Orléanocide : assassinat de festival orléanais dans un bureau fermé de l’intérieur

Les décisions de politique culturelle orléanaise se suivent et se ressemblent, abruptes et unilatérales. Sous forme d’annonces dans la presse, autant pour la fin d’un événement que pour la création d’un autre. Aujourd’hui, c’est Orléanoïde qui meurt poignardé, dans un revirement inattendu, après de nombreuses annonces quant à une orientation marquée sur le numérique et l’innovation. Mais si le Lab’O a le vent en poupe, c’est pour communiquer sur les startups high-tech et le e-commerce, et personne ne semble décidément comprendre ce qui est pourtant une évidence ailleurs : c’est dans le brassage et le métissage, dans la confrontation avec les artistes – entre autres – que les idées novatrices naissent.
Lorsqu’a lieu un « startup week-end », les spécialistes se rengorgent d’une innovation permise par les rencontres fortuites, ce que l’on nomme pompeusement la sérendipité, pour s’émerveiller de ce que les créatifs peuvent apporter aux entreprises du numérique.
Mais lorsqu’il s’agit d’ouvrir les portes du Lab’O ou de confirmer son soutien à un festival comme Orléanoïde, toutes ces belles intentions sont vite oubliées.

Il y a à peine plus d’un an, fin 2014, Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, déjà dans la polémique et les incertitudes sur ce qui serait conservé des événements culturels orléanais, réaffirmait son intention de prolonger les « assises de la culture » tenues en 2013. « Et je compte bien également en organiser de façon régulière, de façon à rester en contact permanent avec les attentes des artistes et des créateurs orléanais ». C’était même, surenchérissait Serge Grouard, alors encore maire, une « idée fixe ».
Une idée bien vite oubliée pourtant.

Qu’importe si certaines propositions d’un festival déçoivent les uns ou les autres, il faut du temps et de la concertation pour qu’une manifestation puisse tâtonner, inventer, surprendre, et s’installer.
On nous annonce un nouveau festival, les « voix d’Orléans », concocté manifestement dans le plus grand secret de bureaux aux portes verrouillées de l’intérieur. Combien de temps aura-t-il sa chance, et comment imaginer, s’il n’a pas été porté par une implication aussi large que possible des acteurs culturels et des publics dans toute leur diversité, qu’il puisse démarrer sur de bonnes « assises » ?

La fausse modestie est le dernier raffinement de la vanité

L’humble député mais néanmoins grand moraliste Serge Grouard déclame sa colère « au nom du peuple de France à ceux qui la gouverne » avec les accents d’un langage populaire, « Je vous dis merde ! Vous comprenez? » .
Il parle au nom du peuple mais signe en faisant valoir son titre de représentant des citoyens. Schizophrène, l’élu cumulard fustige ses pairs en prétendant incarner le « peuple de France » exaspéré, mais la diatribe est au final revendiquée par Serge Grouard le député, fut-il « modeste ».

L’élu Serge Grouard ne serait pas « complice » de ces politiciens qu’il accuse, au nom du peuple, de n’être que médiocrité ? Lui qui vit en politique depuis plus de 20 ans, peut-il s’exonérer de ses responsabilités en se faisant passer pour un citoyen en colère? N’a-t-il grandement participé à ce déclin qui lui fait honte? Sauf à prétendre être lui aussi, comme élu, « l’incarnation du peuple », à l’égal de « Jeanne d’Arc, de Gaulle ou Jaurès ».

Au nom du peuple toujours, il brandit la menace de représailles violentes. Sauf si les politiques virent enfin « tous ceux qui m’emmerdent depuis si longtemps ».
Serge Grouard, en votre nom, « ayez la décence de vous retirer. Pour moi, pour la France que vous prétendez aimer. » Puisque vous en appelez au renouvellement, à la reconstruction, appliquez la sentence, monsieur Grouard. Départissez-vous des mandats politiques qui vous encombrent encore.
Mais peut-être êtes-vous simplement engagé dans une campagne politicienne, comme le relève avec perfidie l’hebdo Marianne en remarquant une formulation faussement naïve qui reprend le slogan de François Fillon, votre champion annoncé pour les futures primaires de la droite aux élections présidentielles?
Toute cette colère surjouée ne serait alors que vile hypocrisie?

