doivent-ils décider de l’identité culturelle du territoire ? Ne serait-ce pas plutôt aux acteurs culturels, et à leur public, de la construire et de la faire vivre ?

C’est en ce sens que l’invité d’honneur Jean-François Marguerin fut amené à conclure sur une note en décalage avec la tonalité de la soirée :

On a entendu ce soir une volonté politique culturelle très forte de la part des élus ici représentés, je n’en doute pas une seconde. Nous appartenons à ce même volontarisme, les uns et les autres, où nous sommes. Je voudrais quand même signaler, juste pour bien mesurer l’ampleur de la tâche (…) : il y a eu récemment un grand colloque à l’initiative du ministère de la Culture, qui s’intitulait « Comment sortir de l’entre-soi ? » On voit bien qu’on a un problème ! Un sérieux problème.
La deuxième chose que je veux dire, c’est que l’on a comme indicateur depuis longtemps les chiffres du département des études et de la prospective du ministère de la Culture sur l’offre culturelle instituée, et malheureusement le gain démocratique n’est pas là. Décennies après décennies, on recule ! Une étude récente de Jean-Michel Guy montre à quel point le problème que nous avons est que les jeunes ont une acception de la culture qui ne passe pas par l’offre culturelle telle que nous la concevons, telle que nous la vivons et surtout telle que nous en bénéficions.

L’offre culturelle vue par le prisme du prestige et de la fierté incarnée par le TGV… en mettant de côté la problématique de la démocratisation culturelle. N’en déplaise à Philippe Bel, l’excellence ferroviaire n’est pas accessible à tous, et ne concerne pas le quotidien des Orléanais, qui aimeraient des modes de transport performants pour leurs déplacements journaliers. Sans nul doute en est-il de même pour leurs activités culturelles.

Attractivité : la culture vue à travers le prisme d’un classement des villes ?

Le Lions Club « Orléans Université » pose ce soir, dans le cadre de la Chambre de commerce et d’industrie, encore pour quelque temps dans le bâtiment prestigieux de la place du Martroi (tout cela donne le ton), la question de l’accès de la ville au « top 15 des villes culturelles de France ». Il convient de préciser que le cycle de conférences dans lequel est programmé le « symposium » de ce soir entend poser la ligne directrice du « rayonnement et (de) l’attractivité du Grand Orléans ». « Orléans, culture et vitalité, libérer la créativité pour la vie et l’économie. »
Soyons honnêtes, la question est mieux posée dans les lignes qui suivent la présentation de cette conférence : « L’important pour Orléans est-il vraiment d’être dans le top 15 des villes culturelles de France ou plutôt de s’affirmer comme le berceau d’une créativité bien à elle, contemporaine et inspirée par son patrimoine et son histoire, pour nourrir et embellir la vie de ses habitants et la vitalité de son économie ? », et la participation de Jean François Marguerin, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Culture, est annoncée comme un rappel du rôle de l’action culturelle publique : la démocratisation de l’accès aux œuvres d’art comme fondement politique de la dépense publique en faveur de la culture.

Le Lions Club « Orléans Université » dit encore que ces conférences-débats portent « sur les sujets de société liés au quotidien des habitants de l’agglomération ». S’il s’agit du quotidien des Orléanais, ne faudrait-il pas parler avant tout des pratiques culturelles des uns et des autres, et particulièrement des pratiques amateurs, de l’action éducative, ou encore des structures culturelles de proximité ? À moins que ces problématiques ne soient pas considérées comme relevant de l’attractivité du territoire ?

La région Centre Val de Loire a organisé il y a peu ses états généraux de la culture, afin d’accompagner « les profondes évolutions de la culture en s’appuyant sur l’extrême diversité culturelle de tous ses territoires », dans une optique donc, on l’espère en tous cas, d’aménagement culturel vu sous l’angle de la solidarité territoriale plutôt que de la compétitivité liée à un « Top 15 » des villes… Cette concertation est encourageante, même s’il semble bien inopportun que dans le même temps la région ait décidé de casser l’outil qui permettait justement de donner du sens à tout cela dans les années à venir et de soutenir le développement des bonnes pratiques sur tout le territoire, à savoir Culture O Centre.

