Les pudeurs de phacochère, non merci…

Un bon nombre de militants de gauche, meurtris par les résultats du premier tour de la présidentielle, peinent à se prononcer pour le second, renvoyant dos à dos « le banquier et la fasciste ». « Ni Macron ni Le Pen » : pas de choix apparemment possible lorsque sont face à face la dictature de la finance et des marchés et la dictature national-populiste. Et pourtant non, quand bien même aucune des propositions ne convient, toutes les oppositions ne se valent pas.
Comment croire d’abord que dans un régime dirigé par le FN le pouvoir financier serait moins puissant qu’il ne l’est aujourd’hui, que les affairistes n’y trouveraient pas leur compte ou que les corruptions seraient combattues ? Si l’on peut retenir quelques leçons de l’histoire, force est de constater que de ce point de vue, il y a bien lieu de rejeter plus encore le FN. Par contre, il est tout à fait certain que favoriser l’accès au pouvoir du Front National serait en prime basculer dans un mode de gouvernance populiste et autocratique éminemment pernicieux. Non vraiment, tout ne se vaut pas dans le monde politique actuel, tout n’est pas pourri sans nuances et c’est faire crédit à la démagogie que de le laisser penser, en contribuant à crédibiliser les thèses nationalistes.

« Pour la première fois, le FN vient de dépasser les 20 % de voix à une élection présidentielle. Sa candidate y a établi le record de suffrages de son parti, avec 7,6 millions d’électeurs, soit 2,8 millions de plus que son père au premier tour de la présidentielle de 2002. Pour la deuxième fois en quinze ans, un parti nationaliste et xénophobe, manipulé par un clan familial cynique et affairiste, se qualifie ainsi pour l’échéance majeure de notre système politique. » Je reprends volontiers les mots d’introduction de Jérôme Fénoglio, directeur du Monde, dans son édito du lendemain de la soirée électorale du premier tour de l’élection présidentielle, afin de souligner le risque que font peser sur notre régime politique ceux qui s’essaient à une prospective politique hasardeuse.

Faisant le pronostic que Macron ne pourra être battu, certains estiment qu’il n’est pas utile de lui apporter leur voix. Se défausser ainsi d’un choix, c’est tout bonnement hypocrite. Le risque est en réalité loin d’être inexistant. Le FN joue à merveille la partition du populisme contre les élites, et l’on aurait tout à fait tort de sous-estimer dans un second tour de présidentielle le poids de cette posture démagogique, particulièrement en ces temps politiques déstabilisants. Les interrogations sur la complexité des reports de vote et l’abstention différentiée devraient à tout le moins inciter les militants les plus fervents à plus de circonspection.
On entend aussi parfois la volonté de voir Macron l’emporter avec un écart le plus faible possible, afin de prouver l’absence d’adhésion à son projet. On ne saurait mieux jouer avec le feu… D’autant qu’a contrario, un score de Le Pen particulièrement élevé, même si par bonheur il ne passe pas la barre fatidique, serait aussi une manière de conforter et de valider la position du FN, qui s’en trouverait pleinement légitimé. Quand bien même l’abstention serait forte, la portée symbolique d’un FN à plus de 40 % serait dévastatrice.

Considérons plutôt l’hypothèse que la victoire du Front National n’a jamais été aussi proche, et que ce n’est certainement pas le moment de s’en laver les mains ! Ne pas exprimer sa position dans ce contexte est perfide : nous pourrions bien avoir au final une élue dont les pouvoirs sont loin d’être négligeables, quand bien même le soutien total du parlement ne lui serait pas acquis.

Marine Tondelier, Nouvelles du FrontVivre sous la gouvernance du Front National, même lorsque celui-ci s’efforce d’apparaître aussi respectable que possible, cela n’a rien d’anodin. Par-delà les menaces directes sur tous ceux que le FN stigmatise, c’est une chape de plomb qui s’abat, des relations humaines qui changent même avec vos voisins de quartier. Ce sont des menaces immédiates sur les libertés publiques et privées, sur la liberté d’expression tout particulièrement, sur le monde associatif et culturel. Il faut lire le témoignage de Marine Tondelier, élue minoritaire dans une commune dirigée par le FN, pour mieux comprendre le basculement insidieux dans les relations sociales que nous aurions à subir au quotidien. « Les réseaux sociaux sont devenus des déversoirs de haine. La délation est encouragée. Le journal municipal met publiquement à l’amende ceux qui ne vont pas dans le sens du pouvoir en place pour encourager les autres à qui pourrait venir cette folle idée de s’en abstenir. Les responsables associatifs doivent coopérer et être discrets ou en subir les conséquences. Les employés municipaux sont mis au pas au-delà de ce que leur imposerait le devoir de réserve. La Voix du Nord est harcelée par la municipalité qui clame qu’elle aura la peau de ce journal issu de la résistance. En somme une série de provocations pour masquer l’absence de projet d’avenir pour notre ville. » À l’échelle nationale et dans le contexte actuel de politique internationale et de risque d’attentats, une instrumentalisation par le FN de l’état d’urgence nous plongerait rapidement dans le quotidien d’un État policier particulièrement répressif.

