Attractivité culturelle (suite) : entre-nous soit dit, Orléans est Grand

« Les amateurs orléanais d’Opéra par exemple, puisqu’Orléans n’a pas d’Opéra, rêvent d’aller à passer une soirée à l’opéra de Lyon en 1h30 par la ligne de TGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon, dont nous rêvons. »
Pour accueillir Jean-François Marguerin, invité d’honneur, et pensant que celui-ci arrivait de Lyon (pour avoir récemment assumé la direction régionale des affaires culturelles en Rhône-Alpes), Philippe Bel donna le cap de la conférence du Lions Club sur « le rayonnement et l’attractivité du Grand Orléans ».

Voilà ce dont il s’agissait manifestement pour le gotha de la sphère culturelle invité par le Lions Club à débattre sur l’avenir de la politique culturelle orléanaise : envisager comment elle pourra magnifier l’excellence orléanaise aux yeux de tous. L’enjeu étant probablement d’attirer les visiteurs de toute la France, mais aussi de l’Europe entière n’en doutons pas. Culture et TGV pour tous… Lorsqu’il s’agit de passer une soirée d’enrichissement culturel, quel Orléanais, de La Source au centre-ville, ferait la fine bouche ?

Philippe Bel souhaitait que l’orateur invité « aide les Orléanais à y voir plus clair, les rassure, et leur dise qu’ils ont eu raison de choisir le levier de la culture pour qu’Orléans rayonne davantage encore, jusqu’à Lyon, Paris et plus loin encore ». J.-F. Marguerin commença par répondre qu’en réalité il venait de Paris, mais il ne précisa pas si son train de ligne régulière avait eu du retard ou non. Et la suite de son intervention montrera que pour être pleinement rassuré sur cette vision du développement culturel orléanais, mieux eut valu inviter quelqu’un d’autre : l’ambition et l’attractivité d’une offre culturelle prestigieuse ne fut pas son propos, et il insista davantage sur la mise en danger de la diversité culturelle et de la capacité à prendre des risques artistiques, du fait de besoins financiers structurellement en hausse dans un contexte de réduction des financements publics et privés. Il évoqua aussi les dangers de la « métropolisation » : l’offre ayant tendance à se concentrer sur les grands centres urbains en laissant dans le territoire des interstices totalement à l’abandon.
Je reviendrai sur son intervention au moment de conclure la soirée, qui jeta un autre pavé dans la mare…

Dans l’intervalle, la richesse de l’offre culturelle orléanaise fut exposée, à l’exception notoire des lieux moins institutionnels, plus indépendants et éventuellement irrévérencieux, comme le 108 ; Frédéric Robbe fut un invité inopiné pour une intervention hors « plan de table », permettant de rappeler le rôle moteur de l’Astrolabe, peu fréquenté par le public de la conférence, et de ses outils d’action pour l’émergence des jeunes artistes ; ou encore les propositions « no format » comme celles d’Arnaud Méthivier avec le CIRA, qui n’est d’ailleurs même pas recensé dans le « réseau culturel » de la métropole publié par le Lions Club…

De fait, la période est tout à fait propice à la richesse des propositions culturelles : la ville d’Orléans affiche un beau volontarisme pour faire avancer de nombreux projets qui étaient en attente, en revendiquant cette ambition (issue du star-system ?) de figurer dans le « top 20 des métropoles culturelles », dira Nathalie Kerrien (dans la mesure où il y aura 22 métropoles en 2018, le défi devrait pouvoir être relevé). Plusieurs institutions ont procédé par ailleurs à un renouvellement récent de direction, et le dynamisme que cela apporte est clairement extrêmement positif. L’objectif d’effervescence prend corps, et la ville en vient à ériger l’« incubateur » comme modèle vertueux. Il y a eu le Labo pour le numérique, il y aura les vinaigreries pour les plasticiens et la volonté annoncée le soir même par Olivier Carré de créer également dans les années à venir un incubateur pour les troupes de création théâtrale. Une perspective qui ne manque pas d’intérêt, même si l’on se demande pourquoi ces incubateurs ne sont pas conçus en interdépendance. Que chacun soit dans sa bulle couveuse est un non-sens au regard des expériences, ici ou là, de réhabilitation de friches urbaines : les conditions d’émergence de formes nouvelles sont souvent portées par les confrontations d’univers totalement différents, de pluralité et de diversité des origines culturelles, de mélange des publics.