La ville d’Orléans avait lancé en 2013 un dispositif d’« assises de la culture », destiné à faire de l’écoute des acteurs culturels et des artistes « une idée fixe ». Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, avait d’ailleurs par la suite affirmé que ces assises se tiendraient régulièrement afin de soutenir le dialogue. Il n’y a pas eu de suite, et ce sont plutôt les annonces de suppression ou de création d’événements et de projets qui rythment la politique culturelle de la ville, sans que les décisions aient été préalablement concertées.
le cadre de réflexion est apparemment à Orléans le même que celui de la conférence initiée par le Lions Club ce soir : les préoccupations portent sur l’offre culturelle, sa qualité, sa quantité, voire son « identité » orléanaise (??), éléments considérés comme susceptibles de soutenir l’attractivité de la ville et son économie. Considérer la demande et les pratiques est une autre affaire, qui semble être considérée comme ne relevant pas de la vitalité et de l’économie de la ville. Diversité et accès de tous les publics, dynamisme des pratiques amateurs, structures culturelles des quartiers… Pas sûr pourtant que cela ne soit pas aussi et d’abord par ces biais que l’on construise l’attrait des citoyens pour la ville et sa qualité de vie au quotidien.

Orléanocide : assassinat de festival orléanais dans un bureau fermé de l’intérieur

Les décisions de politique culturelle orléanaise se suivent et se ressemblent, abruptes et unilatérales. Sous forme d’annonces dans la presse, autant pour la fin d’un événement que pour la création d’un autre. Aujourd’hui, c’est Orléanoïde qui meurt poignardé, dans un revirement inattendu, après de nombreuses annonces quant à une orientation marquée sur le numérique et l’innovation. Mais si le Lab’O a le vent en poupe, c’est pour communiquer sur les startups high-tech et le e-commerce, et personne ne semble décidément comprendre ce qui est pourtant une évidence ailleurs : c’est dans le brassage et le métissage, dans la confrontation avec les artistes – entre autres – que les idées novatrices naissent.
Lorsqu’a lieu un « startup week-end », les spécialistes se rengorgent d’une innovation permise par les rencontres fortuites, ce que l’on nomme pompeusement la sérendipité, pour s’émerveiller de ce que les créatifs peuvent apporter aux entreprises du numérique.
Mais lorsqu’il s’agit d’ouvrir les portes du Lab’O ou de confirmer son soutien à un festival comme Orléanoïde, toutes ces belles intentions sont vite oubliées.

Il y a à peine plus d’un an, fin 2014, Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, déjà dans la polémique et les incertitudes sur ce qui serait conservé des événements culturels orléanais, réaffirmait son intention de prolonger les « assises de la culture » tenues en 2013. « Et je compte bien également en organiser de façon régulière, de façon à rester en contact permanent avec les attentes des artistes et des créateurs orléanais ». C’était même, surenchérissait Serge Grouard, alors encore maire, une « idée fixe ».
Une idée bien vite oubliée pourtant.

Qu’importe si certaines propositions d’un festival déçoivent les uns ou les autres, il faut du temps et de la concertation pour qu’une manifestation puisse tâtonner, inventer, surprendre, et s’installer.
On nous annonce un nouveau festival, les « voix d’Orléans », concocté manifestement dans le plus grand secret de bureaux aux portes verrouillées de l’intérieur. Combien de temps aura-t-il sa chance, et comment imaginer, s’il n’a pas été porté par une implication aussi large que possible des acteurs culturels et des publics dans toute leur diversité, qu’il puisse démarrer sur de bonnes « assises » ?

Pas de pacte pour la Scène Nationale d’Orléans

snorleans-2014-15-16Programme reçu hier par la poste, j’ai rempli, désabusé, mon bulletin d’abonnement pour la saison 2015-2016 de la Scène Nationale. Dans les premières pages, pas de mot de soutien des financeurs, si courants habituellement pour ce type de publication. Le Conseil Départemental fait défaut cette année, et la municipalité d’Orléans a « singulièrement » contraint le budget alloué à la structure. Le maire et son adjointe à la culture n’avaient pas pour habitude de signer un édito à ce programme, et ce n’est certes pas cette année qu’ils auront souhaité apporter leur contribution. À défaut, l’édito de l’équipe, qui prend les devants pour tenter d’expliquer le réduction de 40% des dates de spectacles proposés…

La Scène nationale, de façon singulière dans le paysage culturel d’Orléans, a subi d’importantes coupes budgétaires.
Nous allons pourtant relever le défi et vous proposer une saison, certes réduite, sans abandonner ce qui fait notre singularité : une attention soutenue envers les artistes qui travaillent dans notre territoire et la volonté renforcée de donner toute sa place à la création.
Et nous allons le faire avec tout le talent de nos équipes et tout notre cœur.