Au second tour de la présidentielle Française version 5e république, voter pour un candidat n’a jamais été une marque de soutien, loin de là. Le mode d’élection présidentielle est certes devenu totalement inopérant et dangereux. Il est pourtant celui qui prévaut encore malheureusement pour cette consultation, laquelle va déterminer le régime politique des années à venir. Il nous impose d’arbitrer entre deux propositions dont les conséquences seront bien évidemment différentes. Refuser cet arbitrage est irresponsable et consisterait, quoi qu’il en advient, à donner plus de voix et de poids à ceux qui continueront à agiter peurs et divisions pour prospérer.

Le « plafond de verre » ne doit pas être brisé, ni la ligne rouge franchie… Doigt et engrenage, peu importe la métaphore : rien ne permet de dire que la transgression des valeurs républicaines ne serait qu’un coup de semonce permettant à l’humanisme de se réveiller. Il s’agirait en réalité plutôt à notre préjudice d’une nouvelle occasion d’encourager, d’amplifier le choix du repli sur soi, de la discrimination et de la stigmatisation, qui tendent à s’imposer un peu partout en Europe et dans le monde.

Exprimons sans réserve un rejet inconditionnel du FN et de ce qu’il représente.

Attractivité culturelle (suite) : entre-nous soit dit, Orléans est Grand

« Les amateurs orléanais d’Opéra par exemple, puisqu’Orléans n’a pas d’Opéra, rêvent d’aller à passer une soirée à l’opéra de Lyon en 1h30 par la ligne de TGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon, dont nous rêvons. »
Pour accueillir Jean-François Marguerin, invité d’honneur, et pensant que celui-ci arrivait de Lyon (pour avoir récemment assumé la direction régionale des affaires culturelles en Rhône-Alpes), Philippe Bel donna le cap de la conférence du Lions Club sur « le rayonnement et l’attractivité du Grand Orléans ».

Voilà ce dont il s’agissait manifestement pour le gotha de la sphère culturelle invité par le Lions Club à débattre sur l’avenir de la politique culturelle orléanaise : envisager comment elle pourra magnifier l’excellence orléanaise aux yeux de tous. L’enjeu étant probablement d’attirer les visiteurs de toute la France, mais aussi de l’Europe entière n’en doutons pas. Culture et TGV pour tous… Lorsqu’il s’agit de passer une soirée d’enrichissement culturel, quel Orléanais, de La Source au centre-ville, ferait la fine bouche ?

Philippe Bel souhaitait que l’orateur invité « aide les Orléanais à y voir plus clair, les rassure, et leur dise qu’ils ont eu raison de choisir le levier de la culture pour qu’Orléans rayonne davantage encore, jusqu’à Lyon, Paris et plus loin encore ». J.-F. Marguerin commença par répondre qu’en réalité il venait de Paris, mais il ne précisa pas si son train de ligne régulière avait eu du retard ou non. Et la suite de son intervention montrera que pour être pleinement rassuré sur cette vision du développement culturel orléanais, mieux eut valu inviter quelqu’un d’autre : l’ambition et l’attractivité d’une offre culturelle prestigieuse ne fut pas son propos, et il insista davantage sur la mise en danger de la diversité culturelle et de la capacité à prendre des risques artistiques, du fait de besoins financiers structurellement en hausse dans un contexte de réduction des financements publics et privés. Il évoqua aussi les dangers de la « métropolisation » : l’offre ayant tendance à se concentrer sur les grands centres urbains en laissant dans le territoire des interstices totalement à l’abandon.
Je reviendrai sur son intervention au moment de conclure la soirée, qui jeta un autre pavé dans la mare…

Dans l’intervalle, la richesse de l’offre culturelle orléanaise fut exposée, à l’exception notoire des lieux moins institutionnels, plus indépendants et éventuellement irrévérencieux, comme le 108 ; Frédéric Robbe fut un invité inopiné pour une intervention hors « plan de table », permettant de rappeler le rôle moteur de l’Astrolabe, peu fréquenté par le public de la conférence, et de ses outils d’action pour l’émergence des jeunes artistes ; ou encore les propositions « no format » comme celles d’Arnaud Méthivier avec le CIRA, qui n’est d’ailleurs même pas recensé dans le « réseau culturel » de la métropole publié par le Lions Club…

De fait, la période est tout à fait propice à la richesse des propositions culturelles : la ville d’Orléans affiche un beau volontarisme pour faire avancer de nombreux projets qui étaient en attente, en revendiquant cette ambition (issue du star-system ?) de figurer dans le « top 20 des métropoles culturelles », dira Nathalie Kerrien (dans la mesure où il y aura 22 métropoles en 2018, le défi devrait pouvoir être relevé). Plusieurs institutions ont procédé par ailleurs à un renouvellement récent de direction, et le dynamisme que cela apporte est clairement extrêmement positif. L’objectif d’effervescence prend corps, et la ville en vient à ériger l’« incubateur » comme modèle vertueux. Il y a eu le Labo pour le numérique, il y aura les vinaigreries pour les plasticiens et la volonté annoncée le soir même par Olivier Carré de créer également dans les années à venir un incubateur pour les troupes de création théâtrale. Une perspective qui ne manque pas d’intérêt, même si l’on se demande pourquoi ces incubateurs ne sont pas conçus en interdépendance. Que chacun soit dans sa bulle couveuse est un non-sens au regard des expériences, ici ou là, de réhabilitation de friches urbaines : les conditions d’émergence de formes nouvelles sont souvent portées par les confrontations d’univers totalement différents, de pluralité et de diversité des origines culturelles, de mélange des publics.

