Les pudeurs de phacochère, non merci…

Un bon nombre de militants de gauche, meurtris par les résultats du premier tour de la présidentielle, peinent à se prononcer pour le second, renvoyant dos à dos « le banquier et la fasciste ». « Ni Macron ni Le Pen » : pas de choix apparemment possible lorsque sont face à face la dictature de la finance et des marchés et la dictature national-populiste. Et pourtant non, quand bien même aucune des propositions ne convient, toutes les oppositions ne se valent pas.
Comment croire d’abord que dans un régime dirigé par le FN le pouvoir financier serait moins puissant qu’il ne l’est aujourd’hui, que les affairistes n’y trouveraient pas leur compte ou que les corruptions seraient combattues ? Si l’on peut retenir quelques leçons de l’histoire, force est de constater que de ce point de vue, il y a bien lieu de rejeter plus encore le FN. Par contre, il est tout à fait certain que favoriser l’accès au pouvoir du Front National serait en prime basculer dans un mode de gouvernance populiste et autocratique éminemment pernicieux. Non vraiment, tout ne se vaut pas dans le monde politique actuel, tout n’est pas pourri sans nuances et c’est faire crédit à la démagogie que de le laisser penser, en contribuant à crédibiliser les thèses nationalistes.

« Pour la première fois, le FN vient de dépasser les 20 % de voix à une élection présidentielle. Sa candidate y a établi le record de suffrages de son parti, avec 7,6 millions d’électeurs, soit 2,8 millions de plus que son père au premier tour de la présidentielle de 2002. Pour la deuxième fois en quinze ans, un parti nationaliste et xénophobe, manipulé par un clan familial cynique et affairiste, se qualifie ainsi pour l’échéance majeure de notre système politique. » Je reprends volontiers les mots d’introduction de Jérôme Fénoglio, directeur du Monde, dans son édito du lendemain de la soirée électorale du premier tour de l’élection présidentielle, afin de souligner le risque que font peser sur notre régime politique ceux qui s’essaient à une prospective politique hasardeuse.

Faisant le pronostic que Macron ne pourra être battu, certains estiment qu’il n’est pas utile de lui apporter leur voix. Se défausser ainsi d’un choix, c’est tout bonnement hypocrite. Le risque est en réalité loin d’être inexistant. Le FN joue à merveille la partition du populisme contre les élites, et l’on aurait tout à fait tort de sous-estimer dans un second tour de présidentielle le poids de cette posture démagogique, particulièrement en ces temps politiques déstabilisants. Les interrogations sur la complexité des reports de vote et l’abstention différentiée devraient à tout le moins inciter les militants les plus fervents à plus de circonspection.
On entend aussi parfois la volonté de voir Macron l’emporter avec un écart le plus faible possible, afin de prouver l’absence d’adhésion à son projet. On ne saurait mieux jouer avec le feu… D’autant qu’a contrario, un score de Le Pen particulièrement élevé, même si par bonheur il ne passe pas la barre fatidique, serait aussi une manière de conforter et de valider la position du FN, qui s’en trouverait pleinement légitimé. Quand bien même l’abstention serait forte, la portée symbolique d’un FN à plus de 40 % serait dévastatrice.

Considérons plutôt l’hypothèse que la victoire du Front National n’a jamais été aussi proche, et que ce n’est certainement pas le moment de s’en laver les mains ! Ne pas exprimer sa position dans ce contexte est perfide : nous pourrions bien avoir au final une élue dont les pouvoirs sont loin d’être négligeables, quand bien même le soutien total du parlement ne lui serait pas acquis.

