Une soirée comme une autre : pollution forte !

Les conditions climatiques ce soir sont assez habituelles, rien dans les médias n’attirera notre attention sur la pollution de l’air que nous respirons. Pourtant, si l’on consulte Plume Labs, petite application sur smartphone, et son « Plume Air Report » ciblé sur la ville d’Orléans, mieux vaudra en soirée ne pas forcer en pratiquant un sport de plein air, ni en faisant du vélo, mieux vaudra aussi éviter d’exposer son bébé à l’air urbain ! Pollution forte, indice 66 pour les particules fines PM2.5 (35 en moyenne annuelle, et nous étions aux alentours du 20 janvier dernier à près de 100). Quels sont les risques, nous dit Plume à propos de ces particules : « Elles sont la cause de nombreuses allergies nasales. S’y exposer est un facteur de risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires, et de cancer du poumon. »

Il y a dans cette application, qui s’appuie sur les données de Lig’Air, de nombreuses autres explications sur les polluants de l’air et sur les pics de pollution. Pas de quoi se rassurer, mais sans doute de se décider à ne pas attendre les bras croisés les prochaines alertes des agences de santé et des pouvoirs publics nous enjoignant de nous calfeutrer chez nous en évoquant les 48 000 morts prématurées chaque année en France.

La pollution atmosphérique devient une maladie chronique de nos villes. Comme s’il fallait s’habituer à éviter d’aller se promener avec un bébé, à ne pas pouvoir aller faire un footing ou une balade sportive à vélo… Comme s’il devenait banal de conseiller à des personnes âgées de rester chez elles et de ne pas faire d’effort ! Attention aux beaux jours : pour reprendre la formule d’Éloi Laurent, désormais, quand il fait beau, il fait sale !

La préfecture du Loiret a imposé, lors du dernier pic de pollution, de limiter la vitesse de 20 km/h sur les grands axes. Si l’on en croît le reportage diffusé sur France bleu Orléans à l’époque, tout cela ne semble pas préoccuper grand monde (Reportage sur les routes du Loiret : « la pollution ? On s’en fout ! »). Pourtant, Christian Braux, le vice-président d’Orléans Métropole en charge de l’environnement y déclarait prendre les choses au sérieux. « Mais la circulation alternée, c’est une mesure qui ne peut être décidée que par le préfet du Loiret. »
Faux.
Depuis le 17 août 2015, la loi dite de « transition énergétique » stipule que « pour lutter contre la pollution atmosphérique, des zones à circulation restreinte peuvent être créées dans les agglomérations (…) par le maire ou par le président [de l’agglomération] lorsque celui-ci dispose du pouvoir de police de la circulation, sur tout ou partie du territoire de la commune ou [de l’agglomération]. » Un arrêté peut déterminer les mesures de restriction de circulation applicables et les catégories de véhicules concernés. Il convient bien sûr de discuter de tout cela avec le préfet et le président du Département pour ce qui concerne les axes dont le Département à la responsabilité, mais c’est tout à fait possible. C’est ainsi que Grenoble a procédé pour mettre en place lors des pics de pollution de janvier une série de mesures issues d’un protocole d’accord partenarial sur les pics de pollution de l’air signé notamment avec l’État et le syndicat mixte des transports en commun.

Nous avons donc désormais les outils pour anticiper ces situations qui risqueraient de devenir notre quotidien.
Crit’air, pour agir en urgence, mais aussi et surtout une sensibilisation aux alternatives qui donneront à chacun une solution de repli intéressante pour éviter d’utiliser sa voiture : gratuité des transports collectifs, soutien volontariste aux Plans de Déplacement Entreprise et à l’application de l’Indemnité Kilométrique Vélo, idées pour avantager le covoiturage…
Et bien sûr favoriser enfin véritablement le vélo, comme on le claironne officiellement depuis longtemps dans le PDU (plan de déplacements urbains) ou dans le PPA (Plan de Protection de l’Atmosphère), selon de belles paroles qui restent souvent de simples vœux pieux.
Les résultats dévoilés récemment par l’Insee montrent que la part des déplacements vélo pour le travail dans notre métropole est malheureusement très en deçà de celle de Strasbourg bien sûr, mais aussi de Tours ou d’Angers, ce qui est préoccupant. Progresser sur ce terrain, c’est grignoter petit à petit sur les émissions polluantes dans nos rues, et gagner pour notre santé.

Elle n’existe pas, mais il faudrait l’inventer : la vignette Crit’air bleu ciel, zéro pollution, pour les vélos !

Soit dit en passant, et puisque la question est souvent posée de savoir s’il est bien raisonnable d’enfourcher son vélo en respirant un air vicié, toutes les infos les plus sérieuses concordent : il ne faut pas faire de gros efforts en pédalant mode sportif en compétition, mais utiliser une voiture ne fait qu’aggraver les choses y compris pour soi-même. Dans l’habitacle fermé d’une voiture, l’exposition aux polluants est beaucoup plus forte !
Plume cite à ce sujet une étude menée en Angleterre : « en voiture, l’on s’expose à plus du double de la pollution de l’air que respire un piéton… et plus de huit fois la dose de pollution que subit un cycliste ! »

Au fait, au volant de votre voiture, plutôt que de vous agacer lorsque un.e cycliste encombre « votre » route, remerciez-la ou remerciez-le : en se déplaçant à vélo, le ou la cycliste protège non seulement sa propre santé, mais aussi celles de 2 autres personnes ! Dans son édito du Monde du 30-31 octobre 2016, « Pédalez sans crainte », Stéphane Foucart mentionnait les calculs de chercheurs néerlandais :

La réduction de mortalité ne profite pas seulement aux cyclistes nouvellement convertis : la pollution et les accidents de la route évités entraînent une baisse de mortalité pour l’ensemble de la population. Schématiquement, un individu renonçant à sa voiture pour parcourir chaque jour une douzaine de kilomètres à vélo offre gracieusement à environ deux autres personnes le même gain moyen d’espérance de vie qu’il s’est octroyé en changeant ses habitudes.

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