Le débat a déjà été porté avec l’abandon de la programmation des grandes scènes du festival de jazz au Campo Santo. L’argument des baisses de dotation de l’État qui contraint les budgets des collectivités locales est bien sûr recevable, mais évidemment pas à la hauteur de ce qui touche aujourd’hui la Scène Nationale. Au cours de l’enquête « La fête est finie », diffusée sur France 3 Centre fin avril, Nathalie Kerrien soulignait que la culture à Orléans sur le budget 2015 voyait son budget baisser de presque 7%, sauf dans le domaine de l’aide aux compagnies et aux créations, où il y a, disait-elle, une baisse de seulement 1%. « Une baisse moins importante que dans d’autres secteurs ». Comment expliquer dans ce contexte le sort réservé à la Scène Nationale ? Certains événements et certaines programmations sont « singulièrement » touchées !
Au cours de cet entretien avec Nathalie Kerrien, un passage est particulièrement éloquent. Elle y justifie les arbitrages de la politique culturelle municipale :

« Si on veut une notoriété, on double le budget du festival de Loire, ça ne me choquerait pas. » Si Nathalie kerrien était déléguée à la « Promotion du territoire, Relations extérieures et Tourisme » en lieu et place de sa collègue Martine Grivot, je ne dis pas… Mais dans la bouche d’une adjointe à la culture, que cette idée de notoriété supplante tout ce qui concerne la diversité culturelle, cela laisse pantois, et, pour tout dire, si : ça choque !

Tout de même, moins de spectacles proposés, moins de dates programmées, c’est moins de variété des spectacles et inévitablement une dynamique qui s’enraye. D’ici à ce que la municipalité reproche à la structure de voir sa fréquentation baisser, il n’y a qu’un tout petit pas qui pourrait rapidement être franchi ! C’est aussi une forme d’abandon du soutien aux intermittents du spectacle, qui les premiers souffriront de cette programmation en berne à Orléans comme elle l’est ailleurs en France.

Ralier le « pacte culturel » proposé par l’État
Car partout en France comme à Orléans les projets culturels font les frais des ajustements budgétaires. Au point que cela amène les pouvoirs publics à commencer à quelque peu s’émouvoir des conséquences désastreuses sur le secteur. Le premier ministre allant jusqu’à avouer que la baisse du budget de la Culture « au cours des deux premières années du quinquennat de François Hollande » avait été « une erreur » et « un signe négatif ». Devant les multiples annonces de festivals annulés, de programmations abandonnées, le ministère de la Culture a, du coup, esquissé une réaction en proposant aux villes et agglomérations un « pacte » pour sauver les financements culturels : il s’agit, pour l’Etat, d’accompagner sur une durée de trois ans, de 2015 à 2017, des collectivités confrontées à des arbitrages difficiles, mais qui s’engagent à ne pas sacrifier leurs équipements culturels.
Au 31 mai, 37 pactes ont été signés. Clermont-Ferrand, Rouen, Strasbourg, Poitiers, Bourges… en ont profité. Dijon, Nantes, Angers, Montpellier, Blois… s’apprêtent à faire de même. Ainsi que le disait récemment un communiqué de la Fédération Nationale des Collectivités territoriales pour la culture (FNCC)

La FNCC salue ce début de retour à la raison au plus haut niveau de l’Etat. Oui, soyons raisonnables ensemble, Etat et collectivités. Sachons ensemble comprendre que non seulement il ne sert à rien de couper dans des budgets déjà réduits mais que ces économies peu significatives portent gravement atteinte à la crédibilité de nos politiques publiques et compromettent l’avenir.
Nous devons d’urgence refonder l’élan culturel national. Les terribles attentats du début du mois de janvier ont montré les dangers immenses que recèle le rétrécissement progressif de notre imaginaire partagé, lequel rend nos concitoyens de plus en plus démunis face à l’appel mortifère du repli sectaire – surtout les plus jeunes. (…)
C’est à partir de la mise en valeur des acquis de 50 ans de décentralisation culturelle, à partir de cet héritage considérable construit avec les artistes, avec les professionnels, que nous pourrons imaginer ensemble, par le dialogue et la concertation, un nouvel horizon du partage culturel. Nous devons œuvrer à créer les conditions pour amplifier la puissance de tolérance et de démocratie, mais aussi de rayonnement et de développement, que portent les arts et la culture. Nous devons inventer ensemble une nouvelle responsabilité fondée sur la reconnaissance des droits culturels, sur le respect des arts et sur la transversalité des enjeux culturels.

