Mal de mer

Animation par Olivier Gingras – site www.oliviergingras.com
Musique « Marée noire » de Noem – site www.noem.ca

Merci à Un Monde à l’An Vert, association orléanaise luttant contre le « littering » (abandon de déchets sur la voie publique), d’attirer notre attention sur de telles petites pépites graphiques et sur l’importance de se mobiliser contre le gaspillage, le suremballage, et cette pollution quotidienne qui souille notre espace commun.
http://unmondealanvert.com/
facebook.com/unmondealanvert

Le petit geste qui tue

« Chaque année 6 400 000 tonnes de déchets sont déversées dans les mers et les océans. 1 million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins sont tués par des déchets. »
Petit message ministériel avisé : « L’important, c’est de ne pas participer »…

La rue semble être pour beaucoup un espace-poubelle, où l’on peut jeter mégots, papiers, sans que cela ait la moindre importance. Comme s’il était absolument sans intérêt que notre espace commun soit agréable. Curieux.
J’ai aussi le souvenir récent d’une grande manifestation solennelle et républicaine, que certains ont cru bon de symboliser par un lâcher de ballons bleu-blanc-rouge, déchets volants dont on ne se préoccupera pas, puisqu’ils finiront leur course très loin de nous.

On sait bien pourtant que tout cela aboutit dans les cours d’eau et au final en mer, et notamment dans ce fameux « 7e continent », vortex de courants marins accumulant les déchets plastiques qui polluent les océans et tuent les animaux marins. 8e, 9e, 10e continent… puisqu’en réalité il existe au moins 5 grands « gyres » océaniques à la surface des mers du globe, dont le plus célèbre est celui du Pacifique Nord.
Mais tout cela est trop distant pour que l’on en prenne réellement conscience. Alors que faut-il faire ? Arrêter de nettoyer les rues, pour que chacun se rende compte de l’amoncellement très, très rapidement insupportable de ces petits déchets qui paraissent insignifiants ?

20 ans d’aggravation des conditions de logement pour les plus modestes

fondation-abbe-pierreComme chaque année à pareille époque, la Fondation Abbé Pierre présente aujourd’hui son rapport annuel sur « l’État du mal-logement en France », 20e édition. Présentation publique, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, de 9h à 17h.
Les chiffres mis en avant dans le rapport présenté début 2014 faisaient apparaître que plus de 140000 personnes vivaient dans la rue. Mais aussi que près de 700000 personnes n’ont pas de domicile personnel, et vivent dans des habitations de fortune ou sont contraintes d’être hébergées chez un proche. Nous verrons l’actualisation de ces chiffres avec l’état des lieux 2015, mais comme le souligne la fondation dans sa dernière campagne de sensibilisation, il y a lieu d’être alarmiste puisque le mal-logement progresse sans cesse, notamment dans la catégorie dite des « travailleurs pauvres ».
Même si le précédent rapport avait noté des avancées dans la politique du logement, cet hiver encore la « réponse insuffisante aux besoins immédiats » est criante.

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Le droit au logement opposable n’est toujours pas appliqué, la loi de réquisition de logements vides non plus (on estime à plus de 2 millions les logements vacants), pendant que les expulsions locatives explosaient avec la crise. Le mal-logement progresse ainsi inexorablement, amplifiant la précarité liée à l’emploi.
Les lois SRU (solidarité et renouvellement urbains) puis ALUR peinent à apporter des résultats concrets tant l’inertie et les réticences sont grandes pour faire évoluer le marché locatif. Plutôt que de fragiliser, morceau par morceau, ce qui allait dans le sens de la lutte contre l’habitat indigne, de la prévention des expulsions ou de la maîtrise des hausses de loyers, il faut accélérer le mouvement…
Ce que rappelait la Fondation Abbé Pierre, dans un communiqué du 20 juin 2014, à propos de la Loi ALUR : « Il y a urgence, la loi ALUR doit être appliquée ».

Comment une loi, issue de deux ans de concertation, d’un débat parlementaire de neuf mois, de plusieurs avis du Conseil d’État et d’une décision du Conseil Constitutionnel, pourrait-elle ne pas être appliquée ou ne l’être que partiellement par la majorité qui l’a votée ?
 
La situation du logement se dégrade, la Fondation Abbé Pierre ne cesse de le rappeler et d’en alerter les pouvoirs publics. Mais il serait ridicule d’en faire porter la responsabilité à la loi ALUR qui n’est pas encore en vigueur. De plus, cette loi est justement censée s’attaquer aux dérives qui ont participé à la flambée des prix de l’immobilier, qui ne profite qu’à une minorité au détriment de la majorité des ménages, particulièrement des plus modestes.
 