Marine Tondelier, Nouvelles du FrontVivre sous la gouvernance du Front National, même lorsque celui-ci s’efforce d’apparaître aussi respectable que possible, cela n’a rien d’anodin. Par-delà les menaces directes sur tous ceux que le FN stigmatise, c’est une chape de plomb qui s’abat, des relations humaines qui changent même avec vos voisins de quartier. Ce sont des menaces immédiates sur les libertés publiques et privées, sur la liberté d’expression tout particulièrement, sur le monde associatif et culturel. Il faut lire le témoignage de Marine Tondelier, élue minoritaire dans une commune dirigée par le FN, pour mieux comprendre le basculement insidieux dans les relations sociales que nous aurions à subir au quotidien. « Les réseaux sociaux sont devenus des déversoirs de haine. La délation est encouragée. Le journal municipal met publiquement à l’amende ceux qui ne vont pas dans le sens du pouvoir en place pour encourager les autres à qui pourrait venir cette folle idée de s’en abstenir. Les responsables associatifs doivent coopérer et être discrets ou en subir les conséquences. Les employés municipaux sont mis au pas au-delà de ce que leur imposerait le devoir de réserve. La Voix du Nord est harcelée par la municipalité qui clame qu’elle aura la peau de ce journal issu de la résistance. En somme une série de provocations pour masquer l’absence de projet d’avenir pour notre ville. » À l’échelle nationale et dans le contexte actuel de politique internationale et de risque d’attentats, une instrumentalisation par le FN de l’état d’urgence nous plongerait rapidement dans le quotidien d’un État policier particulièrement répressif.

Au second tour de la présidentielle Française version 5e république, voter pour un candidat n’a jamais été une marque de soutien, loin de là. Le mode d’élection présidentielle est certes devenu totalement inopérant et dangereux. Il est pourtant celui qui prévaut encore malheureusement pour cette consultation, laquelle va déterminer le régime politique des années à venir. Il nous impose d’arbitrer entre deux propositions dont les conséquences seront bien évidemment différentes. Refuser cet arbitrage est irresponsable et consisterait, quoi qu’il en advient, à donner plus de voix et de poids à ceux qui continueront à agiter peurs et divisions pour prospérer.

Le « plafond de verre » ne doit pas être brisé, ni la ligne rouge franchie… Doigt et engrenage, peu importe la métaphore : rien ne permet de dire que la transgression des valeurs républicaines ne serait qu’un coup de semonce permettant à l’humanisme de se réveiller. Il s’agirait en réalité plutôt à notre préjudice d’une nouvelle occasion d’encourager, d’amplifier le choix du repli sur soi, de la discrimination et de la stigmatisation, qui tendent à s’imposer un peu partout en Europe et dans le monde.

Exprimons sans réserve un rejet inconditionnel du FN et de ce qu’il représente.

La métropole, mais pas pour de mauvaises raisons

À l’inverse de certains élus tourangeaux, la majorité orléanaise saura-t-elle résister aux inspirations belliqueuses pour défendre les avantages du statut de métropole ? Le conseil municipal de Tours a validé samedi dernier la transformation de la communauté urbaine en métropole, et si l’on en croit le compte rendu d’Olivier Collet pour infos-tours.fr, cela a donné l’occasion à Xavier Dateu et Sophie Auconie de témoigner de leur état d’esprit :

(…) ce virage vers Tours Métropole Val de Loire ne signifie pas pour autant que tous les problèmes sont résolus : « on ne va pas se voiler la face, on est toujours en compétition » a souligné l’adjoint au maire Xavier Dateu sur la même ligne que sa collègue Sophie Auconie qui a réactivé la guéguerre Tours-Orléans : « il faut faire en sorte que les entreprises comme Amazon ne choisissent pas Orléans mais Tours. » Alors qu’Orléans va aussi devenir métropole et que la région espérait que ce statut décroché par les deux grandes villes du Val de Loire allaient les rapprocher, on vient de faire la démonstration que ce n’était pas prêt d’être gagné…

 
Espérons que nous n’aurons pas le même type de remarques sur les bancs du conseil municipal d’Orléans. Cela reste une crainte, tant la conception de certains reste axée sur le « contexte de renforcement de l’intercommunalité et de compétition entre les territoires ». La ligne de démarcation n’est pas toujours bien précise entre compétition et concurrence, et l’affrontement l’emporte souvent sur la complémentarité, le duel sur le travail en commun. Que le meilleur gagne ! … et malheur au perdant bien sûr.