On retrouva donc dans cette présentation exactement les mêmes considérations que celles qui furent mises en avant lors des « Assises de la culture » tenues en 2013. Richesse de l’offre, difficultés à la faire connaître… Ces « assises », il y a 4 ans maintenant, n’auraient-elles pas été insuffisamment suivies d’effets ? Nous ne sommes pas allé plus loin en 2017 qu’en 2013, et en sommes resté aux promesses de la soirée : valoriser des « pôles d’excellence » pour « tirer la culture orléanaise vers le haut ». la grandeur d’Orléans a été portée avec fierté, un peu comme si, malheureusement, elle avait besoin d’un discours d’autosuggestion.
Les questions de fréquentation et de diversité des publics, qui est pourtant depuis longtemps prise en compte dans la construction des projets de nos institutions culturelles, la question des pratiques amateurs, du dynamisme des associations de quartier… Culture et qualité de vie au quotidien, ce n’était pas le propos. Mais c’est sans doute cette manière de poser la problématique avec la perspective d’un « haut » de la culture destiné à porter la politique de valorisation de la ville qui biaise la démarche. Les décideurs politiques et économiques doivent-ils décider de l’identité culturelle du territoire ? Ne serait-ce pas plutôt aux acteurs culturels, et à leur public, de la construire et de la faire vivre ?

C’est en ce sens que l’invité d’honneur Jean-François Marguerin fut amené à conclure sur une note en décalage avec la tonalité de la soirée :

On a entendu ce soir une volonté politique culturelle très forte de la part des élus ici représentés, je n’en doute pas une seconde. Nous appartenons à ce même volontarisme, les uns et les autres, où nous sommes. Je voudrais quand même signaler, juste pour bien mesurer l’ampleur de la tâche (…) : il y a eu récemment un grand colloque à l’initiative du ministère de la Culture, qui s’intitulait « Comment sortir de l’entre-soi ? » On voit bien qu’on a un problème ! Un sérieux problème.
La deuxième chose que je veux dire, c’est que l’on a comme indicateur depuis longtemps les chiffres du département des études et de la prospective du ministère de la Culture sur l’offre culturelle instituée, et malheureusement le gain démocratique n’est pas là. Décennies après décennies, on recule ! Une étude récente de Jean-Michel Guy montre à quel point le problème que nous avons est que les jeunes ont une acception de la culture qui ne passe pas par l’offre culturelle telle que nous la concevons, telle que nous la vivons et surtout telle que nous en bénéficions.

L’offre culturelle vue par le prisme du prestige et de la fierté incarnée par le TGV… en mettant de côté la problématique de la démocratisation culturelle. N’en déplaise à Philippe Bel, l’excellence ferroviaire n’est pas accessible à tous, et ne concerne pas le quotidien des Orléanais, qui aimeraient des modes de transport performants pour leurs déplacements journaliers. Sans nul doute en est-il de même pour leurs activités culturelles.

Attractivité : la culture vue à travers le prisme d’un classement des villes ?

Le Lions Club « Orléans Université » pose ce soir, dans le cadre de la Chambre de commerce et d’industrie, encore pour quelque temps dans le bâtiment prestigieux de la place du Martroi (tout cela donne le ton), la question de l’accès de la ville au « top 15 des villes culturelles de France ». Il convient de préciser que le cycle de conférences dans lequel est programmé le « symposium » de ce soir entend poser la ligne directrice du « rayonnement et (de) l’attractivité du Grand Orléans ». « Orléans, culture et vitalité, libérer la créativité pour la vie et l’économie. »
Soyons honnêtes, la question est mieux posée dans les lignes qui suivent la présentation de cette conférence : « L’important pour Orléans est-il vraiment d’être dans le top 15 des villes culturelles de France ou plutôt de s’affirmer comme le berceau d’une créativité bien à elle, contemporaine et inspirée par son patrimoine et son histoire, pour nourrir et embellir la vie de ses habitants et la vitalité de son économie ? », et la participation de Jean François Marguerin, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Culture, est annoncée comme un rappel du rôle de l’action culturelle publique : la démocratisation de l’accès aux œuvres d’art comme fondement politique de la dépense publique en faveur de la culture.