On retrouva donc dans cette présentation exactement les mêmes considérations que celles qui furent mises en avant lors des « Assises de la culture » tenues en 2013. Richesse de l’offre, difficultés à la faire connaître… Ces « assises », il y a 4 ans maintenant, n’auraient-elles pas été insuffisamment suivies d’effets ? Nous ne sommes pas allé plus loin en 2017 qu’en 2013, et en sommes resté aux promesses de la soirée : valoriser des « pôles d’excellence » pour « tirer la culture orléanaise vers le haut ». la grandeur d’Orléans a été portée avec fierté, un peu comme si, malheureusement, elle avait besoin d’un discours d’autosuggestion.
Les questions de fréquentation et de diversité des publics, qui est pourtant depuis longtemps prise en compte dans la construction des projets de nos institutions culturelles, la question des pratiques amateurs, du dynamisme des associations de quartier… Culture et qualité de vie au quotidien, ce n’était pas le propos. Mais c’est sans doute cette manière de poser la problématique avec la perspective d’un « haut » de la culture destiné à porter la politique de valorisation de la ville qui biaise la démarche. Les décideurs politiques et économiques doivent-ils décider de l’identité culturelle du territoire ? Ne serait-ce pas plutôt aux acteurs culturels, et à leur public, de la construire et de la faire vivre ?

C’est en ce sens que l’invité d’honneur Jean-François Marguerin fut amené à conclure sur une note en décalage avec la tonalité de la soirée :

On a entendu ce soir une volonté politique culturelle très forte de la part des élus ici représentés, je n’en doute pas une seconde. Nous appartenons à ce même volontarisme, les uns et les autres, où nous sommes. Je voudrais quand même signaler, juste pour bien mesurer l’ampleur de la tâche (…) : il y a eu récemment un grand colloque à l’initiative du ministère de la Culture, qui s’intitulait « Comment sortir de l’entre-soi ? » On voit bien qu’on a un problème ! Un sérieux problème.
La deuxième chose que je veux dire, c’est que l’on a comme indicateur depuis longtemps les chiffres du département des études et de la prospective du ministère de la Culture sur l’offre culturelle instituée, et malheureusement le gain démocratique n’est pas là. Décennies après décennies, on recule ! Une étude récente de Jean-Michel Guy montre à quel point le problème que nous avons est que les jeunes ont une acception de la culture qui ne passe pas par l’offre culturelle telle que nous la concevons, telle que nous la vivons et surtout telle que nous en bénéficions.

L’offre culturelle vue par le prisme du prestige et de la fierté incarnée par le TGV… en mettant de côté la problématique de la démocratisation culturelle. N’en déplaise à Philippe Bel, l’excellence ferroviaire n’est pas accessible à tous, et ne concerne pas le quotidien des Orléanais, qui aimeraient des modes de transport performants pour leurs déplacements journaliers. Sans nul doute en est-il de même pour leurs activités culturelles.

Attractivité : la culture vue à travers le prisme d’un classement des villes ?

Le Lions Club « Orléans Université » pose ce soir, dans le cadre de la Chambre de commerce et d’industrie, encore pour quelque temps dans le bâtiment prestigieux de la place du Martroi (tout cela donne le ton), la question de l’accès de la ville au « top 15 des villes culturelles de France ». Il convient de préciser que le cycle de conférences dans lequel est programmé le « symposium » de ce soir entend poser la ligne directrice du « rayonnement et (de) l’attractivité du Grand Orléans ». « Orléans, culture et vitalité, libérer la créativité pour la vie et l’économie. »
Soyons honnêtes, la question est mieux posée dans les lignes qui suivent la présentation de cette conférence : « L’important pour Orléans est-il vraiment d’être dans le top 15 des villes culturelles de France ou plutôt de s’affirmer comme le berceau d’une créativité bien à elle, contemporaine et inspirée par son patrimoine et son histoire, pour nourrir et embellir la vie de ses habitants et la vitalité de son économie ? », et la participation de Jean François Marguerin, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Culture, est annoncée comme un rappel du rôle de l’action culturelle publique : la démocratisation de l’accès aux œuvres d’art comme fondement politique de la dépense publique en faveur de la culture.

Le Lions Club « Orléans Université » dit encore que ces conférences-débats portent « sur les sujets de société liés au quotidien des habitants de l’agglomération ». S’il s’agit du quotidien des Orléanais, ne faudrait-il pas parler avant tout des pratiques culturelles des uns et des autres, et particulièrement des pratiques amateurs, de l’action éducative, ou encore des structures culturelles de proximité ? À moins que ces problématiques ne soient pas considérées comme relevant de l’attractivité du territoire ?

La région Centre Val de Loire a organisé il y a peu ses états généraux de la culture, afin d’accompagner « les profondes évolutions de la culture en s’appuyant sur l’extrême diversité culturelle de tous ses territoires », dans une optique donc, on l’espère en tous cas, d’aménagement culturel vu sous l’angle de la solidarité territoriale plutôt que de la compétitivité liée à un « Top 15 » des villes… Cette concertation est encourageante, même s’il semble bien inopportun que dans le même temps la région ait décidé de casser l’outil qui permettait justement de donner du sens à tout cela dans les années à venir et de soutenir le développement des bonnes pratiques sur tout le territoire, à savoir Culture O Centre.