En envisageant les collectivités territoriales comme des entreprises dans un univers concurrentiel, on en oublie parfois l’absurdité qu’il y aurait à ce que la métropole orléanaise se développe dans la prospérité s’il s’agit que dans le même temps les tourangeaux éprouvent les pires difficultés parce que l’activité se concentrerait sur Orléans. Ou inversement. Tours et Orléans continueront probablement à s’affronter, pour le prestige du « rayonnement » régional, avec tous les dégâts collatéraux que cela peut induire, mais cette préoccupation doit par ailleurs être avant tout prise en considération au regard de la dévitalisation des villes moyennes et petites de la région, qui souvent font les frais de ces combats de territoires destinés à accaparer le développement économique. Pourtant, quel sens cela a-t-il qu’Orléans ou Tours se portent bien si c’est au détriment des communes moyennes de leurs bassins de vie ?

L’échelle de la métropole peut s’avérer extrêmement pertinente pour la gestion de certaines politiques publiques comme l’eau potable, les déplacements (et l’urbanisme de manière générale) ou la préservation de la biodiversité. Mais y compris sur ces sujets, s’il n’y a pas de concertation constructive avec l’échelon régional pour une action équilibrée sur l’ensemble du territoire, alors les efforts, aussi combatifs soient-ils, seront vains. Pas pour tous bien sûr, mais assurément pour une majeure partie de la population qui n’aura pas la chance de pouvoir rejoindre le grand vainqueur de la compétition territoriale.

Étranges étrangers, vous êtes de la ville, vous êtes de sa vie, même si mal en vivez, même si vous en mourez. 🗓

Hier soir, au dernier jour du festival d’Olivet Les moulins à paroles, André Minvielle a donné une magnifique version chantée d’un texte non moins magnifique de Jacques Prévert, Étranges étrangers (issu du Grand bal du printemps, La Guilde du Livre, 1951 ; Éditions Gallimard, 1976). Vous trouverez ce poème quelques lignes plus bas.

Le texte législatif en cours de discussion sur la protection de l’enfant, voté le 12 mai par l’Assemblée Nationale (en instance de 2e lecture au sénat), n’a pas retenu un amendement voté en commission qui proposait d’interdire les tests osseux destinés à déterminer l’âge de migrants qui se prétendent mineurs. L’amendement proposé par les députés EELV visait à exclure toute utilisation d’un test osseux quel qu’en soit le cadre juridique et procédural ou le motif. En lieu et place, un amendement soutenu par une trentaine de députés socialistes a proposé de rendre la procédure plus compliquée, sans toutefois proscrire les tests.
Démarche contre laquelle s’est insurgé le réseau éducation sans frontières (RESF) : Un gouvernement qui se déshonore en maltraitant des gamins.

Ce type d’expertise médicale est très largement contesté sur le plan scientifique et éthique par les médecins. Depuis près de dix ans, un nombre impressionnant d’institutions ont pris position contre cette pratique des tests osseux : la Défenseure des enfants (2005), le Comité consultatif national d’éthique (2005), l’Académie nationale de médecine (2007), le Comité des droits de l’enfant (2009), le Commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne (2012), le Défenseur des droits (2012), le Haut Conseil de la santé publique (2014), la Commission nationale consultative des droits de l’homme (2014), le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe (2015)…

À Orléans, demain matin, mardi 7 juillet 2015 à partir de 9h, c’est la situation du jeune Mamadou qui sera examinée par le Tribunal. C’est le premier de tous les jeunes soutenus par le collectif MIE orléanais qui a été déclaré majeur par test osseux.
RESF et le collectif de soutien aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE) appelle à manifester devant le Tribunal Administratif d’Orléans. Pour affirmer une nouvelle fois une opposition résolue à ce type de tests, rendez-vous devant le Tribunal Administratif, 28 rue de la Bretonnerie…

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens

 

soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

 

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres

 

Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez

 

Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

 

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

 

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières

 

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

 

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

 

 

Jacques PRÉVERT, Étranges étrangers

Pas de « jours meilleurs » en perspective pour les sdf orléanais

Orléans, comme Béziers, méprise la notion d’accueil inconditionnel.

Dans la nouvelle campagne lancée par Emmaüs, le maire de Béziers Robert Ménard est directement visé. Mais à Orléans, où les explications de Serge Grouard pour justifier la baisse sans précédent des subventions du Relais Orléanais (l’association ne respecte pas sa mission première d’aide sociale « et fait plutôt de l’humanitaire ») invoquent le même reproche de fournir une aide d’urgence sans distinction, bénéficiant ainsi y compris à des étrangers sans papiers, ce rappel des valeurs portées par l’association fondée par l’Abbé Pierre résonne avec force.