Il serait donc indécent que les lobbies professionnels qui n’ont eu de cesse de combattre cette loi – et d’en obtenir des assouplissements – soient au final mieux considérés que la représentation démocratique qu’est le Parlement. La Fondation Abbé Pierre, qui s’est aussi impliquée dans le débat, a parfois été déçue, mais en est respectueuse. Elle sera donc vigilante à ce que les décrets permettent l’application effective et rapide de la loi.
 
La loi ALUR comporte en outre d’autres avancées importantes qui ne peuvent être négligées ni retardées, dans des domaines aussi vastes que les rapports locatifs, la lutte contre l’habitat indigne, la prévention des expulsions, les copropriétés dégradées ou encore les attributions de logements sociaux…
 
L’intervention des pouvoirs publics dans une régulation des marchés de l’immobilier, dont le coût est devenu insupportable pour le plus grand monde, est plébiscitée par les Français et fait partie des engagements du président de la République.
 
La loi ALUR doit être appliquée. Elle n’est pas la cause d’une construction en berne dont il faut chercher les solutions ailleurs de façon plus volontaire, notamment en libérant plus vite et moins cher le foncier, par une fiscalité immobilière incitative, une planification urbaine au niveau intercommunal et des financements adaptés aux besoins en logements moins chers.

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Je suis triste encore, malgré tout

Bien sûr, il y a cette mobilisation indéniablement historique du week-end qui laisse penser, malgré ses incohérences et quelques messages enchevêtrés, qu’une prise de conscience tangible peut survenir.
À l’instar du Chat de Philippe Geluck, j’ai pourtant bien du mal encore à me départir de la tristesse provoquée par la violence inouïe de ces attentats et par ces morts incompréhensibles, intolérables.

Triste encore et aussi qu’il faille un tel drame pour que nous envisagions de réfléchir à ce « vivre ensemble » qui devient si difficile.

Bien sûr, il y a eu des instants d’émotion intense à l’écoute de nombreux témoignages bouleversants et de déclarations lumineuses. De ces moments qui ne peuvent laisser personne indemne, indifférent, et qui de ce fait portent un véritable espoir.

Nous avons tous marché pour rendre hommage aux morts de Charlie Hebdo et défendre la liberté d’expression, certains faisant mine sans doute de ne pas comprendre qu’avec Charlie est revendiqué un peu plus que le droit de s’exprimer librement : il s’agit aussi de défendre le droit à l’irrévérence, souvent outrancière, à la provocation, quand bien même elle serait de « mauvais goût », de défendre la possibilité de brocarder tous les pouvoirs et tous les dépositaires d’une autorité, quelle qu’elle soit. Parmi ceux qui sont susceptibles de moqueries au titre de cette autorité, bien peu en acceptent vraiment le principe.

Nous avons défilé pour refuser la violence et le terrorisme. Un objectif largement partagé, mais qui ne dit malheureusement rien de ce que nous souhaitons collectivement mettre en place pour cela.

Bien sûr, nous sommes certainement capables ensemble de ne pas céder aux injonctions de méfiance et de repli sur soi, de défiance et protectionnisme exacerbé. Mais comment faire pour qu’il ne soit pas si facile aux extrémistes de jeter le trouble, d’entretenir les amalgames et de cultiver les simplismes ?
Dès le désastre survenu, Robert Badinter décrivait dans les colonnes de Libération le chemin qu’il faudra suivre pour éviter de nous enfoncer dans ce « piège politique que nous tendent les terroristes ». Nous n’avons pas peur, disaient certaines pancartes des marches de samedi et dimanche. Nous ferons face au terrorisme, en effet. Mais saurons-nous affronter intelligemment et ensemble l’après-attentat ? J’espère de tout cœur que nous saurons éviter le piège. L’ampleur du choc permet d’y croire, mais cela ne se fera pas sur de simples déclarations d’intention et il faudra rappeler à chacun qu’en défilant il a pris des engagements de solidarité.

Au-delà du chagrin et de la pitié s’inscrit le devoir de justice. Nous sommes assurés que les pouvoirs publics mettront tout en œuvre pour identifier et arrêter les auteurs de ces crimes. À la justice de décider de leur sort, en toute indépendance et dans le respect de l’État de Droit. Ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l’histoire a déjà tendu aux démocraties. Celles qui y ont cédé n’ont rien gagné en efficacité répressive, mais beaucoup perdu en termes de liberté et parfois d’honneur.