La ville d’Orléans avait lancé en 2013 un dispositif d’« assises de la culture », destiné à faire de l’écoute des acteurs culturels et des artistes « une idée fixe ». Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, avait d’ailleurs par la suite affirmé que ces assises se tiendraient régulièrement afin de soutenir le dialogue. Il n’y a pas eu de suite, et ce sont plutôt les annonces de suppression ou de création d’événements et de projets qui rythment la politique culturelle de la ville, sans que les décisions aient été préalablement concertées.
le cadre de réflexion est apparemment à Orléans le même que celui de la conférence initiée par le Lions Club ce soir : les préoccupations portent sur l’offre culturelle, sa qualité, sa quantité, voire son « identité » orléanaise (??), éléments considérés comme susceptibles de soutenir l’attractivité de la ville et son économie. Considérer la demande et les pratiques est une autre affaire, qui semble être considérée comme ne relevant pas de la vitalité et de l’économie de la ville. Diversité et accès de tous les publics, dynamisme des pratiques amateurs, structures culturelles des quartiers… Pas sûr pourtant que cela ne soit pas aussi et d’abord par ces biais que l’on construise l’attrait des citoyens pour la ville et sa qualité de vie au quotidien.

La métropole, mais pas pour de mauvaises raisons

À l’inverse de certains élus tourangeaux, la majorité orléanaise saura-t-elle résister aux inspirations belliqueuses pour défendre les avantages du statut de métropole ? Le conseil municipal de Tours a validé samedi dernier la transformation de la communauté urbaine en métropole, et si l’on en croit le compte rendu d’Olivier Collet pour infos-tours.fr, cela a donné l’occasion à Xavier Dateu et Sophie Auconie de témoigner de leur état d’esprit :

(…) ce virage vers Tours Métropole Val de Loire ne signifie pas pour autant que tous les problèmes sont résolus : « on ne va pas se voiler la face, on est toujours en compétition » a souligné l’adjoint au maire Xavier Dateu sur la même ligne que sa collègue Sophie Auconie qui a réactivé la guéguerre Tours-Orléans : « il faut faire en sorte que les entreprises comme Amazon ne choisissent pas Orléans mais Tours. » Alors qu’Orléans va aussi devenir métropole et que la région espérait que ce statut décroché par les deux grandes villes du Val de Loire allaient les rapprocher, on vient de faire la démonstration que ce n’était pas prêt d’être gagné…

 
Espérons que nous n’aurons pas le même type de remarques sur les bancs du conseil municipal d’Orléans. Cela reste une crainte, tant la conception de certains reste axée sur le « contexte de renforcement de l’intercommunalité et de compétition entre les territoires ». La ligne de démarcation n’est pas toujours bien précise entre compétition et concurrence, et l’affrontement l’emporte souvent sur la complémentarité, le duel sur le travail en commun. Que le meilleur gagne ! … et malheur au perdant bien sûr.

En envisageant les collectivités territoriales comme des entreprises dans un univers concurrentiel, on en oublie parfois l’absurdité qu’il y aurait à ce que la métropole orléanaise se développe dans la prospérité s’il s’agit que dans le même temps les tourangeaux éprouvent les pires difficultés parce que l’activité se concentrerait sur Orléans. Ou inversement. Tours et Orléans continueront probablement à s’affronter, pour le prestige du « rayonnement » régional, avec tous les dégâts collatéraux que cela peut induire, mais cette préoccupation doit par ailleurs être avant tout prise en considération au regard de la dévitalisation des villes moyennes et petites de la région, qui souvent font les frais de ces combats de territoires destinés à accaparer le développement économique. Pourtant, quel sens cela a-t-il qu’Orléans ou Tours se portent bien si c’est au détriment des communes moyennes de leurs bassins de vie ?

L’échelle de la métropole peut s’avérer extrêmement pertinente pour la gestion de certaines politiques publiques comme l’eau potable, les déplacements (et l’urbanisme de manière générale) ou la préservation de la biodiversité. Mais y compris sur ces sujets, s’il n’y a pas de concertation constructive avec l’échelon régional pour une action équilibrée sur l’ensemble du territoire, alors les efforts, aussi combatifs soient-ils, seront vains. Pas pour tous bien sûr, mais assurément pour une majeure partie de la population qui n’aura pas la chance de pouvoir rejoindre le grand vainqueur de la compétition territoriale.