« Il y a une fausse modestie qui est vanité ; une fausse gloire qui est légèreté ; une fausse grandeur qui est petitesse ; une fausse vertu qui est hypocrisie ; une fausse sagesse qui est pruderie », écrivait quant à lui le moraliste Jean de La Bruyère au XVIIe siècle.

Bîmes de Loire : la liberté d’expression engloutie pendant le festival

Autre élément à annexer au bilan du Festival de Loire 2015 présenté aujourd’hui en conseil municipal : la déconvenue d’Arnaud Méthivier, dont le dernier concert fut déprogrammé sans autre forme de procès. À lire les médias locaux, le maire et le plaignant devraient pouvoir se rencontrer pour s’en expliquer. Mais parleront-ils de la même chose ?
Il y a une différence de point de vue que n’aura manifestement pas bien mesurée Arnaud Méthivier.
Dans l’esprit de l’élue chargée du suivi du festival de Loire, il ne s’agit pas d’un événement culturel au cours duquel se produisent des artistes mais bien plutôt d’une manifestation festive pendant laquelle des prestataires rémunérés par l’organisation sont chargés des animations.
Dans cet esprit, la mairie est un employeur, soucieux de la réputation de sa « marque », et qui entend donc que ses prestataires se plient à la réserve due par les employés pour ne pas mettre en cause la bonne réputation de leur entreprise et de leur patron.
Pour Nano, dont on connaît, notamment par la fête des Duits, l’attention à procurer aux artistes un espace d’expression sans la moindre tutelle, la liberté de parole ne saurait bien évidemment être contrainte par des soucis de promotion et d’image.
Interdire de scène un artiste est tout sauf anodin, c’est un acte fort contre la liberté d’expression à laquelle des élus ne peuvent contrevenir dès que quelque chose leur déplaît. Un acte de censure, de mépris de l’artiste, et Arnaud Méthivier est en droit d’obtenir des réponses convaincantes à sa « lettre ouverte ».
À moins que la municipalité n’assume totalement et considère tout simplement avoir fait une erreur en envisageant une programmation culturelle pour accompagner son événement festif…

Le festival de Loire à Vélo : 40 000 cyclistes

Le septième festival de Loire affiche son bilan de fréquentation, et les chiffres des organisateurs coïncident avec ceux de la police municipale : 650000 festivaliers. Cette fréquentation est fort opportunément conforme à la prévision, ce qui est une bonne chose pour faciliter l’intendance de l’événement.
Je ne reviendrai pas sur l’amusant billet de Gérard Poitou publié fin septembre sur Mag’Centre, Festival de Loire: des chiffres et des leurres, si ce n’est pour aborder l’accès cycliste aux festivités sur les quais de Loire.

Cette année, en gage de la prise en compte du développement durable, l’organisation a tenté de considérer avec attention les vélos accédant au site. Un grand parking fut donc aménagé pour les 2 roues, « espace vélo » de l’AgglO comprenant un point accueil destiné à présenter la politique de notre agglomération en faveur des déplacements actifs. Il fallait voir grand : si l’on tient compte de l’affirmation d’une part modale de 5,5 % pour les déplacements à vélo, avec 650000 festivaliers attendus, le calcul donne un peu plus de 35000 cyclistes ! Et puisque l’accès automobile était sérieusement contrarié, on pouvait aisément imaginer un pourcentage légèrement supérieur, et prévoir environ 40000 vélos sur les quais de Loire…
Rien que le samedi, pour lequel l’évaluation de 200000 personnes semble coller avec l’estimation globale de 650000 visiteurs, cela donne environ 12000 cyclistes sur place : une belle promotion des déplacements doux.