Il y a bien une alternative aux choix d’arbitrage de la mairie d’Orléans. Et il serait de bon ton que l’élue à la culture défende son budget en profitant des dispositifs mis en place pour atténuer les baisses de dotations budgétaires, tout en se souvenant que son champ de délégation ne couvre finalement pas trop le tourisme et l’événementiel.

Scène minimale

theatre
C’était bien sûr à prévoir : le Conseil Général économise sa subvention à la Scène Nationale. Plutôt que d’amortir cette chute budgétaire, la mairie d’Orléans avait « anticipé » il y a quelques semaines en préparant un budget amplifiant la perte de ressources pour la structure. Puisque celle-ci prend en charge les frais de personnel et les frais techniques de fonctionnement du théâtre pour le compte de l’ensemble des structures utilisant les scènes des salles Vitez, Barrault ou Touchard, frais assez peu compressibles, il est bien évident que c’est la programmation artistique de la Scène Nationale qui va devoir se montrer bien moins ambitieuse.
Orléans avait ouvert la voie, le Conseil Général s’empresse de lui emboîter le pas.
Alors que va-t-on supprimer ? La danse, le cirque, les performances, les musiques diverses et variées ? L’action culturelle, pourquoi pas, puisqu’on en est là. Pourtant, dans les polémiques récentes sur l’abandon de la grande scène du festival de Jazz, dévalorisée car explicitement jugée élitiste, l’adjointe à la culture (qui démarre son mandat en fanfare) se justifiait en jurant vouloir jeter toutes ses forces dans l’amélioration de l’accès de tous les publics à la culture. La programmation artistique et l’action culturelle de la scène nationale n’apportent-elles pas une diversité favorablement complémentaire aux propositions du CDN et du CADO ?
Concrètement, c’est l’offre culturelle locale qui va considérablement s’amoindrir, et avec elle le dynamisme et le moral des acteurs culturels orléanais.

Les Scènes nationales financent des créations qui contribuent significativement à l’emploi artistique, et tout particulièrement dans le réseau des petites compagnies et des intermittents, déjà en plein désarroi quant à l’accompagnement social qu’on leur promet. Le maire d’Orléans a souvent exprimé son soutien aux intermittents. Reste à montrer concrètement que cela était sincère en modifiant en urgence, à l’occasion de la prochaine séance du conseil municipal, le budget de la ville pour 2015 : renoncer à la baisse des crédits de la Scène Nationale et compenser au contraire le retrait du Conseil Général.
Il en va ici vraiment de la diversité et du dynamisme de l’action culturelle orléanaise. Pas possible de rejouer la caricature des vedettes aux limousines et verres teintés…

Politique culturelle et rigueur budgétaire : à Orléans, les décisions sont annoncées dans la douceur

La situation financière des collectivités territoriale en ces temps de disette est contrainte, personne ne le conteste, et Serge Grouard admet bien volontiers les réductions dans la dépense publique imposées par l’État, tout en regrettant la méthode du gouvernement, « sa brutalité sans aucune consultation préalable ». Cette critique étant posée, on se dit que les arbitrages opérés par la ville d’Orléans se feront nécessairement dans la concertation et avec toute la modération qui permettra d’éviter les regrets et les polémiques. Dès lors qu’il faut établir des priorités dans les investissements financiers, la consultation consistera, peut-on imaginer, à rencontrer les partenaires de la ville pour débattre des efforts à porter sur tel ou tel secteur, en épargnant tel ou tel autre. Car comme le dit Serge Grouard, « ce n’est pas sorti du chapeau comme ça, en se disant ‘tiens, ça on aime bien, on va sanctuariser’. Ça ne se passe pas comme ça ».