Le Lions Club « Orléans Université » dit encore que ces conférences-débats portent « sur les sujets de société liés au quotidien des habitants de l’agglomération ». S’il s’agit du quotidien des Orléanais, ne faudrait-il pas parler avant tout des pratiques culturelles des uns et des autres, et particulièrement des pratiques amateurs, de l’action éducative, ou encore des structures culturelles de proximité ? À moins que ces problématiques ne soient pas considérées comme relevant de l’attractivité du territoire ?

La région Centre Val de Loire a organisé il y a peu ses états généraux de la culture, afin d’accompagner « les profondes évolutions de la culture en s’appuyant sur l’extrême diversité culturelle de tous ses territoires », dans une optique donc, on l’espère en tous cas, d’aménagement culturel vu sous l’angle de la solidarité territoriale plutôt que de la compétitivité liée à un « Top 15 » des villes… Cette concertation est encourageante, même s’il semble bien inopportun que dans le même temps la région ait décidé de casser l’outil qui permettait justement de donner du sens à tout cela dans les années à venir et de soutenir le développement des bonnes pratiques sur tout le territoire, à savoir Culture O Centre.

La ville d’Orléans avait lancé en 2013 un dispositif d’« assises de la culture », destiné à faire de l’écoute des acteurs culturels et des artistes « une idée fixe ». Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, avait d’ailleurs par la suite affirmé que ces assises se tiendraient régulièrement afin de soutenir le dialogue. Il n’y a pas eu de suite, et ce sont plutôt les annonces de suppression ou de création d’événements et de projets qui rythment la politique culturelle de la ville, sans que les décisions aient été préalablement concertées.
le cadre de réflexion est apparemment à Orléans le même que celui de la conférence initiée par le Lions Club ce soir : les préoccupations portent sur l’offre culturelle, sa qualité, sa quantité, voire son « identité » orléanaise (??), éléments considérés comme susceptibles de soutenir l’attractivité de la ville et son économie. Considérer la demande et les pratiques est une autre affaire, qui semble être considérée comme ne relevant pas de la vitalité et de l’économie de la ville. Diversité et accès de tous les publics, dynamisme des pratiques amateurs, structures culturelles des quartiers… Pas sûr pourtant que cela ne soit pas aussi et d’abord par ces biais que l’on construise l’attrait des citoyens pour la ville et sa qualité de vie au quotidien.

Orléanocide : assassinat de festival orléanais dans un bureau fermé de l’intérieur

Les décisions de politique culturelle orléanaise se suivent et se ressemblent, abruptes et unilatérales. Sous forme d’annonces dans la presse, autant pour la fin d’un événement que pour la création d’un autre. Aujourd’hui, c’est Orléanoïde qui meurt poignardé, dans un revirement inattendu, après de nombreuses annonces quant à une orientation marquée sur le numérique et l’innovation. Mais si le Lab’O a le vent en poupe, c’est pour communiquer sur les startups high-tech et le e-commerce, et personne ne semble décidément comprendre ce qui est pourtant une évidence ailleurs : c’est dans le brassage et le métissage, dans la confrontation avec les artistes – entre autres – que les idées novatrices naissent.
Lorsqu’a lieu un « startup week-end », les spécialistes se rengorgent d’une innovation permise par les rencontres fortuites, ce que l’on nomme pompeusement la sérendipité, pour s’émerveiller de ce que les créatifs peuvent apporter aux entreprises du numérique.
Mais lorsqu’il s’agit d’ouvrir les portes du Lab’O ou de confirmer son soutien à un festival comme Orléanoïde, toutes ces belles intentions sont vite oubliées.

Il y a à peine plus d’un an, fin 2014, Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, déjà dans la polémique et les incertitudes sur ce qui serait conservé des événements culturels orléanais, réaffirmait son intention de prolonger les « assises de la culture » tenues en 2013. « Et je compte bien également en organiser de façon régulière, de façon à rester en contact permanent avec les attentes des artistes et des créateurs orléanais ». C’était même, surenchérissait Serge Grouard, alors encore maire, une « idée fixe ».
Une idée bien vite oubliée pourtant.