IMG_0519Le pointage in situ le samedi soir, au plus fort de la fête, donne un résultat sensiblement inférieur : environ 40 vélos accrochés aux barrières disposées sur le trottoir au début du quai Cypierre, probablement un peu plus disséminés ça et là au long des quais du Châtelet et jusqu’au quai du Roi… au total probablement une bonne centaine de vélos… Et des « espaces vélos » de l’agglo désertés.
Il faut bien dire qu’imaginer des cyclistes allant accrocher leur vélo sur les quais à plus de 500 mètres du festival, pour revenir donc à pieds profiter de la fête, c’est sans doute mal comprendre les souhaits et les habitudes des cyclistes.

Le dispositif aura permis d’éviter les engorgements dans les rues d’Orléans et les véhicules garés tant bien que mal à proximité des quais. Car au final, personne ne s’en est plaint, non ?

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Note : les espaces-vélos aménagés pendant le festival restent fermés aux voitures et ces places de parking magnifiquement disposées en bord de Loire vont être affectées à une autre occupation, plus conforme à la vue et à la poursuite de la mise en valeur de la Loire. Une décision à saluer, courageuse lorsque l’on imagine la grogne des automobilistes habitués à trouver là une luxueuse place gratuite sur le domaine public pour leur véhicule personnel. Une décision qui aura par ailleurs le mérite de contribuer à remplir un peu les parkings du Cheval Rouge ou Saint-Paul, qui sont, hormis le samedi et pendant les fêtes de Noël, bien vides…

Passerelle de la Saint-Glinglin

Le pont George V est unanimement reconnu comme l’un des emblématiques points noirs du réseau cyclable orléanais, un passage extrêmement dissuasif et pourtant obligé pour traverser en vélo Orléans sur l’axe sud-nord, et inversement. Les études et plans pour résoudre cette difficulté ne manquent pas, plus ou moins polémiques, et ce depuis de nombreuses années. Jusqu’ici, le programme de la majorité municipale partait du principe que la solution passerelle n’était pas envisageable : trop cher et techniquement complexe, incompatible par ailleurs avec la protection patrimoniale du pont George V. Un point de vue réaffirmé avec beaucoup de conviction le 9 juillet 2015 par Mathieu Langlois, récemment promu adjoint du quartier St-Marceau, à l’occasion d’une réunion du Conseil Consultatif de Quartier.
Grande surprise donc le lendemain 10 juillet, lors de l’Assemblée Générale du quartier, avec la volonté annoncée par le nouveau maire Olivier Carré de préconiser une passerelle accolée au pont (dite « en encorbellement »).

Dommage que Mathieu Langlois n’ait pas été mis au courant de cette annonce, cela lui aurait évité de donner l’image d’un adjoint bien mal informé de l’actualité des projets de son quartier. À moins qu’il n’ait voulu laisser la primeur de l’annonce à M. le Maire. Peut-être, mais cela laisse quoi qu’il en soit songeur sur le rôle concret du Conseil Consultatif de Quartier…

Tout comme laisse songeur ce parti-pris soudain en faveur de la passerelle en encorbellement. La passerelle du pont Maréchal Leclerc à Olivet est un indéniable succès pour la sécurité de la traversée du Loiret, mais son coût ne fut pas anodin : environ 3 millions d’euros. Il est bien difficile de croire à sa réalisation compte tenu des contraintes patrimoniales, mais dans l’hypothèse d’un accord de l’architecte des bâtiments de France, on imagine sans peine que la facture se situera dans une fourchette de 5 à 10 millions d’euros. Avec en prime des travaux qui bloqueront une voie pendant de nombreux mois…

D’où cette proposition : économisons le coût des travaux et faisons la simulation de ce blocage de voie pour 6 mois à 1 an. Nous aurons alors une idée précise de l’impact pour les véhicules motorisés.
 