Pas de brutalité à Orléans, dixit Serge Grouard : les arbitrages ne sont pas imposés, « ça fait l’objet d’itérations successives avec les services de la ville, avec les différents élus. » « Le budget, ce sera le moment du débat. Mais les décisions elles ne se prennent pas au moment du débat, elles se prennent avec les services de la ville, avec les élus de la ville, et puis après on assume ».
« On assume », cela veut dire que l’on ne reculera pas : « Reculer, c’est aller dans le mur. La France va dans le mur parce que personne n’a le courage de décider. Voilà ! (…) Il y a une pétition, il y a une manifestation, mais si on est convaincu, après avoir retourné les choses, après avoir touillé dans le pot, après avoir pris des semaines et des semaines de réflexion, que ce que l’on propose est globalement le moins pénalisant. Alors que fais-je ? Je renonce, je cède, parce que je ne veux pas d’embêtement ? Ce n’est pas ma méthode. »

On devine donc, à mots couverts, la méthode de Serge Grouard : il touille dans le pot, dans l’intimité de son bureau et dans celui de l’adjoint aux finances, avec la participation amicale de l’adjointe à la culture et de ses services pour ce qui concerne en l’occurrence le budget culturel. Une popotte en forme de « consultation restreinte » qui dicte les décisions, pour ensuite les annoncer et les assumer courageusement.
Un mode de concertation, s’il y a lieu d’utiliser ce mot, qui ne se soucierait donc pas trop d’associer les acteurs culturels concernés ? Mais ne parlons pas de brutalité, il s’agit plutôt de courage à décider et à assumer ses choix.

Ce qui est assumé, c’est un arbitrage privilégiant les événements qui attirent le plus de monde possible. Avec au passage une attaque à peine voilée envers les manifestations considérées comme « élitistes », supposées destinées à ce que l’on appelait autrefois la « gauche-caviar », on dira plus volontiers aujourd’hui aux « bobos ». À ce compte, et en prenant en considération les critères de fréquentation, beaucoup de manifestations culturelles ont du souci à se faire dans la ville d’Orléans. Cette orientation tire toujours plus dans la direction de l’événementiel, qui devient intouchable, mais tendra à laisser de côté toute la diversité et la richesse culturelle.
Pour le reste, il suffit de caricaturer l’expression des désillusions en criant à la manipulation politique, et de ne pas trop s’expliquer sur les autres options qui auraient pu être versées au débat : dégager par exemple de la marge de manœuvre sur les gros budgets de l’événementiel ou sur les travaux de voirie. Cette gestion par la polémique fait partie de la méthode : le débat devient vite opportunément caricatural et artificiellement politique, les opposants s’engouffrent tête baissée dans la brèche pour alimenter la controverse… Et cela évite d’avoir à trop entrer dans les détails.

Il n’y a pas si longtemps ont eu lieu des « assises de la culture » puis une élection municipale, où l’on imaginait que les orientations de ce début de mandat avaient été discutées, présentées et annoncées (courageusement). Non, tout se passe comme si la nouvelle majorité entamait son premier mandat et découvrait une situation difficile qu’elle n’avait pas anticipée. Peut-être s’agissait-il de ne pas trop émouvoir les Orléanais (et surtout les responsables de structures culturelles) en pleine campagne électorale… Il est bien hypocrite aujourd’hui de feindre de s’étonner des réactions de la scène musicale orléanaise face à ces brusques remises en cause d’une partie du Festival de jazz, du Jour J, de la programmation O’Jazz, de l’Astrolabe 2…

Cela a-t-il un sens dans ce contexte d’annoncer une relance des « assises de la culture » ? Établir maintenant un dialogue avec les acteurs culturels qui, malgré leurs efforts, peinent à toucher un large public, risque d’être compliqué. Puisque les choix budgétaires ont été faits et puisque l’orientation générale est clairement établie, le dialogue va manquer d’intérêt. Il faudra beaucoup d’énergie pour laisser entendre à ces interlocuteurs que quelque chose peut se décider avec eux, en écoutant leurs avis, puisque tout se décide en réalité dans les bureaux des élu-e-s au cas par cas. Personne n’était dupe, mais les assises de la culture pouvaient porter l’espoir d’un fonctionnement plus transparent. L’opacité de la construction du budget l’emporte, et de loin.
Car lorsqu’il s’agit de budget, la discussion n’est pas même envisagée.

 

Merci à Clodelle, qui a partagé sur son site www.clodelle45autrement.fr les instructifs extraits de la conférence de presse du 6 novembre dernier. Cela permet de mieux comprendre l’argumentation de nos élus :

ORLEANS’JAZZ 2015 présenté par Serge GROUARD et Nathalie KERRIEN
CONFERENCE DE PRESSE sur la POLITIQUE CULTURELLE mise en œuvre à ORLEANS

La culture en maillot de bain

La presse (« certains médias« ) est de mauvaise foi : le maire d’Orléans ne déshabille pas la politique culturelle de sa ville. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter… Les preuves : la ville consacre environ 10% de son budget à la culture et soutien encore quelques institutions et quelques manifestations.