Orléanocide : assassinat de festival orléanais dans un bureau fermé de l’intérieur

Les décisions de politique culturelle orléanaise se suivent et se ressemblent, abruptes et unilatérales. Sous forme d’annonces dans la presse, autant pour la fin d’un événement que pour la création d’un autre. Aujourd’hui, c’est Orléanoïde qui meurt poignardé, dans un revirement inattendu, après de nombreuses annonces quant à une orientation marquée sur le numérique et l’innovation. Mais si le Lab’O a le vent en poupe, c’est pour communiquer sur les startups high-tech et le e-commerce, et personne ne semble décidément comprendre ce qui est pourtant une évidence ailleurs : c’est dans le brassage et le métissage, dans la confrontation avec les artistes – entre autres – que les idées novatrices naissent.
Lorsqu’a lieu un « startup week-end », les spécialistes se rengorgent d’une innovation permise par les rencontres fortuites, ce que l’on nomme pompeusement la sérendipité, pour s’émerveiller de ce que les créatifs peuvent apporter aux entreprises du numérique.
Mais lorsqu’il s’agit d’ouvrir les portes du Lab’O ou de confirmer son soutien à un festival comme Orléanoïde, toutes ces belles intentions sont vite oubliées.

Il y a à peine plus d’un an, fin 2014, Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, déjà dans la polémique et les incertitudes sur ce qui serait conservé des événements culturels orléanais, réaffirmait son intention de prolonger les « assises de la culture » tenues en 2013. « Et je compte bien également en organiser de façon régulière, de façon à rester en contact permanent avec les attentes des artistes et des créateurs orléanais ». C’était même, surenchérissait Serge Grouard, alors encore maire, une « idée fixe ».
Une idée bien vite oubliée pourtant.

Qu’importe si certaines propositions d’un festival déçoivent les uns ou les autres, il faut du temps et de la concertation pour qu’une manifestation puisse tâtonner, inventer, surprendre, et s’installer.
On nous annonce un nouveau festival, les « voix d’Orléans », concocté manifestement dans le plus grand secret de bureaux aux portes verrouillées de l’intérieur. Combien de temps aura-t-il sa chance, et comment imaginer, s’il n’a pas été porté par une implication aussi large que possible des acteurs culturels et des publics dans toute leur diversité, qu’il puisse démarrer sur de bonnes « assises » ?

La fausse modestie est le dernier raffinement de la vanité

L’humble député mais néanmoins grand moraliste Serge Grouard déclame sa colère « au nom du peuple de France à ceux qui la gouverne » avec les accents d’un langage populaire, « Je vous dis merde ! Vous comprenez? » .
Il parle au nom du peuple mais signe en faisant valoir son titre de représentant des citoyens. Schizophrène, l’élu cumulard fustige ses pairs en prétendant incarner le « peuple de France » exaspéré, mais la diatribe est au final revendiquée par Serge Grouard le député, fut-il « modeste ».

L’élu Serge Grouard ne serait pas « complice » de ces politiciens qu’il accuse, au nom du peuple, de n’être que médiocrité ? Lui qui vit en politique depuis plus de 20 ans, peut-il s’exonérer de ses responsabilités en se faisant passer pour un citoyen en colère? N’a-t-il grandement participé à ce déclin qui lui fait honte? Sauf à prétendre être lui aussi, comme élu, « l’incarnation du peuple », à l’égal de « Jeanne d’Arc, de Gaulle ou Jaurès ».

Au nom du peuple toujours, il brandit la menace de représailles violentes. Sauf si les politiques virent enfin « tous ceux qui m’emmerdent depuis si longtemps ».
Serge Grouard, en votre nom, « ayez la décence de vous retirer. Pour moi, pour la France que vous prétendez aimer. » Puisque vous en appelez au renouvellement, à la reconstruction, appliquez la sentence, monsieur Grouard. Départissez-vous des mandats politiques qui vous encombrent encore.
Mais peut-être êtes-vous simplement engagé dans une campagne politicienne, comme le relève avec perfidie l’hebdo Marianne en remarquant une formulation faussement naïve qui reprend le slogan de François Fillon, votre champion annoncé pour les futures primaires de la droite aux élections présidentielles?
Toute cette colère surjouée ne serait alors que vile hypocrisie?

« Il y a une fausse modestie qui est vanité ; une fausse gloire qui est légèreté ; une fausse grandeur qui est petitesse ; une fausse vertu qui est hypocrisie ; une fausse sagesse qui est pruderie », écrivait quant à lui le moraliste Jean de La Bruyère au XVIIe siècle.

De la métamorphose du vilain petit Famar

Courant 2012-2013, le précédent maire d’Orléans, fan de basket, justifiait la destruction de l’affreux bâtiment Famar (destiné à faire place à une magnifique Arena), en fustigeant un amas de béton disgracieux que personne ne regretterait, ainsi qu’en contredisant l’idée saugrenue que l’on puisse jamais faire quoi que ce soit d’un tel bâtiment. « On ne peut pas réutiliser le bâtiment FAMAR ou alors à des coûts astronomiques et pour y faire quoi, grand Dieu ? Parce qu’on m’a dit : il faut refaire de l’industrie à Famar, mais c’est un anachronisme absolu. Il n’y a pas par évidence une entreprise qui voudrait venir s’implanter dans un site comme celui-là. »
À la suggestion d’y implanter une pépinière d’entreprises, la réponse était cinglante : « proposer une pépinière d’entreprises, c’est surréaliste ! C’est une méconnaissance totale des réalités, pardonnez-moi de vous le dire, parce que ces pépinières, elles existent déjà ! »
En 2015, le nouveau maire d’Orléans, fan des entreprises web 2.0, se démène pour vanter l’importance et l’intelligence de la métamorphose du bâtiment de Jean Tschumi en un (surréaliste) incubateur de start-ups, nouvelle mouture trendy des pépinières d’entreprises du début de ce siècle.
Le nouveau maire d’Orléans est l’ancien 1er adjoint chargé de l’urbanisme et des nouvelles technologies de l’ancien, et l’ancien maire est désormais l’adjoint du nouveau, chargé de notre stratégie métropolistique (métropolitaine, pardon). Vous suivez ?