Qu’importe si certaines propositions d’un festival déçoivent les uns ou les autres, il faut du temps et de la concertation pour qu’une manifestation puisse tâtonner, inventer, surprendre, et s’installer.
On nous annonce un nouveau festival, les « voix d’Orléans », concocté manifestement dans le plus grand secret de bureaux aux portes verrouillées de l’intérieur. Combien de temps aura-t-il sa chance, et comment imaginer, s’il n’a pas été porté par une implication aussi large que possible des acteurs culturels et des publics dans toute leur diversité, qu’il puisse démarrer sur de bonnes « assises » ?

Bîmes de Loire : la liberté d’expression engloutie pendant le festival

Autre élément à annexer au bilan du Festival de Loire 2015 présenté aujourd’hui en conseil municipal : la déconvenue d’Arnaud Méthivier, dont le dernier concert fut déprogrammé sans autre forme de procès. À lire les médias locaux, le maire et le plaignant devraient pouvoir se rencontrer pour s’en expliquer. Mais parleront-ils de la même chose ?
Il y a une différence de point de vue que n’aura manifestement pas bien mesurée Arnaud Méthivier.
Dans l’esprit de l’élue chargée du suivi du festival de Loire, il ne s’agit pas d’un événement culturel au cours duquel se produisent des artistes mais bien plutôt d’une manifestation festive pendant laquelle des prestataires rémunérés par l’organisation sont chargés des animations.
Dans cet esprit, la mairie est un employeur, soucieux de la réputation de sa « marque », et qui entend donc que ses prestataires se plient à la réserve due par les employés pour ne pas mettre en cause la bonne réputation de leur entreprise et de leur patron.
Pour Nano, dont on connaît, notamment par la fête des Duits, l’attention à procurer aux artistes un espace d’expression sans la moindre tutelle, la liberté de parole ne saurait bien évidemment être contrainte par des soucis de promotion et d’image.
Interdire de scène un artiste est tout sauf anodin, c’est un acte fort contre la liberté d’expression à laquelle des élus ne peuvent contrevenir dès que quelque chose leur déplaît. Un acte de censure, de mépris de l’artiste, et Arnaud Méthivier est en droit d’obtenir des réponses convaincantes à sa « lettre ouverte ».
À moins que la municipalité n’assume totalement et considère tout simplement avoir fait une erreur en envisageant une programmation culturelle pour accompagner son événement festif…

Le festival de Loire 2015 pourrait-il être labellisé « COP 21 » ?

cop21-label_reduit_1On connaît la propension de la ville d’Orléans à affirmer son exemplarité et son statut de précurseur en ce qui concerne le développement durable. Avec plus de 600 000 visiteurs revendiqués sur un festival mettant en valeur un fleuve que l’on se complaît souvent à présenter comme le dernier grand fleuve sauvage d’Europe, qui plus est classé au patrimoine mondial de l’Unesco, la moindre des choses est bien évidemment de se préoccuper de l’impact environnemental de l’événement.

En 2013, l’organisation du festival de Loire avait mis en place quelques éléments de gestion du tri, « coachs déchets » présents aux côtés des festivaliers, gobelets consignés, et annoncé la compensation carbone du transport par convois de camions des nombreux bateaux (le plus efficace serait sans doute de l’éviter autant que possible plutôt que de le compenser, mais bon…).

Pourtant aujourd’hui, gobelets et doubles-poubelles sur le site, dont les consignes de tri sont assez mal respectées par ailleurs…, tout cela semble bien insuffisant, surtout au vu de ce qui se passe sur le terrain en matière de restauration, de consommation énergétique ou de gestion de l’eau…

 
En 2015, année charnière qui voit la France incarner, avec la présidence de la COP 21 (21e conférence sur le changement climatique), la nécessité de mesures exceptionnelles pour enrayer la hausse globale des températures atmosphériques redoutée par les climatologues, on ne peut douter qu’un tournant décisif sera pris pour cette édition et les suivantes du festival de Loire.