Mais l’argument sur le pourcentage budgétaire ne tient pas l’analyse, il ne veut rien dire et la comparaison des budgets culture des villes est impossible tant le terme « culture » rassemble, selon les cas, des équipements et des actions de nature très différente. Dès lors que l’on y intègre par exemple les lourdes dépenses de l’événementiel (festival de Loire, marché de Noël…), le calcul est faussé.
Une ville comme Orléans, capitale régionale, accueille du fait de ce statut (et c’est une chance pour le « rayonnement » de la ville même si cela pèse sur son budget culturel) des structures d’envergure nationale (théâtre, danse, musées…). On pourra ainsi remarquer que dans les grandes métropoles françaises capitales régionales, la part du budget culture est plutôt de l’ordre de 20%…

Quant au soutien annoncé du musée des Beaux Arts et du Museum, on se demande aussi où est la mauvaise foi : les deux premiers mandats de Serge Grouard n’ont pas été très probants sur ce plan, et il n’y a plus de direction officielle depuis environ un an et demi, la ville étant à la recherche d’un improbable profil de direction pour les 2 musées (+ celui d’archéologie). Une situation décrite dans La Tribune de l’Art comme « du grand n’importe quoi »… (voir l’article de juin 2014 sur ce site).

La mise en cause de la presse par Serge Grouard sur facebook met en avant également la valorisation de la collégiale St-Pierre le Puellier, qui n’a rien d’évident lorsque l’on se rend sur place (voir là aussi l’article publié sur ce site la semaine dernière…).

Mais surtout, ce petit texte de réponse d’une totale bonne foi évite d’aborder les interpellations sur le fait que cette annonce de rigueur budgétaire est faite au moment ou la ville décide un investissement conséquent et assumé sur une opération de communication médiatique (l’élection de miss France, remarquable par ailleurs quant à l’image de la femme) aux retombées totalement sujettes à caution, ou sur le fait que l’événementiel soit sanctuarisé, alors qu’il paraît évident que compte tenu des sommes engagées, c’est bien là qu’il y a une marge de manœuvre. Il est assurément possible de faire du festival de Loire une très belle fête en limitant le budget d’acheminement des bateaux et en associant de façon plus importante les associations locales.

Rien non plus sur le maintien des investissements dans les installations liées à la voirie, où, contrairement aux dépenses culturelles, il n’y a pas la moindre retombée économique mais au contraire des charges d’entretien supplémentaire pour l’avenir. Lorsqu’il s’agissait de défendre la construction du parking du Cheval Rouge pour 8 millions d’euros, monsieur le maire s’est-il inquiété de rigueur budgétaire ? Combien d’années de festival de Jazz, avec ses retombées économiques, pour ces 8 millions d’euros ? Idem pour la place du Martroi.

Pas plus d’allusion à la baisse des subventions aux associations, qui va peser lourdement sur la vitalité de celles-ci, premières actrices de l’action culturelle tout particulièrement dans la proximité des quartiers.

Il est à craindre que cet arbitrage défavorable au secteur culturel soit malheureusement électoraliste. Les dépenses dans ce secteur sont désormais mal perçues par l’opinion, selon de récents sondages. Les retombées positives en terme d’image et de finances sont mal identifiées. L’action culturelle génère pourtant non seulement un flux touristique, mais aussi un flux de résidents, des personnes choisissant de vivre dans la commune en raison de son attractivité culturelle.

Par-delà le pourcentage du budget, c’est le dynamisme culturel qu’il faut avoir la volonté d’amplifier. Avec ces annonces, c’est un coup d’arrêt, un signal d’abandon, qui prend le risque de déprimer les acteurs culturels et de casser leur élan, leur enthousiasme. Les budgets restants seront absorbés par les coûts de fonctionnement des équipements, au détriment du financement des projets et du soutien aux structures émergentes. C’est pourtant de ce dynamisme que provient en réalité l’attractivité du territoire.