Citadis_n°64_sur_le_Pont_Wilson_de_Tours_par_CramosLorsque le tram a été mis en service à Tours, le pont Wilson a perdu une voie au profit des piétons et cyclistes. Il y avait pourtant déjà à Tours une passerelle dédiée aux « déplacements actifs » (le pont suspendu de Saint-Symphorien) et seulement 13 voies (dans les 2 sens) sur 4 ponts. Malgré ce qu’affirme Olivier Carré, les 4 ponts orléanais comportent 14 voies au total. Pourquoi la suppression d’une voie sur 14 serait-elle plus insupportable aux Orléanais qu’aux Tourangeaux ? Certes, Tours n’est pas capitale régionale, mais tout de même, on peut supposer que la Loire y est traversée sensiblement aussi souvent que chez nous…
© Croquant / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 & GFDL
 
Cette annonce-surprise ressemble en réalité beaucoup à une stratégie destinée à gagner du temps (celui des nombreuses études et non moins diverses polémiques), pour finir par attribuer l’échec du projet à l’architecte des bâtiments de France.
Il faudra alors, dans quelques années, repartir de zéro…
Si l’on reste sur cette idée, on pourra sans doute parier sans grand risque que ce dossier sera de nouveau l’un des grands sujets de la campagne municipale de 2020…
 

Épargnons temps et argent en testant la neutralisation d’une voie. Pas de travaux, quelques aménagements de signalisation et un effort de communication : aucun obstacle important n’empêche de tester le dispositif sur plusieurs mois, afin de se faire une idée précise. Imaginons qu’il y ait des travaux sur le pont, tout comme il y en a eu lors de l’installation de la plateforme du tram, ou à l’occasion de l’aménagement de la passerelle du pont Maréchal Leclerc. Des circuits de substitution se mettront nécessairement en place, et l’on pourra analyser leur impact.

De la métamorphose du vilain petit Famar

Courant 2012-2013, le précédent maire d’Orléans, fan de basket, justifiait la destruction de l’affreux bâtiment Famar (destiné à faire place à une magnifique Arena), en fustigeant un amas de béton disgracieux que personne ne regretterait, ainsi qu’en contredisant l’idée saugrenue que l’on puisse jamais faire quoi que ce soit d’un tel bâtiment. « On ne peut pas réutiliser le bâtiment FAMAR ou alors à des coûts astronomiques et pour y faire quoi, grand Dieu ? Parce qu’on m’a dit : il faut refaire de l’industrie à Famar, mais c’est un anachronisme absolu. Il n’y a pas par évidence une entreprise qui voudrait venir s’implanter dans un site comme celui-là. »
À la suggestion d’y implanter une pépinière d’entreprises, la réponse était cinglante : « proposer une pépinière d’entreprises, c’est surréaliste ! C’est une méconnaissance totale des réalités, pardonnez-moi de vous le dire, parce que ces pépinières, elles existent déjà ! »
En 2015, le nouveau maire d’Orléans, fan des entreprises web 2.0, se démène pour vanter l’importance et l’intelligence de la métamorphose du bâtiment de Jean Tschumi en un (surréaliste) incubateur de start-ups, nouvelle mouture trendy des pépinières d’entreprises du début de ce siècle.
Le nouveau maire d’Orléans est l’ancien 1er adjoint chargé de l’urbanisme et des nouvelles technologies de l’ancien, et l’ancien maire est désormais l’adjoint du nouveau, chargé de notre stratégie métropolistique (métropolitaine, pardon). Vous suivez ?

Mais pas de souci ni de schizophrénie, tout va bien. Oubliée l’affreuse verrue de béton, bienvenue à la métamorphose du bâtiment de Jean Tschumi en Lab’O, à la charge de l’AgglO pour beaucoup moins d’argent que ce qu’annonçait l’ancien maire d’Orléans, c’est une bonne nouvelle. On s’adapte au mieux aux réalités budgétaires, on économise une grosse centaine de millions de l’Arena et l’on se réjouit que ce bâtiment reconnu par ailleurs comme un témoignage architectural important soit réhabilité à moindre coût, et qu’il dynamise l’activité orléanaise par le biais d’entreprises qui, d’évidence, se pressent à venir s’installer dans un site anachronique. Elles ont toutes une méconnaissance totale des réalités, et c’est tant mieux.
 