Mais pas de souci ni de schizophrénie, tout va bien. Oubliée l’affreuse verrue de béton, bienvenue à la métamorphose du bâtiment de Jean Tschumi en Lab’O, à la charge de l’AgglO pour beaucoup moins d’argent que ce qu’annonçait l’ancien maire d’Orléans, c’est une bonne nouvelle. On s’adapte au mieux aux réalités budgétaires, on économise une grosse centaine de millions de l’Arena et l’on se réjouit que ce bâtiment reconnu par ailleurs comme un témoignage architectural important soit réhabilité à moindre coût, et qu’il dynamise l’activité orléanaise par le biais d’entreprises qui, d’évidence, se pressent à venir s’installer dans un site anachronique. Elles ont toutes une méconnaissance totale des réalités, et c’est tant mieux.
 

LaRep-videochantierLab'OLa presse magnifiait les beaux dessins des cabinets d’architectes, et la vue depuis la terrasse du restaurant de luxe prévu au faîte de l’Arena, elle met aujourd’hui en valeur l’adaptabilité des plateaux ouverts, les qualités graphiques des ouvertures et la vue unique d’ « une des plus belles terrasses d’Orléans » sur le toit du Lab’O.

 

Seul regret : ce projet se développe une nouvelle fois sans la moindre consultation du conseil municipal, des Orléanais (et particulièrement des habitants du quartier Saint-Marceau), des responsables associatifs, culturels, éducatifs… Les dossiers « French Tech » qui réussissent ne sont pas une simple agrégation d’entreprises et start-ups qui surfent sur le commerce en ligne et les perspectives d’utilisation toujours plus développées des smartphones. C’est un lieu de rencontres qu’il faut créer, un lieu de confrontation et d’échanges avec les lycéens (il y a au lycée Péguy tout proche une filière renommée d’Arts appliqués), les étudiants (et pourquoi pas, tiens, ceux de l’ESAD ??), les artistes et autres acteurs culturels (le 108 regorge de structures qui œuvrent déjà dans cet esprit), les projets de recycleries… et même, grands Dieux, les citoyens… Des vues décalées, complémentaires, enrichissantes au final pour les projets développés au sein du Lab’O. Pour être novateur, rien de mieux que de casser les codes et les chapelles…
 

Il y a suffisamment d’espace dans le bâtiment Tschumi pour aménager des ateliers et des lieux de rencontre, d’exposition, d’explications. Il y a suffisamment d’espace pour aménager une interface entre les activités développées dans ce bâtiment et la cité qui l’entoure. Depuis 2010, le projet d’utilisation du site Famar a évolué dans le bon sens. Ne reste plus qu’une petite marche pour en faire un lieu ouvert, citoyen et créatif…

Étranges étrangers, vous êtes de la ville, vous êtes de sa vie, même si mal en vivez, même si vous en mourez. 🗓

Hier soir, au dernier jour du festival d’Olivet Les moulins à paroles, André Minvielle a donné une magnifique version chantée d’un texte non moins magnifique de Jacques Prévert, Étranges étrangers (issu du Grand bal du printemps, La Guilde du Livre, 1951 ; Éditions Gallimard, 1976). Vous trouverez ce poème quelques lignes plus bas.

Le texte législatif en cours de discussion sur la protection de l’enfant, voté le 12 mai par l’Assemblée Nationale (en instance de 2e lecture au sénat), n’a pas retenu un amendement voté en commission qui proposait d’interdire les tests osseux destinés à déterminer l’âge de migrants qui se prétendent mineurs. L’amendement proposé par les députés EELV visait à exclure toute utilisation d’un test osseux quel qu’en soit le cadre juridique et procédural ou le motif. En lieu et place, un amendement soutenu par une trentaine de députés socialistes a proposé de rendre la procédure plus compliquée, sans toutefois proscrire les tests.
Démarche contre laquelle s’est insurgé le réseau éducation sans frontières (RESF) : Un gouvernement qui se déshonore en maltraitant des gamins.

Ce type d’expertise médicale est très largement contesté sur le plan scientifique et éthique par les médecins. Depuis près de dix ans, un nombre impressionnant d’institutions ont pris position contre cette pratique des tests osseux : la Défenseure des enfants (2005), le Comité consultatif national d’éthique (2005), l’Académie nationale de médecine (2007), le Comité des droits de l’enfant (2009), le Commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne (2012), le Défenseur des droits (2012), le Haut Conseil de la santé publique (2014), la Commission nationale consultative des droits de l’homme (2014), le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe (2015)…

À Orléans, demain matin, mardi 7 juillet 2015 à partir de 9h, c’est la situation du jeune Mamadou qui sera examinée par le Tribunal. C’est le premier de tous les jeunes soutenus par le collectif MIE orléanais qui a été déclaré majeur par test osseux.
RESF et le collectif de soutien aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE) appelle à manifester devant le Tribunal Administratif d’Orléans. Pour affirmer une nouvelle fois une opposition résolue à ce type de tests, rendez-vous devant le Tribunal Administratif, 28 rue de la Bretonnerie…