2014-2020, la culture variable d’ajustement budgétaire

Pendant la campagne des élections municipales, le programme du candidat Serge Grouard s’était bien gardé de formuler des annonces précises. Quelques semaines après la victoire, ont commencé à poindre les avertissements guerriers sur le mode « pour gagner, il ne faudra pas hésiter à sacrifier quelques pièces ». La conférence de presse donnée par le maire hier aura eu apparemment le mérite de commencer à préciser les choses en désignant les futures victimes. Et il n’y a finalement que peu de surprises, puisque les rumeurs couraient déjà depuis quelque temps sur les coupes claires dans le budget culturel et l’abandon de certaines manifestations.
Les menaces sont donc désormais très précises sur le Festival de jazz, Orléanoïde devrait voir son élan brisé, de grosses incertitudes surgissent sur l’Astrolabe2, et l’ancien collège Anatole Bailly va être livré aux promoteurs alors que beaucoup d’associations rêvaient de pouvoir y développer leurs projets. Le dossier Famar avance bien, mais l’implication des acteurs culturels n’est pas à l’ordre du jour…
Par contre, une Arena2 essaie de renaître sous forme de Zenith2, a priori moins onéreuse (ce qui ne sera pas bien difficile…), mais risquant tout de même d’engloutir des budgets substantiels. Et même si les fêtes de Jeanne d’Arc devront contribuer un peu à l’effort budgétaire, cela ne devrait pas être trop conséquent et toucher principalement les petites troupes qui animent le marché médiéval… L’événementiel s’en tire évidemment bien, et le festival de Loire restera l’attraction la plus valorisée à Orléans, épargnée par cet élan de rigueur.

Ce qui est préservé, c’est ce qui permet d’envisager une couverture médiatique sur les chaînes nationales. Quelques minutes de reportage télé, voilà le baromètre de la viabilité culturelle selon les critères municipaux actuels. Une certaine idée de l’attractivité et du rayonnement qui se contrefiche de la vitalité du tissu culturel local, pourtant principal vecteur d’attractivité sur le long terme.

Juste quatre jours avant ces annonces du maire d’Orléans, au cours du conseil municipal du 20 octobre, Nathalie Kerrien (adjointe à la culture) et Serge Grouard répondaient à une interrogation de Jean-Philippe Grand sur le suivi des « assises de la culture » tenues début 2013. Ils affirmaient en chœur faire de l’écoute des acteurs culturels et des artistes « une idée fixe » (oubliant au passage les publics et toute leur diversité…)
 

 
Quelques jours plus tard, avec ces annonces brutales et unilatérales, l’idée de l’écoute des acteurs culturels en prend un drôle de coup ! (Le point principal de ce même conseil municipal étant par ailleurs la charte de la participation citoyenne, on comprend immédiatement que la concertation est condamnée à intervenir après les annonces, après la prise de décision en coulisses). Serge Grouard et Nathalie Kerrien ne pourront pas refaire deux fois le coup de l’empathie, comme avec les intermittents du spectacle qu’ils assuraient de leur indéfectible soutien lorsqu’il s’agissait d’éviter l’annulation de spectacles au Campo Santo. Triste ironie, ce sont eux qui décident quelques mois plus tard de les sacrifier.

Toujours dans la même séance de conseil municipal, Serge Grouard s’indignait que l’on puisse regretter la dépense de 700 000 € juste pour l’organisation de la présence des bateaux lors du festival de Loire. Trouver cette dépense excessive, ce serait tout simplement vouloir la mort du festival ! Il faut dire que là, il s’agit d’une toute autre musique : TF1 y a consacré quelques minutes dans son journal de 13 heures.

Communiqué du groupe local EELV d’Orléans / Quel avenir pour le conservatoire d’Orléans ?

Quel avenir pour le conservatoire d’Orléans ?

Les parents d’élèves et professeurs du Conservatoire d’Orléans font face à la menace de suppression et de non-renouvellement de postes d’enseignement qui entraînerait inéluctablement la perte pour notre ville de certains cycles de formation.

Le conservatoire à rayonnement départemental risque en effet de basculer dans une spirale négative amenant l’abandon de toute ambition réelle quant à l’offre d’éducation musicale de notre ville, capitale régionale.

À l’occasion de la campagne électorale, l’équipe de Serge Grouard a explicitement engagé son soutien pour le maintien des moyens financiers dont bénéficie le conservatoire. Il importe aujourd’hui que la municipalité ne laisse pas élèves, parents et enseignants dans l’expectative, et apporte rapidement des réponses concrètes. L’attractivité du conservatoire est aujourd’hui portée à bout de bras par les enseignants. Si la majorité municipale renonce au soutien promis, ils ne pourront plus longtemps maintenir à flot cet indispensable outil d’action culturelle et d’épanouissement des enfants.