LaRep-videochantierLab'OLa presse magnifiait les beaux dessins des cabinets d’architectes, et la vue depuis la terrasse du restaurant de luxe prévu au faîte de l’Arena, elle met aujourd’hui en valeur l’adaptabilité des plateaux ouverts, les qualités graphiques des ouvertures et la vue unique d’ « une des plus belles terrasses d’Orléans » sur le toit du Lab’O.

 

Seul regret : ce projet se développe une nouvelle fois sans la moindre consultation du conseil municipal, des Orléanais (et particulièrement des habitants du quartier Saint-Marceau), des responsables associatifs, culturels, éducatifs… Les dossiers « French Tech » qui réussissent ne sont pas une simple agrégation d’entreprises et start-ups qui surfent sur le commerce en ligne et les perspectives d’utilisation toujours plus développées des smartphones. C’est un lieu de rencontres qu’il faut créer, un lieu de confrontation et d’échanges avec les lycéens (il y a au lycée Péguy tout proche une filière renommée d’Arts appliqués), les étudiants (et pourquoi pas, tiens, ceux de l’ESAD ??), les artistes et autres acteurs culturels (le 108 regorge de structures qui œuvrent déjà dans cet esprit), les projets de recycleries… et même, grands Dieux, les citoyens… Des vues décalées, complémentaires, enrichissantes au final pour les projets développés au sein du Lab’O. Pour être novateur, rien de mieux que de casser les codes et les chapelles…
 

Il y a suffisamment d’espace dans le bâtiment Tschumi pour aménager des ateliers et des lieux de rencontre, d’exposition, d’explications. Il y a suffisamment d’espace pour aménager une interface entre les activités développées dans ce bâtiment et la cité qui l’entoure. Depuis 2010, le projet d’utilisation du site Famar a évolué dans le bon sens. Ne reste plus qu’une petite marche pour en faire un lieu ouvert, citoyen et créatif…

Cerise & marketing, épisode 2 (saison 2)

imageSouvenez-vous : Noël dernier, mon supermarché joue la tentation marketing des cerises du Chili… Un transport sur 12000 km et 10 € du kilo. 6 mois plus tard, et toujours dans ce petit supermarché du quartier Saint-Marceau, en pleine saison de récolte à Olivet, St-Hilaire, St-Pryvé, Mareau…, une offre invraisemblable de cerises en provenance de Turquie. 3000 km et 6 € le kilo, alors même que les étals de l’agglomération débordent de cerises cueillies à 3-4 km de là, pour moins de 4 €/kg.
Certes, la France, 6e producteur européen avec environ 50000 tonnes, loin derrière la Turquie, premier producteur mondial avec près de 10 fois cette production française, manque d’approvisionnement et importe chaque année près de 5000 tonnes. Certes, les tarifs des grossistes turcs permettent aux supermarchés une marge bien plus importante qu’en négociant avec les petits producteurs locaux. Et puisque le transport ne pèse que très peu sur la facture, quel que soit son impact écologique…
La grande distribution se contrefiche de la saisonnalité, et tout autant des circuits courts.
 

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Le festival de Loire 2015 pourrait-il être labellisé « COP 21 » ?

cop21-label_reduit_1On connaît la propension de la ville d’Orléans à affirmer son exemplarité et son statut de précurseur en ce qui concerne le développement durable. Avec plus de 600 000 visiteurs revendiqués sur un festival mettant en valeur un fleuve que l’on se complaît souvent à présenter comme le dernier grand fleuve sauvage d’Europe, qui plus est classé au patrimoine mondial de l’Unesco, la moindre des choses est bien évidemment de se préoccuper de l’impact environnemental de l’événement.