Pour l’heure, le dossier de presse 2015 n’évoque absolument rien à ce sujet.
Tout reste donc ouvert, et l’on conseillera vivement à Stéphanie Anton et Yves Dupont (nouvelle et ancien adjoints au développement durable de la ville d’Orléans, le dernier cité étant devenu depuis Conseiller spécial sur le Festival de Loire) de mettre en place une charte analogue à celle établie pour le festival musical We Love Green dans le parc parisien de Bagatelle.
Cette charte trace une voie tout à fait remarquable d’éco-conception et d’éco-responsabilité, en impliquant l’ensemble des partenaires (acteurs de l’économie circulaire & solidaire, associations et institutions) dans le développement de solutions pratiques et innovantes.

 
Quelques extraits de cette charte We love green, pour souligner le chemin que doit encore parcourir le festival de Loire : système de distribution gratuite d’eau de la ville, mise en place de toilettes sèches, 90 % de fournisseurs locaux en restauration bio, locale et de saison, surplus alimentaire redistribué à des associations, récupération des huiles utilisées par les restaurateurs, 100 % de la vaisselle compostable et compostée, 100 % de l’éclairage de la scène principale générée par énergie photovoltaïque (panneaux solaires), 100 % du festival en énergie renouvelable, pas de bouteilles en plastique sur site, bâches du festival en plastiques recyclés, scénographie en mobilier recyclé ou prêté par Emmaüs, 650 palettes et cagettes transformées en signalétique et mobilier, navettes hybrides pour le transport des festivaliers, partenariat avec Velib et vestiaire à vélo, choix de prestataires spécifiques au nom de leur démarche responsable… et sensibilisation du public par le biais de conférences et tables rondes avec des intervenants internationaux, des militants pionniers et de jeunes acteurs du changement français afin de donner une nouvelle vision et des perspectives concrètes.

 
Pour la Loire naturelle et la préservation de la biodiversité, pour la cohérence dans le discours sur le dérèglement climatique, mais aussi pour passer un message fort à quelques semaines de l’ouverture de la COP21, adopter une telle charte serait un très beau symbole.

Pas de pacte pour la Scène Nationale d’Orléans

snorleans-2014-15-16Programme reçu hier par la poste, j’ai rempli, désabusé, mon bulletin d’abonnement pour la saison 2015-2016 de la Scène Nationale. Dans les premières pages, pas de mot de soutien des financeurs, si courants habituellement pour ce type de publication. Le Conseil Départemental fait défaut cette année, et la municipalité d’Orléans a « singulièrement » contraint le budget alloué à la structure. Le maire et son adjointe à la culture n’avaient pas pour habitude de signer un édito à ce programme, et ce n’est certes pas cette année qu’ils auront souhaité apporter leur contribution. À défaut, l’édito de l’équipe, qui prend les devants pour tenter d’expliquer le réduction de 40% des dates de spectacles proposés…

La Scène nationale, de façon singulière dans le paysage culturel d’Orléans, a subi d’importantes coupes budgétaires.
Nous allons pourtant relever le défi et vous proposer une saison, certes réduite, sans abandonner ce qui fait notre singularité : une attention soutenue envers les artistes qui travaillent dans notre territoire et la volonté renforcée de donner toute sa place à la création.
Et nous allons le faire avec tout le talent de nos équipes et tout notre cœur.

Le débat a déjà été porté avec l’abandon de la programmation des grandes scènes du festival de jazz au Campo Santo. L’argument des baisses de dotation de l’État qui contraint les budgets des collectivités locales est bien sûr recevable, mais évidemment pas à la hauteur de ce qui touche aujourd’hui la Scène Nationale. Au cours de l’enquête « La fête est finie », diffusée sur France 3 Centre fin avril, Nathalie Kerrien soulignait que la culture à Orléans sur le budget 2015 voyait son budget baisser de presque 7%, sauf dans le domaine de l’aide aux compagnies et aux créations, où il y a, disait-elle, une baisse de seulement 1%. « Une baisse moins importante que dans d’autres secteurs ». Comment expliquer dans ce contexte le sort réservé à la Scène Nationale ? Certains événements et certaines programmations sont « singulièrement » touchées !
Au cours de cet entretien avec Nathalie Kerrien, un passage est particulièrement éloquent. Elle y justifie les arbitrages de la politique culturelle municipale :

« Si on veut une notoriété, on double le budget du festival de Loire, ça ne me choquerait pas. » Si Nathalie kerrien était déléguée à la « Promotion du territoire, Relations extérieures et Tourisme » en lieu et place de sa collègue Martine Grivot, je ne dis pas… Mais dans la bouche d’une adjointe à la culture, que cette idée de notoriété supplante tout ce qui concerne la diversité culturelle, cela laisse pantois, et, pour tout dire, si : ça choque !

