Pollution atmosphérique : les grandes métropoles agissent !

Paris, Grenoble et Lyon ont fait figure de précurseurs. D’autres grandes métropoles comme Lille et Strasbourg leur ont emboîté le pas, et Bordeaux-métropole, pour citer un autre exemple, concerte d’ores et déjà sur le contour des zones où seront appliquées des restrictions de circulation (les « ZCR », zones de circulation restreinte) en cas de pics de pollution aux particules fines, à l’oxyde d’azote ou à l’ozone. Avec pour conséquence la mise en place de la vignette crit’air pour formaliser ces restrictions : seuls les véhicules peu ou non-polluants étant autorisés à circuler.

Dernier en date à en faire l’annonce pour une application dès décembre 2017 : le « Grand Annecy », qui n’a pas le statut de métropole mais pour autant ne tergiverse pas, en œuvrant de manière volontariste dans le cadre de sa responsabilité quant aux politiques de mobilité sur son territoire. Il actionne dès maintenant les leviers qui permettent de sensibiliser la population, de minimiser les émissions de polluants et donc l’exposition des personnes fragiles à un air néfaste pour la santé : « Le constat est clair et partagé par tous : il faut agir pour améliorer la qualité de notre air ! Pour notre santé et celle de nos enfants, pour la qualité de notre cadre de vie et son attractivité. »

Contrairement à ce que prétendent certains, nul besoin de se cacher derrière le petit doigt du préfet et d’attendre une initiative de sa part pour engager des mesures : depuis la loi de transition énergétique de 2015, les présidents d’agglomérations peuvent prendre les devants et proposer un plan d’action à la préfecture.
Une vingtaine de collectivités se sont de fait engagées dans cette voie en répondant positivement à l’appel à projet « Villes respirables en 5 ans » que le ministère de l’Environnement avait lancé en juin 2015, avec soutien financier à l’appui.
Le dispositif imposait de travailler à la délimitation de la fameuse zone de circulation restreinte ou de réfléchir à la gratuité des transports collectifs lors des épisodes de pics de pollution. Il semble que cela allait sensiblement trop loin pour l’agglomération orléanaise, tout à fait timorée lorsqu’il s’agit de mettre en place des mesures susceptibles de préoccuper les automobilistes. Il n’y a donc pas eu à Orléans de dossier déposé pour répondre à cet objectif de mieux respirer, contrairement à Avignon, Bordeaux, Cannes, Clermont-Ferrand, Dunkerque, Dijon, Grenoble, Lyon, Lille, Le Havre, Montpellier, Paris, Reims, Rouen, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulouse… pour ne citer que les agglomérations importantes, du « club » de ces collectivités qui « comptent », auquel prétend appartenir la métropole orléanaise.

L’hiver approche, et les alertes de pollution excessive ne vont pas tarder à revenir dans l’actualité. Il s’agira en cette saison de PM 10 ou 2,5, ces « Particulate matter », particules fines en suspension, de si petite taille qu’elles pénètrent en profondeur dans les poumons. Elles peuvent provoquer des inflammations et aggraver l’état de santé des personnes sensibles (enfants et personnes âgées tout particulièrement). Elles sont par ailleurs soupçonnées de véhiculer jusque dans les poumons des composés cancérigènes absorbés sur leur surface…
Crises d’asthme, maladies respiratoires, jusqu’au décès prématuré de plusieurs milliers de personnes chaque année… Rien que ça. S’il fallait sensibiliser les moins réceptifs à l’impact humain de ce risque sur la santé, on pourrait citer l’impact économique et financier calculé en juillet 2015 par une commission d’enquête du Sénat et publié dans le rapport de la sénatrice Leila Aïchi « Pollution de l’air : le coût de l’inaction » : toutes pollutions atmosphériques confondues, au bas mot 100 milliards d’€/an en dépenses de santé, absentéisme au travail et impacts indirects… En reprenant l’évaluation de L’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS), ce rapport relève par ailleurs que les efforts pour ramener, à l’échéance 2030, les émissions de polluants atmosphériques aux nouveaux plafonds proposés par l’Union européenne « pourrait induire, en France, des bénéfices sanitaires annuels de l’ordre de 17,7 milliards d’euros, pour un coût des mesures de réduction estimé à 6,4 milliards d’euros par an, soit un gain annuel net de plus de 11 milliards d’euros. »

Quoi qu’il en soit, la métropole Orléans-Val de Loire est engagée, par obligation comme toutes les collectivités de plus de 250 000 habitants, dans un PPA (Plan de Protection de l’Atmosphère) qui la conduira inévitablement à terme à établir une zone de restriction de circulation et à mettre en place les vignettes Crit’Air. Pourquoi ne pas s’y atteler dès maintenant afin de mieux sensibiliser les habitants et de préparer une transition efficace et intelligente ?
Voilà un secteur pour lequel la métropole a apparemment renoncé à la volonté de figurer parmi les 15 métropoles les plus importantes et les plus dynamiques en France. Et c’est bien dommage, car la qualité de l’air fera, fait déjà, indiscutablement partie des critères d’attractivité les plus pertinents dans les grandes villes d’aujourd’hui.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*
Website