 
Enfin, pensons aussi en cette heure d’épreuve au piège politique que nous tendent les terroristes. Ceux qui crient « allahou akbar » au moment de tuer d’autres hommes, ceux-là trahissent par fanatisme l’idéal religieux dont ils se réclament. Ils espèrent aussi que la colère et l’indignation qui emportent la nation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l’égard de tous les musulmans de France. Ainsi se creuserait le fossé qu’ils rêvent d’ouvrir entre les musulmans et les autres citoyens. Allumer la haine entre les Français, susciter par le crime la violence intercommunautaire, voilà leur dessein, au-delà de la pulsion de mort qui entraîne ces fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides.

 
Robert Badinter

Florent Montillot : l’éducation en mode binaire

Les parents d’élèves de l’école Jean Mermoz ne se sont pas bien comportés, ils doivent être punis. Tenir une réunion dans l’école de leurs enfants, et que celle-ci dégénère jusqu’à prendre la forme d’une occupation provisoire pour exiger de l’État qu’il fasse le nécessaire pour éviter que des enfants dorment à la rue, c’est inacceptable. C’est une instrumentalisation de l’école pour des motifs humanitaires, pour mettre en avant la solidarité, voilà qui n’est pas très responsable. Florent Montillot, Maire Adjoint à l’éducation et aux connaissances, à la prévention et à la réussite éducative, s’étrangle et n’entend pas en rester là : les locaux ont été profanés (cela a un petit côté paradoxal, mais l’école laïque serait un « sanctuaire » auquel les parents d’élèves ne pourraient accéder a priori), les installations risquaient d’être endommagées, la sanction sera donc que le nouveau matériel pédagogique moderne et innovant n’y sera pas testé. Jusqu’à brandir la menace de poursuites en justice vis-à-vis des parents.

De par sa charge d’élu, Florent Montillot est certes garant des installations scolaires. On lui demande en fait avant tout d’être à l’écoute de la communauté éducative, et notamment des parents d’élèves, interlocuteurs privilégiés puisqu’ils sont en même temps ses administrés, pour que ces installations soient parfaitement adaptées à l’éducation et au bien-être des enfants.
Mais l’adjoint à l’éducation n’entend pas en rester là : il se voit plutôt comme éducateur en chef, des élèves comme de leurs parents, et confond vite ces derniers avec des ados en perte de repères auxquels il conviendrait de réexpliquer les valeurs du bien et du mal.
Lors du conseil municipal de septembre, à l’occasion de la communication sur la rentrée scolaire, il avait saisit au vol une belle occasion d’expliciter sa conception de la dualité récompense/sanction, qui permettrait l’éducation :
 

 
De fait, on a tendance depuis bien trop longtemps à considérer le système récompense/sanction comme le pilier de toute éducation. Pourtant, les pédagogues démontrent facilement qu’un tel système est au cœur du conditionnement, non de l’apprentissage (construction volontaire et consciente de comportements compris et choisis).

Il y avait la carotte (un équipement intéressant pour l’école), mais les parents qui se sont mal comportés recevront le coup de bâton (l’attribution de cet équipement à une autre école). Au détriment des enfants en fin de compte.
Ce qu’a sans doute mal perçu Florent Montillot, c’est qu’il avait en l’occurrence en face de lui des parents d’élèves qui se mobilisent précisément pour un motif éducatif, consistant à valoriser un discours d’entraide et de soutien à des enfants en danger. Qui plus est, il assimile ce collectif de familles à des individus en détresse se battant pour un objectif personnel (« des pères divorcés qui au lieu de monter au sommet de la cathédrale viennent là ? Des familles dont les allocations familiales ont baissé et qui s’inquiètent légitimement de leur avenir ? Des pères de famille qui craignent d’être licenciés ? Tout sera prétexte… »). Mais pourquoi diable les parents d’élèves auraient-ils l’intention de s’en prendre au matériel de l’école de leurs enfants ?
Les raccourcis de M. Montillot tendraient presque à les faire passer pour des forcenés mettant en danger la sécurité de leur école et de leurs propres enfants !

Voilà un adjoint qui entend régir l’école à sa façon, la même qu’il utilisait lorsqu’il était officiait à la sécurité. Il y a là un manque de discernement quant à son rôle et à ses interlocuteurs, qui témoigne d’une défiance incompréhensible vis-à-vis des parents d’élèves. Cette suspicion ne peut lui permettre d’exercer sa mission dans des conditions satisfaisantes.