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens

 

soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

 

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres

 

Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez

 

Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

 

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

 

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières

 

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

 

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

 

 

Jacques PRÉVERT, Étranges étrangers

Pas de pacte pour la Scène Nationale d’Orléans

snorleans-2014-15-16Programme reçu hier par la poste, j’ai rempli, désabusé, mon bulletin d’abonnement pour la saison 2015-2016 de la Scène Nationale. Dans les premières pages, pas de mot de soutien des financeurs, si courants habituellement pour ce type de publication. Le Conseil Départemental fait défaut cette année, et la municipalité d’Orléans a « singulièrement » contraint le budget alloué à la structure. Le maire et son adjointe à la culture n’avaient pas pour habitude de signer un édito à ce programme, et ce n’est certes pas cette année qu’ils auront souhaité apporter leur contribution. À défaut, l’édito de l’équipe, qui prend les devants pour tenter d’expliquer le réduction de 40% des dates de spectacles proposés…

La Scène nationale, de façon singulière dans le paysage culturel d’Orléans, a subi d’importantes coupes budgétaires.
Nous allons pourtant relever le défi et vous proposer une saison, certes réduite, sans abandonner ce qui fait notre singularité : une attention soutenue envers les artistes qui travaillent dans notre territoire et la volonté renforcée de donner toute sa place à la création.
Et nous allons le faire avec tout le talent de nos équipes et tout notre cœur.

Le débat a déjà été porté avec l’abandon de la programmation des grandes scènes du festival de jazz au Campo Santo. L’argument des baisses de dotation de l’État qui contraint les budgets des collectivités locales est bien sûr recevable, mais évidemment pas à la hauteur de ce qui touche aujourd’hui la Scène Nationale. Au cours de l’enquête « La fête est finie », diffusée sur France 3 Centre fin avril, Nathalie Kerrien soulignait que la culture à Orléans sur le budget 2015 voyait son budget baisser de presque 7%, sauf dans le domaine de l’aide aux compagnies et aux créations, où il y a, disait-elle, une baisse de seulement 1%. « Une baisse moins importante que dans d’autres secteurs ». Comment expliquer dans ce contexte le sort réservé à la Scène Nationale ? Certains événements et certaines programmations sont « singulièrement » touchées !
Au cours de cet entretien avec Nathalie Kerrien, un passage est particulièrement éloquent. Elle y justifie les arbitrages de la politique culturelle municipale :

« Si on veut une notoriété, on double le budget du festival de Loire, ça ne me choquerait pas. » Si Nathalie kerrien était déléguée à la « Promotion du territoire, Relations extérieures et Tourisme » en lieu et place de sa collègue Martine Grivot, je ne dis pas… Mais dans la bouche d’une adjointe à la culture, que cette idée de notoriété supplante tout ce qui concerne la diversité culturelle, cela laisse pantois, et, pour tout dire, si : ça choque !

Tout de même, moins de spectacles proposés, moins de dates programmées, c’est moins de variété des spectacles et inévitablement une dynamique qui s’enraye. D’ici à ce que la municipalité reproche à la structure de voir sa fréquentation baisser, il n’y a qu’un tout petit pas qui pourrait rapidement être franchi ! C’est aussi une forme d’abandon du soutien aux intermittents du spectacle, qui les premiers souffriront de cette programmation en berne à Orléans comme elle l’est ailleurs en France.

Ralier le « pacte culturel » proposé par l’État
Car partout en France comme à Orléans les projets culturels font les frais des ajustements budgétaires. Au point que cela amène les pouvoirs publics à commencer à quelque peu s’émouvoir des conséquences désastreuses sur le secteur. Le premier ministre allant jusqu’à avouer que la baisse du budget de la Culture « au cours des deux premières années du quinquennat de François Hollande » avait été « une erreur » et « un signe négatif ». Devant les multiples annonces de festivals annulés, de programmations abandonnées, le ministère de la Culture a, du coup, esquissé une réaction en proposant aux villes et agglomérations un « pacte » pour sauver les financements culturels : il s’agit, pour l’Etat, d’accompagner sur une durée de trois ans, de 2015 à 2017, des collectivités confrontées à des arbitrages difficiles, mais qui s’engagent à ne pas sacrifier leurs équipements culturels.
Au 31 mai, 37 pactes ont été signés. Clermont-Ferrand, Rouen, Strasbourg, Poitiers, Bourges… en ont profité. Dijon, Nantes, Angers, Montpellier, Blois… s’apprêtent à faire de même. Ainsi que le disait récemment un communiqué de la Fédération Nationale des Collectivités territoriales pour la culture (FNCC)