Emmaus-Ménard-Beziers« Emmaüs pratique l’accueil inconditionnel de tous ». Certes, l’affiche met en évidence une carte d’identité française. Mais cette notion d’inconditionnalité va heureusement bien plus loin que cela, comme en témoigne sans la moindre ambiguïté la charte d’accueil et d’accompagnement du mouvement :

En 2014, le Mouvement Emmaüs réaffirme que toute personne – quels que soient son parcours, son origine, sa confession ou son âge – doit bénéficier d’un accueil inconditionnel. (…)
Fidèle à la valeur de l’accueil inconditionnel, le Mouvement Emmaüs accueille donc toute personne qui frappe à sa porte. Ainsi, l’accueil des étrangers, qu’ils soient en cours de régularisation ou sans papiers, demandeurs d’asile ou déboutés, est une valeur fondamentale au sein du Mouvement. En lien direct avec l’action des groupes, Emmaüs France agit en faveur de la défense du droit des étrangers, prend clairement position dans les débats sur l’immigration et initie ou participe aux actions de soutien pour les personnes en situation irrégulière.

Face à l’extrême précarité, cette inconditionnalité est fondamentale. La mettre en cause, c’est tout simplement empêcher les associations caritatives de mener à bien leur mission.

En 1956, suite au célèbre appel de l’hiver 54 face à la situation insoutenable du mal-logement, l’abbé Pierre et les compagnons d’Emmaüs avaient promu le développement d’un habitat léger, économique, confortable, industrialisable utilisant des matériaux de pointe et pouvant être monté en une journée. À l’aide de l’ingénieur-architecte Jean Prouvé fut ainsi lancée la « maison des jours meilleurs », un espoir pour les sans-abris d’une solution d’urgence pour éviter de mourir dans la rue.
Un exemplaire sera monté en sept heures en bord de Seine, et l’accueil du grand public sera enthousiaste. Mais les normes administratives auront raison de l’ingéniosité de Prouvé : le prototype ne recevra pas d’homologation officielle pour la production en série. Le financement du projet par les pouvoirs publics n’était pas non plus acquis. Mais la marque de lessive Persil avait à l’époque décidé de s’engager dans une grande quinzaine publicitaire de « Solidarité Persil”. Une campagne aux retombées timides dans un premier temps, mais dont la générosité explosera avec le succès de l’installation de la maison-prototype : un million de coupons de 10 francs de l’époque au profit des sans-logis retournés dans les jours suivants.
Lorsque la générosité des pouvoirs publics fait défaut, les citoyens prennent parfois le relais… Faute d’agrément administratif, cela aura été vain malheureusement.

À Orléans, la tourmente médiatique liée à la situation du Relais est quelque peu passée. Pour autant, les problèmes ne sont pas résolus et le Relais orléanais n’a pour le moment pas retrouvé les moyens financiers à la hauteur de sa mission sociale et locale incontournable.
Alors pour palier à cette défection politicienne de la mairie d’Orléans, reste la possibilité de faire un don individuel. Ce don donne droit à une réduction d’impôt à ceux qui ont l’avantage d’en payer. Alors n’hésitez-pas… Il ne sera pas facile de combler les près de 20000 € manquants, mais cela permettra aux bénévoles de l’association de mener plus facilement leur combat sans conditions contre la précarité.

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20 ans d’aggravation des conditions de logement pour les plus modestes

fondation-abbe-pierreComme chaque année à pareille époque, la Fondation Abbé Pierre présente aujourd’hui son rapport annuel sur « l’État du mal-logement en France », 20e édition. Présentation publique, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, de 9h à 17h.
Les chiffres mis en avant dans le rapport présenté début 2014 faisaient apparaître que plus de 140000 personnes vivaient dans la rue. Mais aussi que près de 700000 personnes n’ont pas de domicile personnel, et vivent dans des habitations de fortune ou sont contraintes d’être hébergées chez un proche. Nous verrons l’actualisation de ces chiffres avec l’état des lieux 2015, mais comme le souligne la fondation dans sa dernière campagne de sensibilisation, il y a lieu d’être alarmiste puisque le mal-logement progresse sans cesse, notamment dans la catégorie dite des « travailleurs pauvres ».
Même si le précédent rapport avait noté des avancées dans la politique du logement, cet hiver encore la « réponse insuffisante aux besoins immédiats » est criante.