Il faut en finir avec le mode binaire… 1 et 0. Même en informatique les recherches les plus prometteuses portent sur la conception d’un futur ordinateur quantique, où un « qubit » peut être dans les 2 états en même temps, ce qui est (apparemment !) en train de révolutionner le calcul en permettant une puissance et des opérations inimaginables à l’aide d’un ordinateur classique.
Une évolution qui arrivera avant même que l’on puisse ne serait-ce qu’imaginer un Montillot quantique.

Politique culturelle et rigueur budgétaire : à Orléans, les décisions sont annoncées dans la douceur

La situation financière des collectivités territoriale en ces temps de disette est contrainte, personne ne le conteste, et Serge Grouard admet bien volontiers les réductions dans la dépense publique imposées par l’État, tout en regrettant la méthode du gouvernement, « sa brutalité sans aucune consultation préalable ». Cette critique étant posée, on se dit que les arbitrages opérés par la ville d’Orléans se feront nécessairement dans la concertation et avec toute la modération qui permettra d’éviter les regrets et les polémiques. Dès lors qu’il faut établir des priorités dans les investissements financiers, la consultation consistera, peut-on imaginer, à rencontrer les partenaires de la ville pour débattre des efforts à porter sur tel ou tel secteur, en épargnant tel ou tel autre. Car comme le dit Serge Grouard, « ce n’est pas sorti du chapeau comme ça, en se disant ‘tiens, ça on aime bien, on va sanctuariser’. Ça ne se passe pas comme ça ».

Pas de brutalité à Orléans, dixit Serge Grouard : les arbitrages ne sont pas imposés, « ça fait l’objet d’itérations successives avec les services de la ville, avec les différents élus. » « Le budget, ce sera le moment du débat. Mais les décisions elles ne se prennent pas au moment du débat, elles se prennent avec les services de la ville, avec les élus de la ville, et puis après on assume ».
« On assume », cela veut dire que l’on ne reculera pas : « Reculer, c’est aller dans le mur. La France va dans le mur parce que personne n’a le courage de décider. Voilà ! (…) Il y a une pétition, il y a une manifestation, mais si on est convaincu, après avoir retourné les choses, après avoir touillé dans le pot, après avoir pris des semaines et des semaines de réflexion, que ce que l’on propose est globalement le moins pénalisant. Alors que fais-je ? Je renonce, je cède, parce que je ne veux pas d’embêtement ? Ce n’est pas ma méthode. »

On devine donc, à mots couverts, la méthode de Serge Grouard : il touille dans le pot, dans l’intimité de son bureau et dans celui de l’adjoint aux finances, avec la participation amicale de l’adjointe à la culture et de ses services pour ce qui concerne en l’occurrence le budget culturel. Une popotte en forme de « consultation restreinte » qui dicte les décisions, pour ensuite les annoncer et les assumer courageusement.
Un mode de concertation, s’il y a lieu d’utiliser ce mot, qui ne se soucierait donc pas trop d’associer les acteurs culturels concernés ? Mais ne parlons pas de brutalité, il s’agit plutôt de courage à décider et à assumer ses choix.

Ce qui est assumé, c’est un arbitrage privilégiant les événements qui attirent le plus de monde possible. Avec au passage une attaque à peine voilée envers les manifestations considérées comme « élitistes », supposées destinées à ce que l’on appelait autrefois la « gauche-caviar », on dira plus volontiers aujourd’hui aux « bobos ». À ce compte, et en prenant en considération les critères de fréquentation, beaucoup de manifestations culturelles ont du souci à se faire dans la ville d’Orléans. Cette orientation tire toujours plus dans la direction de l’événementiel, qui devient intouchable, mais tendra à laisser de côté toute la diversité et la richesse culturelle.
Pour le reste, il suffit de caricaturer l’expression des désillusions en criant à la manipulation politique, et de ne pas trop s’expliquer sur les autres options qui auraient pu être versées au débat : dégager par exemple de la marge de manœuvre sur les gros budgets de l’événementiel ou sur les travaux de voirie. Cette gestion par la polémique fait partie de la méthode : le débat devient vite opportunément caricatural et artificiellement politique, les opposants s’engouffrent tête baissée dans la brèche pour alimenter la controverse… Et cela évite d’avoir à trop entrer dans les détails.