En 2013, l’organisation du festival de Loire avait mis en place quelques éléments de gestion du tri, « coachs déchets » présents aux côtés des festivaliers, gobelets consignés, et annoncé la compensation carbone du transport par convois de camions des nombreux bateaux (le plus efficace serait sans doute de l’éviter autant que possible plutôt que de le compenser, mais bon…).

Pourtant aujourd’hui, gobelets et doubles-poubelles sur le site, dont les consignes de tri sont assez mal respectées par ailleurs…, tout cela semble bien insuffisant, surtout au vu de ce qui se passe sur le terrain en matière de restauration, de consommation énergétique ou de gestion de l’eau…

 
En 2015, année charnière qui voit la France incarner, avec la présidence de la COP 21 (21e conférence sur le changement climatique), la nécessité de mesures exceptionnelles pour enrayer la hausse globale des températures atmosphériques redoutée par les climatologues, on ne peut douter qu’un tournant décisif sera pris pour cette édition et les suivantes du festival de Loire.

Pour l’heure, le dossier de presse 2015 n’évoque absolument rien à ce sujet.
Tout reste donc ouvert, et l’on conseillera vivement à Stéphanie Anton et Yves Dupont (nouvelle et ancien adjoints au développement durable de la ville d’Orléans, le dernier cité étant devenu depuis Conseiller spécial sur le Festival de Loire) de mettre en place une charte analogue à celle établie pour le festival musical We Love Green dans le parc parisien de Bagatelle.
Cette charte trace une voie tout à fait remarquable d’éco-conception et d’éco-responsabilité, en impliquant l’ensemble des partenaires (acteurs de l’économie circulaire & solidaire, associations et institutions) dans le développement de solutions pratiques et innovantes.

 
Quelques extraits de cette charte We love green, pour souligner le chemin que doit encore parcourir le festival de Loire : système de distribution gratuite d’eau de la ville, mise en place de toilettes sèches, 90 % de fournisseurs locaux en restauration bio, locale et de saison, surplus alimentaire redistribué à des associations, récupération des huiles utilisées par les restaurateurs, 100 % de la vaisselle compostable et compostée, 100 % de l’éclairage de la scène principale générée par énergie photovoltaïque (panneaux solaires), 100 % du festival en énergie renouvelable, pas de bouteilles en plastique sur site, bâches du festival en plastiques recyclés, scénographie en mobilier recyclé ou prêté par Emmaüs, 650 palettes et cagettes transformées en signalétique et mobilier, navettes hybrides pour le transport des festivaliers, partenariat avec Velib et vestiaire à vélo, choix de prestataires spécifiques au nom de leur démarche responsable… et sensibilisation du public par le biais de conférences et tables rondes avec des intervenants internationaux, des militants pionniers et de jeunes acteurs du changement français afin de donner une nouvelle vision et des perspectives concrètes.

 
Pour la Loire naturelle et la préservation de la biodiversité, pour la cohérence dans le discours sur le dérèglement climatique, mais aussi pour passer un message fort à quelques semaines de l’ouverture de la COP21, adopter une telle charte serait un très beau symbole.

Étranges étrangers, vous êtes de la ville, vous êtes de sa vie, même si mal en vivez, même si vous en mourez.

Hier soir, au dernier jour du festival d’Olivet Les moulins à paroles, André Minvielle a donné une magnifique version chantée d’un texte non moins magnifique de Jacques Prévert, Étranges étrangers (issu du Grand bal du printemps, La Guilde du Livre, 1951 ; Éditions Gallimard, 1976). Vous trouverez ce poème quelques lignes plus bas.