Tout de même, moins de spectacles proposés, moins de dates programmées, c’est moins de variété des spectacles et inévitablement une dynamique qui s’enraye. D’ici à ce que la municipalité reproche à la structure de voir sa fréquentation baisser, il n’y a qu’un tout petit pas qui pourrait rapidement être franchi ! C’est aussi une forme d’abandon du soutien aux intermittents du spectacle, qui les premiers souffriront de cette programmation en berne à Orléans comme elle l’est ailleurs en France.

Ralier le « pacte culturel » proposé par l’État
Car partout en France comme à Orléans les projets culturels font les frais des ajustements budgétaires. Au point que cela amène les pouvoirs publics à commencer à quelque peu s’émouvoir des conséquences désastreuses sur le secteur. Le premier ministre allant jusqu’à avouer que la baisse du budget de la Culture « au cours des deux premières années du quinquennat de François Hollande » avait été « une erreur » et « un signe négatif ». Devant les multiples annonces de festivals annulés, de programmations abandonnées, le ministère de la Culture a, du coup, esquissé une réaction en proposant aux villes et agglomérations un « pacte » pour sauver les financements culturels : il s’agit, pour l’Etat, d’accompagner sur une durée de trois ans, de 2015 à 2017, des collectivités confrontées à des arbitrages difficiles, mais qui s’engagent à ne pas sacrifier leurs équipements culturels.
Au 31 mai, 37 pactes ont été signés. Clermont-Ferrand, Rouen, Strasbourg, Poitiers, Bourges… en ont profité. Dijon, Nantes, Angers, Montpellier, Blois… s’apprêtent à faire de même. Ainsi que le disait récemment un communiqué de la Fédération Nationale des Collectivités territoriales pour la culture (FNCC)

La FNCC salue ce début de retour à la raison au plus haut niveau de l’Etat. Oui, soyons raisonnables ensemble, Etat et collectivités. Sachons ensemble comprendre que non seulement il ne sert à rien de couper dans des budgets déjà réduits mais que ces économies peu significatives portent gravement atteinte à la crédibilité de nos politiques publiques et compromettent l’avenir.
Nous devons d’urgence refonder l’élan culturel national. Les terribles attentats du début du mois de janvier ont montré les dangers immenses que recèle le rétrécissement progressif de notre imaginaire partagé, lequel rend nos concitoyens de plus en plus démunis face à l’appel mortifère du repli sectaire – surtout les plus jeunes. (…)
C’est à partir de la mise en valeur des acquis de 50 ans de décentralisation culturelle, à partir de cet héritage considérable construit avec les artistes, avec les professionnels, que nous pourrons imaginer ensemble, par le dialogue et la concertation, un nouvel horizon du partage culturel. Nous devons œuvrer à créer les conditions pour amplifier la puissance de tolérance et de démocratie, mais aussi de rayonnement et de développement, que portent les arts et la culture. Nous devons inventer ensemble une nouvelle responsabilité fondée sur la reconnaissance des droits culturels, sur le respect des arts et sur la transversalité des enjeux culturels.

Il y a bien une alternative aux choix d’arbitrage de la mairie d’Orléans. Et il serait de bon ton que l’élue à la culture défende son budget en profitant des dispositifs mis en place pour atténuer les baisses de dotations budgétaires, tout en se souvenant que son champ de délégation ne couvre finalement pas trop le tourisme et l’événementiel.