Il n’y a pas si longtemps ont eu lieu des « assises de la culture » puis une élection municipale, où l’on imaginait que les orientations de ce début de mandat avaient été discutées, présentées et annoncées (courageusement). Non, tout se passe comme si la nouvelle majorité entamait son premier mandat et découvrait une situation difficile qu’elle n’avait pas anticipée. Peut-être s’agissait-il de ne pas trop émouvoir les Orléanais (et surtout les responsables de structures culturelles) en pleine campagne électorale… Il est bien hypocrite aujourd’hui de feindre de s’étonner des réactions de la scène musicale orléanaise face à ces brusques remises en cause d’une partie du Festival de jazz, du Jour J, de la programmation O’Jazz, de l’Astrolabe 2…

Cela a-t-il un sens dans ce contexte d’annoncer une relance des « assises de la culture » ? Établir maintenant un dialogue avec les acteurs culturels qui, malgré leurs efforts, peinent à toucher un large public, risque d’être compliqué. Puisque les choix budgétaires ont été faits et puisque l’orientation générale est clairement établie, le dialogue va manquer d’intérêt. Il faudra beaucoup d’énergie pour laisser entendre à ces interlocuteurs que quelque chose peut se décider avec eux, en écoutant leurs avis, puisque tout se décide en réalité dans les bureaux des élu-e-s au cas par cas. Personne n’était dupe, mais les assises de la culture pouvaient porter l’espoir d’un fonctionnement plus transparent. L’opacité de la construction du budget l’emporte, et de loin.
Car lorsqu’il s’agit de budget, la discussion n’est pas même envisagée.

 

Merci à Clodelle, qui a partagé sur son site www.clodelle45autrement.fr les instructifs extraits de la conférence de presse du 6 novembre dernier. Cela permet de mieux comprendre l’argumentation de nos élus :

ORLEANS’JAZZ 2015 présenté par Serge GROUARD et Nathalie KERRIEN
CONFERENCE DE PRESSE sur la POLITIQUE CULTURELLE mise en œuvre à ORLEANS

Femmes audacieuses, mais toujours bien mal représentées…

Ce jeudi 6 novembre 2014 seront remis, à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Loiret, les prix de la 2e édition du « Trophée des Audacieuses », destinés à récompenser les femmes chefs d’entreprises. Une louable initiative visant à « mettre en lumière l’audace et la volonté de femmes qui ont osé donner vie à leur projet professionnel. » IL y aura donc 100% de lauréates, dans une maison (la CCI) où les membres élues 2011-2015 sont un peu moins de 13% (4 femmes sur 31), un peu plus de 11% pour ce qui est du bureau (1 femme sur 9 élus, mentionnée sur le site de la CCI comme « Trésorier adjoint », excusez du peu). IL y a un peu moins de 3 semaines, jeudi 16 octobre, La République du Centre, Alliance Média et leurs partenaires institutionnels distribuaient des trophées à 9 entreprises du Loiret, dont 2 étaient représentées par des femmes. Soit un peu plus de 20%, ce qui semble bien être proche de l’exploit dans le monde de l’entrepreneuriat. Fabienne Loréal, directrice du site Otis à Gien, a ainsi été récompensée par le prix « Loire & Orléans », gracieusement remis par Éric Doligé : « Cette année Miss France est… » Monsieur le distingué président du Conseil Général a dû être déçu que Fabienne Loréal ne monte pas sur scène en maillot de bain…

Manifestement, certains élus UMP du Loiret ont une invraisemblable fascination pour le concours Miss France…
Sur l’ensemble de cette cérémonie, les « officiels » qui remettent les prix sont exclusivement masculins. Il en est ici comme à la CCI ou au lancement de « Loire et Orléans » : lorsqu’il s’agit de poste de représentation, pas question de laisser la place à une femme. Valoriser le dynamisme et l’audace, d’accord, mais de là à céder la place de celui qui dispose du pouvoir d’honorer… Quelques hochets feront bien l’affaire.

La valorisation du parcours de femmes par le trophée des audacieuses n’est pas une mauvaise chose en soi, mais si les structures politiques et professionnelles n’évoluent pas, si l’image de la femme en reste pour certains de nos condescendants élus à celle d’une Miss venant parader sur scène pour recevoir une récompense avec le sourire, alors cela ne servira pas à grand-chose. Cela en restera à du marketing de fleuriste, juste destiné à se donner bonne conscience.
Vidéo de l’ensemble de la cérémonie des trophées de l’entreprise 2014 sur le site de la République du Centre :

La culture en maillot de bain

La presse (« certains médias« ) est de mauvaise foi : le maire d’Orléans ne déshabille pas la politique culturelle de sa ville. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter… Les preuves : la ville consacre environ 10% de son budget à la culture et soutien encore quelques institutions et quelques manifestations.