EELV Orléans espère que Serge Grouard ne faisait pas allusion au conservatoire et aux musées lorsqu’il a évoqué ces pièces de l’échiquier qu’il aurait à sacrifier dans les années à venir pour renforcer la « compétitivité » de notre ville. Ce serait là un calcul purement comptable à courte vue.

Nous espérons donc qu’à l’issue de la réunion envisagée avec la mairie une décision favorable soit retenue quant au maintien des professeurs, afin que le conservatoire puisse rayonner à hauteur de ses ambitions.

Communiqué du groupe EELV d’Orléans
Estelle Touzin et Jérôme Beyler
co-porte-parole

Musées d’Orléans : est-on vraiment à la recherche du « bon profil » ?

Fichtre, le virulent Didier Rykner s’en est pris dans la Tribune de l’Art* à la politique de recrutement de la mairie d’Orléans quant à la direction de ses musées. Il est vrai que l’affaire traîne depuis mi-2013 au Musée des Beaux-Arts, et qu’elle s’est compliquée avec le départ quelque peu désabusé du directeur du Muséum.
En août 2013, Éric Valette, alors adjoint à la culture, affirmait à Mag’Centre (« Grand remue-ménage chez les acteurs culturels à Orléans ») être à « la recherche de bons profils qui portent et valorisent le projet des établissements. (…) Nous ne voulons toutefois pas nous précipiter dans nos choix. »

Bientôt un an plus tard, Didier Rykner s’alarme des objectifs transparaissant au travers des critères d’un recrutement qui court toujours… Extraits (article complet à consulter sur le site www.latribunedelart) :

Orléans « recherche désormais un seul directeur pour trois musées : celui des Beaux-Arts, celui d’archéologie (l’hôtel Cabu rattaché au Musée des Beaux-Arts), et le muséum d’histoire naturelle.
Une telle configuration n’est pas unique : quelques villes possédant plusieurs musées ont en effet choisi de nommer un directeur des musées. C’est, par exemple, le cas de Strasbourg. Mais le directeur des musées de Strasbourg est un conservateur, et chaque musée a un conservateur à sa tête qui le dirige notamment sur le plan scientifique.
L’annonce d’Orléans ne prévoit rien de tel (…). Il s’agira donc, en réalité, de cumuler sur une personne les fonctions dévolues auparavant à deux personnes aux compétences fort diverses.
Mais quel est le profil requis pour ce surhomme (ou cette surfemme) ? Il s’agira d’un « cadre A expérimenté ou A+ : attaché principal, attaché de conservation, administrateur, conservateur du patrimoine ». On envisage donc possible, par exemple, de recruter un attaché de conservation pour devenir directeur de trois musées qui avaient naguère deux conservateurs à leur tête, et cet attaché de conservation aura pour adjoint des conservateurs. Cet attaché pourrait même ne pas être de conservation, mais simplement « principal », un titre qui recouvre une fonction purement administrative. Il pourrait d’ailleurs s’agir aussi d’un « administrateur (sans compétence scientifique) », en charge donc « du développement culturel et scientifique des musées ».
Bref, du grand n’importe quoi.

Cette affaire est symbolique d’une tendance lourde qui se développe dans certaines municipalités : pour réduire le coût de fonctionnement des musées, on nomme un attaché de conservation à la place d’un conservateur ou un assistant de conservation à la place d’un attaché de conservation… Orléans veut innover en envisageant de placer un attaché de conservation à la tête de trois musées et en lui subordonnant des conservateurs.

Didier Rykner n’a apparemment pas pu obtenir de précisions sur la situation actuelle de ce processus de recrutement. On attend avec impatience une annonce de réussite quant à cette recherche du « bon profil » pour les établissements prestigieux d’une ville qui a toujours pour ambition le statut de capitale régionale. En souhaitant que Didier Rykner se trompe et qu’Orléans ambitionne encore de donner à ses musées les moyens de leur « rayonnement » culturel et scientifique.

* Magazine en ligne consacré à « l’actualité de l’histoire de l’art et du patrimoine occidental du Moyen-Age aux années 1930. »
http://www.latribunedelart.com/