La FNCC salue ce début de retour à la raison au plus haut niveau de l’Etat. Oui, soyons raisonnables ensemble, Etat et collectivités. Sachons ensemble comprendre que non seulement il ne sert à rien de couper dans des budgets déjà réduits mais que ces économies peu significatives portent gravement atteinte à la crédibilité de nos politiques publiques et compromettent l’avenir.
Nous devons d’urgence refonder l’élan culturel national. Les terribles attentats du début du mois de janvier ont montré les dangers immenses que recèle le rétrécissement progressif de notre imaginaire partagé, lequel rend nos concitoyens de plus en plus démunis face à l’appel mortifère du repli sectaire – surtout les plus jeunes. (…)
C’est à partir de la mise en valeur des acquis de 50 ans de décentralisation culturelle, à partir de cet héritage considérable construit avec les artistes, avec les professionnels, que nous pourrons imaginer ensemble, par le dialogue et la concertation, un nouvel horizon du partage culturel. Nous devons œuvrer à créer les conditions pour amplifier la puissance de tolérance et de démocratie, mais aussi de rayonnement et de développement, que portent les arts et la culture. Nous devons inventer ensemble une nouvelle responsabilité fondée sur la reconnaissance des droits culturels, sur le respect des arts et sur la transversalité des enjeux culturels.

Il y a bien une alternative aux choix d’arbitrage de la mairie d’Orléans. Et il serait de bon ton que l’élue à la culture défende son budget en profitant des dispositifs mis en place pour atténuer les baisses de dotations budgétaires, tout en se souvenant que son champ de délégation ne couvre finalement pas trop le tourisme et l’événementiel.

Pas de « jours meilleurs » en perspective pour les sdf orléanais

Orléans, comme Béziers, méprise la notion d’accueil inconditionnel.

Dans la nouvelle campagne lancée par Emmaüs, le maire de Béziers Robert Ménard est directement visé. Mais à Orléans, où les explications de Serge Grouard pour justifier la baisse sans précédent des subventions du Relais Orléanais (l’association ne respecte pas sa mission première d’aide sociale « et fait plutôt de l’humanitaire ») invoquent le même reproche de fournir une aide d’urgence sans distinction, bénéficiant ainsi y compris à des étrangers sans papiers, ce rappel des valeurs portées par l’association fondée par l’Abbé Pierre résonne avec force.

Emmaus-Ménard-Beziers« Emmaüs pratique l’accueil inconditionnel de tous ». Certes, l’affiche met en évidence une carte d’identité française. Mais cette notion d’inconditionnalité va heureusement bien plus loin que cela, comme en témoigne sans la moindre ambiguïté la charte d’accueil et d’accompagnement du mouvement :

En 2014, le Mouvement Emmaüs réaffirme que toute personne – quels que soient son parcours, son origine, sa confession ou son âge – doit bénéficier d’un accueil inconditionnel. (…)
Fidèle à la valeur de l’accueil inconditionnel, le Mouvement Emmaüs accueille donc toute personne qui frappe à sa porte. Ainsi, l’accueil des étrangers, qu’ils soient en cours de régularisation ou sans papiers, demandeurs d’asile ou déboutés, est une valeur fondamentale au sein du Mouvement. En lien direct avec l’action des groupes, Emmaüs France agit en faveur de la défense du droit des étrangers, prend clairement position dans les débats sur l’immigration et initie ou participe aux actions de soutien pour les personnes en situation irrégulière.

Face à l’extrême précarité, cette inconditionnalité est fondamentale. La mettre en cause, c’est tout simplement empêcher les associations caritatives de mener à bien leur mission.

En 1956, suite au célèbre appel de l’hiver 54 face à la situation insoutenable du mal-logement, l’abbé Pierre et les compagnons d’Emmaüs avaient promu le développement d’un habitat léger, économique, confortable, industrialisable utilisant des matériaux de pointe et pouvant être monté en une journée. À l’aide de l’ingénieur-architecte Jean Prouvé fut ainsi lancée la « maison des jours meilleurs », un espoir pour les sans-abris d’une solution d’urgence pour éviter de mourir dans la rue.
Un exemplaire sera monté en sept heures en bord de Seine, et l’accueil du grand public sera enthousiaste. Mais les normes administratives auront raison de l’ingéniosité de Prouvé : le prototype ne recevra pas d’homologation officielle pour la production en série. Le financement du projet par les pouvoirs publics n’était pas non plus acquis. Mais la marque de lessive Persil avait à l’époque décidé de s’engager dans une grande quinzaine publicitaire de « Solidarité Persil”. Une campagne aux retombées timides dans un premier temps, mais dont la générosité explosera avec le succès de l’installation de la maison-prototype : un million de coupons de 10 francs de l’époque au profit des sans-logis retournés dans les jours suivants.
Lorsque la générosité des pouvoirs publics fait défaut, les citoyens prennent parfois le relais… Faute d’agrément administratif, cela aura été vain malheureusement.

À Orléans, la tourmente médiatique liée à la situation du Relais est quelque peu passée. Pour autant, les problèmes ne sont pas résolus et le Relais orléanais n’a pour le moment pas retrouvé les moyens financiers à la hauteur de sa mission sociale et locale incontournable.
Alors pour palier à cette défection politicienne de la mairie d’Orléans, reste la possibilité de faire un don individuel. Ce don donne droit à une réduction d’impôt à ceux qui ont l’avantage d’en payer. Alors n’hésitez-pas… Il ne sera pas facile de combler les près de 20000 € manquants, mais cela permettra aux bénévoles de l’association de mener plus facilement leur combat sans conditions contre la précarité.

AppelDon