Mais l’argument sur le pourcentage budgétaire ne tient pas l’analyse, il ne veut rien dire et la comparaison des budgets culture des villes est impossible tant le terme « culture » rassemble, selon les cas, des équipements et des actions de nature très différente. Dès lors que l’on y intègre par exemple les lourdes dépenses de l’événementiel (festival de Loire, marché de Noël…), le calcul est faussé.
Une ville comme Orléans, capitale régionale, accueille du fait de ce statut (et c’est une chance pour le « rayonnement » de la ville même si cela pèse sur son budget culturel) des structures d’envergure nationale (théâtre, danse, musées…). On pourra ainsi remarquer que dans les grandes métropoles françaises capitales régionales, la part du budget culture est plutôt de l’ordre de 20%…

Quant au soutien annoncé du musée des Beaux Arts et du Museum, on se demande aussi où est la mauvaise foi : les deux premiers mandats de Serge Grouard n’ont pas été très probants sur ce plan, et il n’y a plus de direction officielle depuis environ un an et demi, la ville étant à la recherche d’un improbable profil de direction pour les 2 musées (+ celui d’archéologie). Une situation décrite dans La Tribune de l’Art comme « du grand n’importe quoi »… (voir l’article de juin 2014 sur ce site).

La mise en cause de la presse par Serge Grouard sur facebook met en avant également la valorisation de la collégiale St-Pierre le Puellier, qui n’a rien d’évident lorsque l’on se rend sur place (voir là aussi l’article publié sur ce site la semaine dernière…).

Mais surtout, ce petit texte de réponse d’une totale bonne foi évite d’aborder les interpellations sur le fait que cette annonce de rigueur budgétaire est faite au moment ou la ville décide un investissement conséquent et assumé sur une opération de communication médiatique (l’élection de miss France, remarquable par ailleurs quant à l’image de la femme) aux retombées totalement sujettes à caution, ou sur le fait que l’événementiel soit sanctuarisé, alors qu’il paraît évident que compte tenu des sommes engagées, c’est bien là qu’il y a une marge de manœuvre. Il est assurément possible de faire du festival de Loire une très belle fête en limitant le budget d’acheminement des bateaux et en associant de façon plus importante les associations locales.

Rien non plus sur le maintien des investissements dans les installations liées à la voirie, où, contrairement aux dépenses culturelles, il n’y a pas la moindre retombée économique mais au contraire des charges d’entretien supplémentaire pour l’avenir. Lorsqu’il s’agissait de défendre la construction du parking du Cheval Rouge pour 8 millions d’euros, monsieur le maire s’est-il inquiété de rigueur budgétaire ? Combien d’années de festival de Jazz, avec ses retombées économiques, pour ces 8 millions d’euros ? Idem pour la place du Martroi.

Pas plus d’allusion à la baisse des subventions aux associations, qui va peser lourdement sur la vitalité de celles-ci, premières actrices de l’action culturelle tout particulièrement dans la proximité des quartiers.

Il est à craindre que cet arbitrage défavorable au secteur culturel soit malheureusement électoraliste. Les dépenses dans ce secteur sont désormais mal perçues par l’opinion, selon de récents sondages. Les retombées positives en terme d’image et de finances sont mal identifiées. L’action culturelle génère pourtant non seulement un flux touristique, mais aussi un flux de résidents, des personnes choisissant de vivre dans la commune en raison de son attractivité culturelle.

Par-delà le pourcentage du budget, c’est le dynamisme culturel qu’il faut avoir la volonté d’amplifier. Avec ces annonces, c’est un coup d’arrêt, un signal d’abandon, qui prend le risque de déprimer les acteurs culturels et de casser leur élan, leur enthousiasme. Les budgets restants seront absorbés par les coûts de fonctionnement des équipements, au détriment du financement des projets et du soutien aux structures émergentes. C’est pourtant de ce dynamisme que provient en réalité l’attractivité du territoire.