Le texte législatif en cours de discussion sur la protection de l’enfant, voté le 12 mai par l’Assemblée Nationale (en instance de 2e lecture au sénat), n’a pas retenu un amendement voté en commission qui proposait d’interdire les tests osseux destinés à déterminer l’âge de migrants qui se prétendent mineurs. L’amendement proposé par les députés EELV visait à exclure toute utilisation d’un test osseux quel qu’en soit le cadre juridique et procédural ou le motif. En lieu et place, un amendement soutenu par une trentaine de députés socialistes a proposé de rendre la procédure plus compliquée, sans toutefois proscrire les tests.
Démarche contre laquelle s’est insurgé le réseau éducation sans frontières (RESF) : Un gouvernement qui se déshonore en maltraitant des gamins.

Ce type d’expertise médicale est très largement contesté sur le plan scientifique et éthique par les médecins. Depuis près de dix ans, un nombre impressionnant d’institutions ont pris position contre cette pratique des tests osseux : la Défenseure des enfants (2005), le Comité consultatif national d’éthique (2005), l’Académie nationale de médecine (2007), le Comité des droits de l’enfant (2009), le Commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne (2012), le Défenseur des droits (2012), le Haut Conseil de la santé publique (2014), la Commission nationale consultative des droits de l’homme (2014), le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe (2015)…

À Orléans, demain matin, mardi 7 juillet 2015 à partir de 9h, c’est la situation du jeune Mamadou qui sera examinée par le Tribunal. C’est le premier de tous les jeunes soutenus par le collectif MIE orléanais qui a été déclaré majeur par test osseux.
RESF et le collectif de soutien aux Mineurs Isolés Etrangers (MIE) appelle à manifester devant le Tribunal Administratif d’Orléans. Pour affirmer une nouvelle fois une opposition résolue à ce type de tests, rendez-vous devant le Tribunal Administratif, 28 rue de la Bretonnerie…

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens

 

soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

 

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres

 

Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez

 

Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

 

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

 

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières

 

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

 

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

 

 

Jacques PRÉVERT, Étranges étrangers

Pas de pacte pour la Scène Nationale d’Orléans

snorleans-2014-15-16Programme reçu hier par la poste, j’ai rempli, désabusé, mon bulletin d’abonnement pour la saison 2015-2016 de la Scène Nationale. Dans les premières pages, pas de mot de soutien des financeurs, si courants habituellement pour ce type de publication. Le Conseil Départemental fait défaut cette année, et la municipalité d’Orléans a « singulièrement » contraint le budget alloué à la structure. Le maire et son adjointe à la culture n’avaient pas pour habitude de signer un édito à ce programme, et ce n’est certes pas cette année qu’ils auront souhaité apporter leur contribution. À défaut, l’édito de l’équipe, qui prend les devants pour tenter d’expliquer le réduction de 40% des dates de spectacles proposés…

La Scène nationale, de façon singulière dans le paysage culturel d’Orléans, a subi d’importantes coupes budgétaires.
Nous allons pourtant relever le défi et vous proposer une saison, certes réduite, sans abandonner ce qui fait notre singularité : une attention soutenue envers les artistes qui travaillent dans notre territoire et la volonté renforcée de donner toute sa place à la création.
Et nous allons le faire avec tout le talent de nos équipes et tout notre cœur.

Le débat a déjà été porté avec l’abandon de la programmation des grandes scènes du festival de jazz au Campo Santo. L’argument des baisses de dotation de l’État qui contraint les budgets des collectivités locales est bien sûr recevable, mais évidemment pas à la hauteur de ce qui touche aujourd’hui la Scène Nationale. Au cours de l’enquête « La fête est finie », diffusée sur France 3 Centre fin avril, Nathalie Kerrien soulignait que la culture à Orléans sur le budget 2015 voyait son budget baisser de presque 7%, sauf dans le domaine de l’aide aux compagnies et aux créations, où il y a, disait-elle, une baisse de seulement 1%. « Une baisse moins importante que dans d’autres secteurs ». Comment expliquer dans ce contexte le sort réservé à la Scène Nationale ? Certains événements et certaines programmations sont « singulièrement » touchées !
Au cours de cet entretien avec Nathalie Kerrien, un passage est particulièrement éloquent. Elle y justifie les arbitrages de la politique culturelle municipale :

« Si on veut une notoriété, on double le budget du festival de Loire, ça ne me choquerait pas. » Si Nathalie kerrien était déléguée à la « Promotion du territoire, Relations extérieures et Tourisme » en lieu et place de sa collègue Martine Grivot, je ne dis pas… Mais dans la bouche d’une adjointe à la culture, que cette idée de notoriété supplante tout ce qui concerne la diversité culturelle, cela laisse pantois, et, pour tout dire, si : ça choque !

