La nouvelle xénophobie européenne

La tendance était annoncée, et la plupart des grands médias se délectaient déjà de l’impact d’audience que cette annonce du FN en tête du vote allait provoquer.
Coup de semonce médiatique attendu et craint, qui reste pourtant bien difficile à supporter par les raccourcis et les simplismes qu’il véhicule, les gros titres donnant au parti d’extrême droite une nouvelle occasion de ces tribunes populistes qu’il affectionne.
Dans de nombreux pays européens ces dernières années, des partis extrémistes avaient ainsi profité de situations de précarité sociale pour prospérer. J’espérais que la France resterait à l’écart de ce type de vague électorale contestataire qui se fourvoie dans les explications réductrices et caricaturales, dont le moteur est d’abord de désigner des boucs émissaires.
Que ce message des eurosceptiques prenne aujourd’hui en France la première place est un désastre politique, une grande confusion sur ce qu’est la construction européenne, sur ce qu’elle nous a apporté et sur le rôle bénéfique qu’elle doit jouer. Reste ainsi de cette amère soirée électorale un vertige, la crainte de s’enfoncer dans une spirale négative qui aspire tout le monde vers l’inquiétude et le repli sur soi, même si ce mouvement a heureusement été infléchi dans beaucoup d’autres pays européens.

Face à ce vote de désaveu, le PS se cabre par réflexe, se recroqueville et cherche à se protéger, fait le dos rond et joue la montre, tandis que l’UMP en difficulté, dépassé par sa droite, voit ses principaux responsables redoubler leur guerre de positionnement pour le seul enjeu qui les intéresse : les présidentielles de 2017. Aiguillonnés en cela comme d’habitude par les médias, qui en perçoivent des sujets potentiellement polémiques et retentissants.
Les uns comme les autres plongent la tête la première dans un cercle vicieux, ce piège que nous tend le FN, le poison qu’il insuffle dans notre société parce qu’il lui profite électoralement, en multipliant les amalgames délétères, en se nourrissant de la défiance et de la désespérance. Affirmer par exemple au soir de cette élection que l’on a désormais obligation d’obtenir des résultats, c’est donner le sentiment qu’il y aurait des solutions miracles capables de tout résoudre, et d’une certaine manière donner du crédit aux propos démagogiques du FN.

Tout particulièrement en période de crise, c’est aussi une responsabilité des médias et des grands partis traditionnels de ne pas enfourcher ces fantasmes de décisions trop techniques et complexes, de nous aspirer toujours plus dangereusement vers une connotation pessimiste, alors que l’on peut donner au projet européen un éclairage beaucoup plus positif et des perspectives concrètes en particulier sur les enjeux de développement à l’échelle de nos régions.

Les élus français du FN au parlement européen auront pourtant, comme cela a été le cas dans la précédente mandature, une action pernicieuse, un rejet dogmatique et primaire, et ne défendront pas le moindre projet de politique commune à l’échelon européen. Le FN affirme un projet de confinement artificiel au sein de nos frontières. Ce qui est à la fois un mensonge et une escroquerie intellectuelle consistant à prétendre, au mépris des évidences, que l’on pourrait résoudre, sur ces bases franco-françaises, les questions de développement et de chômage, de protection sociale, d’aménagement du territoire, de ressources énergétiques, de réduction des pollutions ou encore de diversité culturelle, pour ne citer que quelques exemples…

Se précise malheureusement la crainte exprimée par Éloi Laurent (Le bel âge de l’État providence) de voir la politique européenne menacée en France par « la nouvelle xénophobie européenne, (qui) prétend défendre l’État-providence au nom de la haine de l’autre. » Ce serait en réalité abandonner la protection des plus faibles en faisant le jeu du repli identitaire, d’un stérile nationalisme exacerbé.
Il va falloir expliquer encore et encore, et convaincre les plus concernés de ce qu’en réalité la construction politique européenne est potentiellement l’une des seules réponses concrètes aux besoins de meilleure protection sociale, à condition de parvenir à mettre en cause le crédo ultra-libéral et de prouver que la direction prônée par le FN mène véritablement à une impasse.

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