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Le droit au logement opposable n’est toujours pas appliqué, la loi de réquisition de logements vides non plus (on estime à plus de 2 millions les logements vacants), pendant que les expulsions locatives explosaient avec la crise. Le mal-logement progresse ainsi inexorablement, amplifiant la précarité liée à l’emploi.
Les lois SRU (solidarité et renouvellement urbains) puis ALUR peinent à apporter des résultats concrets tant l’inertie et les réticences sont grandes pour faire évoluer le marché locatif. Plutôt que de fragiliser, morceau par morceau, ce qui allait dans le sens de la lutte contre l’habitat indigne, de la prévention des expulsions ou de la maîtrise des hausses de loyers, il faut accélérer le mouvement…
Ce que rappelait la Fondation Abbé Pierre, dans un communiqué du 20 juin 2014, à propos de la Loi ALUR : « Il y a urgence, la loi ALUR doit être appliquée ».

Comment une loi, issue de deux ans de concertation, d’un débat parlementaire de neuf mois, de plusieurs avis du Conseil d’État et d’une décision du Conseil Constitutionnel, pourrait-elle ne pas être appliquée ou ne l’être que partiellement par la majorité qui l’a votée ?
 
La situation du logement se dégrade, la Fondation Abbé Pierre ne cesse de le rappeler et d’en alerter les pouvoirs publics. Mais il serait ridicule d’en faire porter la responsabilité à la loi ALUR qui n’est pas encore en vigueur. De plus, cette loi est justement censée s’attaquer aux dérives qui ont participé à la flambée des prix de l’immobilier, qui ne profite qu’à une minorité au détriment de la majorité des ménages, particulièrement des plus modestes.
 
Il serait donc indécent que les lobbies professionnels qui n’ont eu de cesse de combattre cette loi – et d’en obtenir des assouplissements – soient au final mieux considérés que la représentation démocratique qu’est le Parlement. La Fondation Abbé Pierre, qui s’est aussi impliquée dans le débat, a parfois été déçue, mais en est respectueuse. Elle sera donc vigilante à ce que les décrets permettent l’application effective et rapide de la loi.
 
La loi ALUR comporte en outre d’autres avancées importantes qui ne peuvent être négligées ni retardées, dans des domaines aussi vastes que les rapports locatifs, la lutte contre l’habitat indigne, la prévention des expulsions, les copropriétés dégradées ou encore les attributions de logements sociaux…
 
L’intervention des pouvoirs publics dans une régulation des marchés de l’immobilier, dont le coût est devenu insupportable pour le plus grand monde, est plébiscitée par les Français et fait partie des engagements du président de la République.
 
La loi ALUR doit être appliquée. Elle n’est pas la cause d’une construction en berne dont il faut chercher les solutions ailleurs de façon plus volontaire, notamment en libérant plus vite et moins cher le foncier, par une fiscalité immobilière incitative, une planification urbaine au niveau intercommunal et des financements adaptés aux besoins en logements moins chers.

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Je suis triste encore, malgré tout

Bien sûr, il y a cette mobilisation indéniablement historique du week-end qui laisse penser, malgré ses incohérences et quelques messages enchevêtrés, qu’une prise de conscience tangible peut survenir.
À l’instar du Chat de Philippe Geluck, j’ai pourtant bien du mal encore à me départir de la tristesse provoquée par la violence inouïe de ces attentats et par ces morts incompréhensibles, intolérables.

Triste encore et aussi qu’il faille un tel drame pour que nous envisagions de réfléchir à ce « vivre ensemble » qui devient si difficile.

Bien sûr, il y a eu des instants d’émotion intense à l’écoute de nombreux témoignages bouleversants et de déclarations lumineuses. De ces moments qui ne peuvent laisser personne indemne, indifférent, et qui de ce fait portent un véritable espoir.