Tout de même, moins de spectacles proposés, moins de dates programmées, c’est moins de variété des spectacles et inévitablement une dynamique qui s’enraye. D’ici à ce que la municipalité reproche à la structure de voir sa fréquentation baisser, il n’y a qu’un tout petit pas qui pourrait rapidement être franchi ! C’est aussi une forme d’abandon du soutien aux intermittents du spectacle, qui les premiers souffriront de cette programmation en berne à Orléans comme elle l’est ailleurs en France.

Ralier le « pacte culturel » proposé par l’État
Car partout en France comme à Orléans les projets culturels font les frais des ajustements budgétaires. Au point que cela amène les pouvoirs publics à commencer à quelque peu s’émouvoir des conséquences désastreuses sur le secteur. Le premier ministre allant jusqu’à avouer que la baisse du budget de la Culture « au cours des deux premières années du quinquennat de François Hollande » avait été « une erreur » et « un signe négatif ». Devant les multiples annonces de festivals annulés, de programmations abandonnées, le ministère de la Culture a, du coup, esquissé une réaction en proposant aux villes et agglomérations un « pacte » pour sauver les financements culturels : il s’agit, pour l’Etat, d’accompagner sur une durée de trois ans, de 2015 à 2017, des collectivités confrontées à des arbitrages difficiles, mais qui s’engagent à ne pas sacrifier leurs équipements culturels.
Au 31 mai, 37 pactes ont été signés. Clermont-Ferrand, Rouen, Strasbourg, Poitiers, Bourges… en ont profité. Dijon, Nantes, Angers, Montpellier, Blois… s’apprêtent à faire de même. Ainsi que le disait récemment un communiqué de la Fédération Nationale des Collectivités territoriales pour la culture (FNCC)

La FNCC salue ce début de retour à la raison au plus haut niveau de l’Etat. Oui, soyons raisonnables ensemble, Etat et collectivités. Sachons ensemble comprendre que non seulement il ne sert à rien de couper dans des budgets déjà réduits mais que ces économies peu significatives portent gravement atteinte à la crédibilité de nos politiques publiques et compromettent l’avenir.
Nous devons d’urgence refonder l’élan culturel national. Les terribles attentats du début du mois de janvier ont montré les dangers immenses que recèle le rétrécissement progressif de notre imaginaire partagé, lequel rend nos concitoyens de plus en plus démunis face à l’appel mortifère du repli sectaire – surtout les plus jeunes. (…)
C’est à partir de la mise en valeur des acquis de 50 ans de décentralisation culturelle, à partir de cet héritage considérable construit avec les artistes, avec les professionnels, que nous pourrons imaginer ensemble, par le dialogue et la concertation, un nouvel horizon du partage culturel. Nous devons œuvrer à créer les conditions pour amplifier la puissance de tolérance et de démocratie, mais aussi de rayonnement et de développement, que portent les arts et la culture. Nous devons inventer ensemble une nouvelle responsabilité fondée sur la reconnaissance des droits culturels, sur le respect des arts et sur la transversalité des enjeux culturels.

Il y a bien une alternative aux choix d’arbitrage de la mairie d’Orléans. Et il serait de bon ton que l’élue à la culture défende son budget en profitant des dispositifs mis en place pour atténuer les baisses de dotations budgétaires, tout en se souvenant que son champ de délégation ne couvre finalement pas trop le tourisme et l’événementiel.