2014-2020, la culture variable d’ajustement budgétaire

Pendant la campagne des élections municipales, le programme du candidat Serge Grouard s’était bien gardé de formuler des annonces précises. Quelques semaines après la victoire, ont commencé à poindre les avertissements guerriers sur le mode « pour gagner, il ne faudra pas hésiter à sacrifier quelques pièces ». La conférence de presse donnée par le maire hier aura eu apparemment le mérite de commencer à préciser les choses en désignant les futures victimes. Et il n’y a finalement que peu de surprises, puisque les rumeurs couraient déjà depuis quelque temps sur les coupes claires dans le budget culturel et l’abandon de certaines manifestations.
Les menaces sont donc désormais très précises sur le Festival de jazz, Orléanoïde devrait voir son élan brisé, de grosses incertitudes surgissent sur l’Astrolabe2, et l’ancien collège Anatole Bailly va être livré aux promoteurs alors que beaucoup d’associations rêvaient de pouvoir y développer leurs projets. Le dossier Famar avance bien, mais l’implication des acteurs culturels n’est pas à l’ordre du jour…
Par contre, une Arena2 essaie de renaître sous forme de Zenith2, a priori moins onéreuse (ce qui ne sera pas bien difficile…), mais risquant tout de même d’engloutir des budgets substantiels. Et même si les fêtes de Jeanne d’Arc devront contribuer un peu à l’effort budgétaire, cela ne devrait pas être trop conséquent et toucher principalement les petites troupes qui animent le marché médiéval… L’événementiel s’en tire évidemment bien, et le festival de Loire restera l’attraction la plus valorisée à Orléans, épargnée par cet élan de rigueur.

Ce qui est préservé, c’est ce qui permet d’envisager une couverture médiatique sur les chaînes nationales. Quelques minutes de reportage télé, voilà le baromètre de la viabilité culturelle selon les critères municipaux actuels. Une certaine idée de l’attractivité et du rayonnement qui se contrefiche de la vitalité du tissu culturel local, pourtant principal vecteur d’attractivité sur le long terme.

Juste quatre jours avant ces annonces du maire d’Orléans, au cours du conseil municipal du 20 octobre, Nathalie Kerrien (adjointe à la culture) et Serge Grouard répondaient à une interrogation de Jean-Philippe Grand sur le suivi des « assises de la culture » tenues début 2013. Ils affirmaient en chœur faire de l’écoute des acteurs culturels et des artistes « une idée fixe » (oubliant au passage les publics et toute leur diversité…)
 

 
Quelques jours plus tard, avec ces annonces brutales et unilatérales, l’idée de l’écoute des acteurs culturels en prend un drôle de coup ! (Le point principal de ce même conseil municipal étant par ailleurs la charte de la participation citoyenne, on comprend immédiatement que la concertation est condamnée à intervenir après les annonces, après la prise de décision en coulisses). Serge Grouard et Nathalie Kerrien ne pourront pas refaire deux fois le coup de l’empathie, comme avec les intermittents du spectacle qu’ils assuraient de leur indéfectible soutien lorsqu’il s’agissait d’éviter l’annulation de spectacles au Campo Santo. Triste ironie, ce sont eux qui décident quelques mois plus tard de les sacrifier.

Toujours dans la même séance de conseil municipal, Serge Grouard s’indignait que l’on puisse regretter la dépense de 700 000 € juste pour l’organisation de la présence des bateaux lors du festival de Loire. Trouver cette dépense excessive, ce serait tout simplement vouloir la mort du festival ! Il faut dire que là, il s’agit d’une toute autre musique : TF1 y a consacré quelques minutes dans son journal de 13 heures.

Une charte de la hiérarchie citoyenne

C’était lors du conseil municipal de juillet dernier, à l’occasion d’une délibération technique sur la surveillance d’éventuelles pollutions des sols sur le site du bâtiment de Jean Tschumi en bord de Loire (ancien bâtiment Famar). Michel Ricoud en profite pour demander des infos sur les perspectives d’avenir de ce bâtiment, pour lequel des entrepreneurs ont fait des propositions par voie de presse.
Olivier Carré répond :

C’est ce à quoi on travaille aujourd’hui, mais il est trop tôt pour faire l’annonce d’un projet définitif. Les pistes peuvent être publiques, le travail se fait en coulisses.

Une certaine culture de la concertation…
Lorsque le projet sera presque bouclé, paramétré par ceux qui savent, élus et techniciens, nous aurons droit à la communication institutionnelle habituelle destinée à informer ceux qui ne sont pas compétents. Tout se fait dans l’arrière-boutique, ou dans le secret des dieux, je ne sais pas quelle image est la plus appropriée…
Quid de l’expertise de l’usager, du savoir des habitants ?