Nous avons tous marché pour rendre hommage aux morts de Charlie Hebdo et défendre la liberté d’expression, certains faisant mine sans doute de ne pas comprendre qu’avec Charlie est revendiqué un peu plus que le droit de s’exprimer librement : il s’agit aussi de défendre le droit à l’irrévérence, souvent outrancière, à la provocation, quand bien même elle serait de « mauvais goût », de défendre la possibilité de brocarder tous les pouvoirs et tous les dépositaires d’une autorité, quelle qu’elle soit. Parmi ceux qui sont susceptibles de moqueries au titre de cette autorité, bien peu en acceptent vraiment le principe.

Nous avons défilé pour refuser la violence et le terrorisme. Un objectif largement partagé, mais qui ne dit malheureusement rien de ce que nous souhaitons collectivement mettre en place pour cela.

Bien sûr, nous sommes certainement capables ensemble de ne pas céder aux injonctions de méfiance et de repli sur soi, de défiance et protectionnisme exacerbé. Mais comment faire pour qu’il ne soit pas si facile aux extrémistes de jeter le trouble, d’entretenir les amalgames et de cultiver les simplismes ?
Dès le désastre survenu, Robert Badinter décrivait dans les colonnes de Libération le chemin qu’il faudra suivre pour éviter de nous enfoncer dans ce « piège politique que nous tendent les terroristes ». Nous n’avons pas peur, disaient certaines pancartes des marches de samedi et dimanche. Nous ferons face au terrorisme, en effet. Mais saurons-nous affronter intelligemment et ensemble l’après-attentat ? J’espère de tout cœur que nous saurons éviter le piège. L’ampleur du choc permet d’y croire, mais cela ne se fera pas sur de simples déclarations d’intention et il faudra rappeler à chacun qu’en défilant il a pris des engagements de solidarité.

Au-delà du chagrin et de la pitié s’inscrit le devoir de justice. Nous sommes assurés que les pouvoirs publics mettront tout en œuvre pour identifier et arrêter les auteurs de ces crimes. À la justice de décider de leur sort, en toute indépendance et dans le respect de l’État de Droit. Ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l’histoire a déjà tendu aux démocraties. Celles qui y ont cédé n’ont rien gagné en efficacité répressive, mais beaucoup perdu en termes de liberté et parfois d’honneur.

 
Enfin, pensons aussi en cette heure d’épreuve au piège politique que nous tendent les terroristes. Ceux qui crient « allahou akbar » au moment de tuer d’autres hommes, ceux-là trahissent par fanatisme l’idéal religieux dont ils se réclament. Ils espèrent aussi que la colère et l’indignation qui emportent la nation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l’égard de tous les musulmans de France. Ainsi se creuserait le fossé qu’ils rêvent d’ouvrir entre les musulmans et les autres citoyens. Allumer la haine entre les Français, susciter par le crime la violence intercommunautaire, voilà leur dessein, au-delà de la pulsion de mort qui entraîne ces fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides.

 
Robert Badinter

Femmes audacieuses, mais toujours bien mal représentées…

Ce jeudi 6 novembre 2014 seront remis, à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Loiret, les prix de la 2e édition du « Trophée des Audacieuses », destinés à récompenser les femmes chefs d’entreprises. Une louable initiative visant à « mettre en lumière l’audace et la volonté de femmes qui ont osé donner vie à leur projet professionnel. » IL y aura donc 100% de lauréates, dans une maison (la CCI) où les membres élues 2011-2015 sont un peu moins de 13% (4 femmes sur 31), un peu plus de 11% pour ce qui est du bureau (1 femme sur 9 élus, mentionnée sur le site de la CCI comme « Trésorier adjoint », excusez du peu). IL y a un peu moins de 3 semaines, jeudi 16 octobre, La République du Centre, Alliance Média et leurs partenaires institutionnels distribuaient des trophées à 9 entreprises du Loiret, dont 2 étaient représentées par des femmes. Soit un peu plus de 20%, ce qui semble bien être proche de l’exploit dans le monde de l’entrepreneuriat. Fabienne Loréal, directrice du site Otis à Gien, a ainsi été récompensée par le prix « Loire & Orléans », gracieusement remis par Éric Doligé : « Cette année Miss France est… » Monsieur le distingué président du Conseil Général a dû être déçu que Fabienne Loréal ne monte pas sur scène en maillot de bain…

Manifestement, certains élus UMP du Loiret ont une invraisemblable fascination pour le concours Miss France…
Sur l’ensemble de cette cérémonie, les « officiels » qui remettent les prix sont exclusivement masculins. Il en est ici comme à la CCI ou au lancement de « Loire et Orléans » : lorsqu’il s’agit de poste de représentation, pas question de laisser la place à une femme. Valoriser le dynamisme et l’audace, d’accord, mais de là à céder la place de celui qui dispose du pouvoir d’honorer… Quelques hochets feront bien l’affaire.

