Eloi Laurent, « Le bel avenir de l’État providence »

Introduction / Protéger l’État providence (parce qu’il nous protège !)

Déboussolée par sept années d’une crise qu’elle n’a ni vu venir ni su contenir, l’Europe est sur le point de commettre une faute historique : démanteler l’État providence. Deux idéologies en apparence éloignées sur le spectre politique unissent aujourd’hui leurs forces pour tenter de convaincre les citoyens du Vieux continent du reflux prochain, à vrai dire déjà en marche et de toute façon inéluctable, de leur protection sociale.
Le premier discours est le mieux connu et le plus convenu : le néolibéralisme le plus simpliste et le moins bien informé ne conçoit le développement économique que comme un jeu à somme nulle entre un état prédateur et un marché libérateur. Plus les dépenses sociales sont élevées, plus elles étouffent le dynamisme économique. Il faudrait donc libérer nos forces vives de l’emprise mortifère de l’État-providence pour retrouver l’oxygène de la croissance.
Le second discours est plus neuf et, à certains égards, plus dangereux. Symptôme de la nouvelle xénophobie européenne, il prétend défendre l’État-providence au nom de la haine de l’autre. Fantasmant un arbitrage d’airain entre solidarité et diversité, il martèle que les Européens ne peuvent plus s’offrir le luxe de la générosité sociale indiscriminée. Seul un tri, sur une base ethnique, entre les autochtones méritants et les intrus profiteurs permettrait de préserver la solidarité nationale. »

Le livre d’Éloi Laurent, Le bel avenir de l’État providence, annoncé comme un plaidoyer à contre-courant pour rendre hommage à l’État-providence et pourfendre les idées reçues (néolibérales) sur une supposée faillite de l’État-providence face à la crise économique, est paru il y a quelques jours. Je n’ai pour le moment eu le temps que de le feuilleter.
Mais alors que s’achève la campagne électorale pour les élections européennes, cette première page de l’introduction, citée ci-dessus, résonne comme un avertissement et un décryptage éclairant des discours tenus pendant la campagne. Économiste reconnu, enseignant à l’OFCE/Sciences-Po, et à Stanford University, Éloi Laurent argumente avec pertinence cette réhabilitation de l’État providence, en l’imbriquant dans les enjeux de la crise écologique et de l’urgence environnementale. Pour arriver à ces quelques lignes au début du paragraphe de conclusion :

Conclusion / Défendre l’écologie (parce que c’est une protection sociale !)

Je me suis efforcé de montrer dans cet ouvrage que le démantèlement de l’État-providence en Europe et en France serait une faute à l’égard à la fois des générations présentes et des générations futures. Un tel recul serait, pour tout dire, un reniement historique. Car s’il est bien difficile de savoir de quoi est faite la nébuleuse « identité européenne » ou de définir avec précision les contours fuyants du « modèle européen », deux valeurs européennes émergent nettement entre la fin du XIXe siècle et le début du XXIe : la justice sociale et le développement soutenable.

Je reviendrai sur les arguments d’Éloi Laurent. Car dans cette période de crise où les pseudo-solutions simplistes se font plus facilement entendre dans les médias, il est utile d’écouter les voix discordantes qui tracent des pistes plus encourageantes que les discours d’austérité. Éloi Laurent a écrit en février 2013, dans un hors série de la revue Alternative économiques, un article intitulé « L’économie verte, clé de la sortie de crise » pour montrer comment la transition environnementale permet d’améliorer à la fois le bien-être de la population et la soutenabilité des économies. Une réponse nettement plus pertinente à la crise que la recherche d’un simple retour à la croissance. « Nous vivons une crise de soutenabilité qui est à la fois financière, sociale et écologique. Parce que la transition environnementale est le domaine par excellence de la soutenabilité, elle peut nous guider dans le passage d’un monde à l’autre, vers une revanche de l’avenir sur le présent. Mais il importe en même temps d’être réaliste : le discours écologique ne pourra être audible que s’il propose une stratégie crédible de sortie de crise. La force de l’économie verte est justement d’offrir à la fois une réponse tactique à court terme et une vision stratégique à long terme face aux difficultés du présent. Développer l’économie verte en France et en Europe consiste à utiliser la contrainte environnementale comme un levier pour le développement économique et humain, en favorisant l’activité économique ainsi que l’emploi, en améliorant le bien-être et en réduisant les inégalités sociales. »

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