Au conseil municipal de ce jour, le premier point important concerne la « Charte de participation citoyenne », toilettage de celle qui est en vigueur depuis 2008, laquelle avait fait suite à la charte de la démocratie locale adoptée en 2001. Pas de bouleversement dans l’esprit du texte, une réduction du nombre des conseils consultatifs de quartier qui passe de 12 à 6 pour coller aux mairies de proximité, et donc une modification du nombre de participants et de sa composition.
Mais sur le principe, rien ne change fondamentalement, et l’esprit reste celui décrit ci-dessus par Olivier Carré : le travail se fait en coulisses, en contrôlant la prise de décision par une structure hiérarchique très rigide : les élus président, coordonnent, contrôlent un comité de pilotage qui se borne à « assister », valident les éventuelles propositions… Le propos reste toujours et encore de « dresser le bilan de l’action municipale » et de « présenter les projets à venir », en aucun cas d’être à l’écoute des projets des citoyens.
La charte ose même préciser que lors des assemblées générales, « la parole est laissée aux participants », comme si cela n’allait pas de soi…

Le « forum citoyen » perd au passage une part de son intérêt, qui figurait au moins sur le papier de la charte 2008 : « Le Forum Citoyen est saisi de tous les grands projets de la Ville, avant leur finalisation, au plus tôt. Il est chargé de faire des propositions pour enrichir ces projets. » Désormais, « les participants donnent leur avis sur le projet et formulent des propositions visant à l’améliorer. » Mais c’était déjà le cas en pratique : jamais l’Arena hier n’a fait l’objet d’un débat en amont du projet. Le devenir de l’hôpital de la rue Porte Madeleine, de Famar et de l’Île Arrault, ou encore le « Parc de Loire » du côté de l’Île Charlemagne, aujourd’hui, sont préparés, en coulisses, sans avis citoyen. Il fallait donc gommer cette idée que la participation puisse s’exercer avant même que nos édiles aient conçu leurs grands projets pour la ville.
En prime : un abandon probable de la « maison des projets » qui figurait dans la charte de 2008 mais qui n’a jamais été réellement envisagée, que ce soit sous forme réelle ou virtuelle, « accessible à tous ». Son propos n’était pourtant pas révolutionnaire : il s’agissait « d’aider les citoyens à mieux connaître et s’approprier les projets municipaux », et donc pas là non plus de demander une participation active sous forme de propositions.

Bref, un ersatz de participation, qui manifeste en réalité une méfiance irraisonnée quant à l’incompétence supposée des citoyens sur les évolutions de leurs besoins, sur la nature et le dimensionnement des équipements et des infrastructures qu’ils souhaitent voir mis en place.
Un comble pour une charte de participation, qui reste archaïque et oh combien anachronique au regard des nombreuses expériences menées sur le sujet depuis le début des années 1990. Au siècle dernier…
Depuis ces années-là, les rapports pullulent sur les pistes pour rénover la politique de la ville, sa gouvernance, en impliquant réellement les citoyens. Un observatoire international de la démocratie participative développe depuis 2001 un réseau d’échange d’expériences… Ateliers de scénarios, assemblées constituantes, budgets participatifs, co-décision, initiatives citoyennes, conférences citoyennes, jury citoyens…
Par exemple, pas très loin de nous, à la Communauté urbaine de Bordeaux, on a organisé en 2010 un forum ouvert et une conférence de citoyens sur l’assainissement de l’eau.

L’enjeu, auquel ne répond pas cette charte, mais certainement parce que la municipalité ne le souhaite pas, n’y croit pas, c’est d’aller chercher les nombreux citoyens qui ne s’impliquent plus du tout dans le processus démocratique. Il faut pour cela apporter des méthodes innovantes, aller au contact des habitants, utiliser les nouvelles technologies. C’est incontournable pour contribuer à enrayer la défiance des citoyens vis-à-vis du politique et pour essayer de contrer le populisme qui gagne sans cesse du terrain. Dommage que cela ne soit pas compris dans les coulisses de la mairie d’Orléans…

Faisons reprendre cette charte par un jury citoyen, composé d’Orléanais tirés au sort et formés par des experts indépendants à la délibération et à la rédaction. Nous verrons ce qu’il en sortira. Je ne doute pas que cela sera en tout cas beaucoup plus dynamique, novateur et participatif que ce qui nous est proposé ici.