Festival de Loire : budget en crue

L’année 2015 étant une année de festival de Loire, ce sera l’un des points importants du budget 2015 voté ce soir en conseil municipal pour ce qui concerne l’événementiel. Annoncé « stable », il semble pourtant épargné par la rigueur imposée sur les attributions de subventions aux associations et structures culturelles.
Il est assez difficile de faire la part des choses entre les options de l’appel d’offres réalisées ou non, de comptabiliser les avenants éventuels et les subventions spéciales attribuées à des associations qui organisent un événement particulier à l’occasion du festival. Il est également bien difficile de chiffrer l’apport supplémentaire de la mairie d’Orléans lié à l’intervention des services municipaux pour divers aménagements de voiries, nettoyages et surveillance (lesdits services pourraient sans doute donner une estimation, mais le chiffre n’est pas public, semble-t-il).
Mais si l’on s’en tient aux crédits votés en séance du Conseil Municipal pour valider le choix effectué à l’occasion de l’Appel d’Offres, tant en ce qui concerne le rassemblement de bateaux que la conception et la réalisation des animations et autres spectacles, on constate une évolution qui ne correspond pas vraiment à l’ambiance d’économies et de retenues annoncée :

En 2009, le budget voté fut opulent, plus de 2,1 millions, à peu près à parts égales entre bateaux et spectacles. Gros effort en 2011, avec 1,7 million (976 000 euros pour les animations et une modération importante pour le rassemblement des bateaux : 710 000 euros). Nouvel effort en 2013, avec un total de crédits votés d’à peine 1,6 million d’euros (stable pour les bateaux, en baisse pour les spectacles).
Pour ce qui est de 2015, on repart à la hausse avec de nouveau 1,7 million votés (près de 1 million pour les animations et les spectacles, et 700 000 euros pour les bateaux).

Bref, la stabilité est celle d’un retour au budget de 2011. Si l’on compare à ce qui avait été voté en 2013, le budget 2015 prévoit pour le festival de Loire une augmentation d’environ 7,5 %. Soit quand même un peu plus de 110 000 euros. Si quelqu’un avait eu la drôle d’idée d’appliquer un barème de – 5 % sur la précédente édition, nous serions tombés à un budget d’environ 1,5 million d’euros, ce qui n’est pas rien tout de même et aurait permis une économie de près de 200 000 euros sur le budget 2015…
Toute la question étant de savoir s’il est possible d’organiser une belle fête avec « seulement » 1,5 million ??!! Apparemment, certains estiment que non, et que cela mettrait gravement en danger l’attractivité de la ville.
On est en droit de penser au contraire que cela est tout à fait possible surtout en tirant mieux profit des associations locales. Il est urgent de réfléchir à un Plan de prévention des risques d’inondation budgétaire du Festival de Loire qui permettra de profiter de la fête tout en conservant un peu de marge de manœuvre pour les autres propositions culturelles des 2 années à venir…

Picnic à Tchernobyl

cover_silexProgrammation de la Scène Nationale d’Orléans, puisqu’on en parle*, le clarinetiste virtuose Yom sera sur scène demain dimanche 14 décembre, pour présenter son nouvel album Le Silence de l’Exode. Virtuose de la musique klezmer, mais pas que, Yom sera ici avec Farid D. au violoncelle, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Bijan Chemirani aux zarb, daf, bendir…
Je ne sais pas s’il reste des places, mais si c’est le cas, venez…
 

L’invitation incongrue à un pique-nique en zone dévastée date d’un précédent album, The wonder Rabbis

Album dans lequel figurait également l’un des morceaux que j’écoute volontiers en boucle

Le nouvel album est une commande du Festival d’Ile-de-France 2012. Vidéo de présentation

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* voir sur ce blog et ce même jour, Scène minimale