La valorisation du parcours de femmes par le trophée des audacieuses n’est pas une mauvaise chose en soi, mais si les structures politiques et professionnelles n’évoluent pas, si l’image de la femme en reste pour certains de nos condescendants élus à celle d’une Miss venant parader sur scène pour recevoir une récompense avec le sourire, alors cela ne servira pas à grand-chose. Cela en restera à du marketing de fleuriste, juste destiné à se donner bonne conscience.
Vidéo de l’ensemble de la cérémonie des trophées de l’entreprise 2014 sur le site de la République du Centre :

Une charte de la hiérarchie citoyenne

C’était lors du conseil municipal de juillet dernier, à l’occasion d’une délibération technique sur la surveillance d’éventuelles pollutions des sols sur le site du bâtiment de Jean Tschumi en bord de Loire (ancien bâtiment Famar). Michel Ricoud en profite pour demander des infos sur les perspectives d’avenir de ce bâtiment, pour lequel des entrepreneurs ont fait des propositions par voie de presse.
Olivier Carré répond :

C’est ce à quoi on travaille aujourd’hui, mais il est trop tôt pour faire l’annonce d’un projet définitif. Les pistes peuvent être publiques, le travail se fait en coulisses.

Une certaine culture de la concertation…
Lorsque le projet sera presque bouclé, paramétré par ceux qui savent, élus et techniciens, nous aurons droit à la communication institutionnelle habituelle destinée à informer ceux qui ne sont pas compétents. Tout se fait dans l’arrière-boutique, ou dans le secret des dieux, je ne sais pas quelle image est la plus appropriée…
Quid de l’expertise de l’usager, du savoir des habitants ?

Au conseil municipal de ce jour, le premier point important concerne la « Charte de participation citoyenne », toilettage de celle qui est en vigueur depuis 2008, laquelle avait fait suite à la charte de la démocratie locale adoptée en 2001. Pas de bouleversement dans l’esprit du texte, une réduction du nombre des conseils consultatifs de quartier qui passe de 12 à 6 pour coller aux mairies de proximité, et donc une modification du nombre de participants et de sa composition.
Mais sur le principe, rien ne change fondamentalement, et l’esprit reste celui décrit ci-dessus par Olivier Carré : le travail se fait en coulisses, en contrôlant la prise de décision par une structure hiérarchique très rigide : les élus président, coordonnent, contrôlent un comité de pilotage qui se borne à « assister », valident les éventuelles propositions… Le propos reste toujours et encore de « dresser le bilan de l’action municipale » et de « présenter les projets à venir », en aucun cas d’être à l’écoute des projets des citoyens.
La charte ose même préciser que lors des assemblées générales, « la parole est laissée aux participants », comme si cela n’allait pas de soi…

Le « forum citoyen » perd au passage une part de son intérêt, qui figurait au moins sur le papier de la charte 2008 : « Le Forum Citoyen est saisi de tous les grands projets de la Ville, avant leur finalisation, au plus tôt. Il est chargé de faire des propositions pour enrichir ces projets. » Désormais, « les participants donnent leur avis sur le projet et formulent des propositions visant à l’améliorer. » Mais c’était déjà le cas en pratique : jamais l’Arena hier n’a fait l’objet d’un débat en amont du projet. Le devenir de l’hôpital de la rue Porte Madeleine, de Famar et de l’Île Arrault, ou encore le « Parc de Loire » du côté de l’Île Charlemagne, aujourd’hui, sont préparés, en coulisses, sans avis citoyen. Il fallait donc gommer cette idée que la participation puisse s’exercer avant même que nos édiles aient conçu leurs grands projets pour la ville.
En prime : un abandon probable de la « maison des projets » qui figurait dans la charte de 2008 mais qui n’a jamais été réellement envisagée, que ce soit sous forme réelle ou virtuelle, « accessible à tous ». Son propos n’était pourtant pas révolutionnaire : il s’agissait « d’aider les citoyens à mieux connaître et s’approprier les projets municipaux », et donc pas là non plus de demander une participation active sous forme de propositions.

Bref, un ersatz de participation, qui manifeste en réalité une méfiance irraisonnée quant à l’incompétence supposée des citoyens sur les évolutions de leurs besoins, sur la nature et le dimensionnement des équipements et des infrastructures qu’ils souhaitent voir mis en place.
Un comble pour une charte de participation, qui reste archaïque et oh combien anachronique au regard des nombreuses expériences menées sur le sujet depuis le début des années 1990. Au siècle dernier…
Depuis ces années-là, les rapports pullulent sur les pistes pour rénover la politique de la ville, sa gouvernance, en impliquant réellement les citoyens. Un observatoire international de la démocratie participative développe depuis 2001 un réseau d’échange d’expériences… Ateliers de scénarios, assemblées constituantes, budgets participatifs, co-décision, initiatives citoyennes, conférences citoyennes, jury citoyens…
Par exemple, pas très loin de nous, à la Communauté urbaine de Bordeaux, on a organisé en 2010 un forum ouvert et une conférence de citoyens sur l’assainissement de l’eau.

L’enjeu, auquel ne répond pas cette charte, mais certainement parce que la municipalité ne le souhaite pas, n’y croit pas, c’est d’aller chercher les nombreux citoyens qui ne s’impliquent plus du tout dans le processus démocratique. Il faut pour cela apporter des méthodes innovantes, aller au contact des habitants, utiliser les nouvelles technologies. C’est incontournable pour contribuer à enrayer la défiance des citoyens vis-à-vis du politique et pour essayer de contrer le populisme qui gagne sans cesse du terrain. Dommage que cela ne soit pas compris dans les coulisses de la mairie d’Orléans…

Faisons reprendre cette charte par un jury citoyen, composé d’Orléanais tirés au sort et formés par des experts indépendants à la délibération et à la rédaction. Nous verrons ce qu’il en sortira. Je ne doute pas que cela sera en tout cas beaucoup plus dynamique, novateur et participatif que ce qui nous est proposé ici.

Diversité et parité, les atouts de l’attractivité économique et politique du Loiret…

Publiée sur le facebook « Orléans et son AgglO » le 4 septembre, à l’occasion de l’assemblée constitutive de la marque « Loire & Orléans », une bien belle image éco-loirétaine de promotion de la diversité et de la parité.
Bien ordonnés sur les marches hiérarchiques de l’escalier de la maison des entreprises à Orléans, les « décideurs » politiques à la base, les « décideurs » économiques en arrière plan. Tout cela nous assure sans nul doute d’une représentativité « sociétale » exemplaire.
Avec le tag #attractivité, voilà une « belle initiative » inaugurée sous les meilleurs auspices.

La nouvelle xénophobie européenne

La tendance était annoncée, et la plupart des grands médias se délectaient déjà de l’impact d’audience que cette annonce du FN en tête du vote allait provoquer.
Coup de semonce médiatique attendu et craint, qui reste pourtant bien difficile à supporter par les raccourcis et les simplismes qu’il véhicule, les gros titres donnant au parti d’extrême droite une nouvelle occasion de ces tribunes populistes qu’il affectionne.
Dans de nombreux pays européens ces dernières années, des partis extrémistes avaient ainsi profité de situations de précarité sociale pour prospérer. J’espérais que la France resterait à l’écart de ce type de vague électorale contestataire qui se fourvoie dans les explications réductrices et caricaturales, dont le moteur est d’abord de désigner des boucs émissaires.
Que ce message des eurosceptiques prenne aujourd’hui en France la première place est un désastre politique, une grande confusion sur ce qu’est la construction européenne, sur ce qu’elle nous a apporté et sur le rôle bénéfique qu’elle doit jouer. Reste ainsi de cette amère soirée électorale un vertige, la crainte de s’enfoncer dans une spirale négative qui aspire tout le monde vers l’inquiétude et le repli sur soi, même si ce mouvement a heureusement été infléchi dans beaucoup d’autres pays européens. Lire la suite