Scène minimale

theatre
C’était bien sûr à prévoir : le Conseil Général économise sa subvention à la Scène Nationale. Plutôt que d’amortir cette chute budgétaire, la mairie d’Orléans avait « anticipé » il y a quelques semaines en préparant un budget amplifiant la perte de ressources pour la structure. Puisque celle-ci prend en charge les frais de personnel et les frais techniques de fonctionnement du théâtre pour le compte de l’ensemble des structures utilisant les scènes des salles Vitez, Barrault ou Touchard, frais assez peu compressibles, il est bien évident que c’est la programmation artistique de la Scène Nationale qui va devoir se montrer bien moins ambitieuse.
Orléans avait ouvert la voie, le Conseil Général s’empresse de lui emboîter le pas.
Alors que va-t-on supprimer ? La danse, le cirque, les performances, les musiques diverses et variées ? L’action culturelle, pourquoi pas, puisqu’on en est là. Pourtant, dans les polémiques récentes sur l’abandon de la grande scène du festival de Jazz, dévalorisée car explicitement jugée élitiste, l’adjointe à la culture (qui démarre son mandat en fanfare) se justifiait en jurant vouloir jeter toutes ses forces dans l’amélioration de l’accès de tous les publics à la culture. La programmation artistique et l’action culturelle de la scène nationale n’apportent-elles pas une diversité favorablement complémentaire aux propositions du CDN et du CADO ?
Concrètement, c’est l’offre culturelle locale qui va considérablement s’amoindrir, et avec elle le dynamisme et le moral des acteurs culturels orléanais.

Les Scènes nationales financent des créations qui contribuent significativement à l’emploi artistique, et tout particulièrement dans le réseau des petites compagnies et des intermittents, déjà en plein désarroi quant à l’accompagnement social qu’on leur promet. Le maire d’Orléans a souvent exprimé son soutien aux intermittents. Reste à montrer concrètement que cela était sincère en modifiant en urgence, à l’occasion de la prochaine séance du conseil municipal, le budget de la ville pour 2015 : renoncer à la baisse des crédits de la Scène Nationale et compenser au contraire le retrait du Conseil Général.
Il en va ici vraiment de la diversité et du dynamisme de l’action culturelle orléanaise. Pas possible de rejouer la caricature des vedettes aux limousines et verres teintés…

Politique culturelle européenne : un signal désespérant

Malgré le rejet de sa candidature par la Commission Culture et Éducation du Parlement européen, Tibor Navracsics, ancien ministre de la justice du gouvernement de Viktor Orban en Hongrie, a été confirmé commissaire européen pour l’Éducation, la Culture, la Jeunesse et les Sports. Seule modification par rapport à la proposition initiale de Jean-Claude Juncker, la responsabilité de la « Citoyenneté » lui a été retirée (remplacée par celle des sports).
Lors de l’audition devant la commission, l’ancien ministre de la Justice s’était vu reprocher sa proximité avec le gouvernement Orban et certaines réformes jugées liberticides effectuées sous sa responsabilité, comme celles des médias ou de la justice.
Par ses réponses, Tibor Navracsics a tenté de prendre ses distances avec les politiques mises en œuvre par le gouvernement hongrois, mais n’a pas convaincu.

Malgré ce rejet, par le biais d’un vote bloqué sur l’ensemble des commissaires la liste proposée par le nouveau président de la Commission européenne a finalement été approuvée par le Parlement.

Cette nomination révèle une double consternation : d’une part elle confie la gestion de la politique culturelle européenne à un populiste dont on peut craindre qu’il mettra en cause le dialogue des créateurs, des cultures et des pratiques, et d’autre part elle souligne le peu de cas qui est fait de la culture à la commission européenne.
Car si ce poste échoit à ce membre d’un parti notoirement anti-européen (Fidesz-Union civique hongroise), c’est uniquement parce que l’on y projette beaucoup moins d’importance que dans les autres secteurs. La priorité annoncée de M. Juncker : le redressement économique. Et dans ce projet, la culture y est uniquement abordée comme devant cibler les projets qui favorisent « la croissance et l’emploi ».
La bataille sur la diversité culturelle, chère à la France mais peu soutenue par ailleurs, risque de devenir toujours plus difficile, et finir par céder sous les coups de boutoirs des tenants d’une vision exclusivement financière des enjeux économiques liés à la crise.

Les démarches du type « Agenda 21 de la culture » pour plaider l’importance de la culture dans le développement local, portées à l’échelle européenne et mondiale par le CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis) ont du souci à se faire…
Cette idée de baser le développement humain sur un processus d’élargissement des libertés tenant compte de la culture et de ses facteurs tels que la mémoire, la créativité, la diversité et le savoir, n’est malheureusement pas trop dans l’air du temps…