Olivier Carré, fétichiste automobile ?

Peut-être parlera-t-on un jour d’une « orléanaisienne » pour évoquer cette arlésienne orléanaise qu’est le franchissement du pont George V par les cyclistes. Point noir emblématique du réseau cyclable, il fait partie de ces quelques repoussoirs, de ces zones dangereuses mais incontournables qui dissuadent nombre d’Orléanais d’opter en faveur des déplacements doux, par crainte pour leur sécurité ou celle de leurs enfants.
Interpelé à ce sujet lors de la récente assemblée générale du quartier Saint-Marceau, le maire d’Orléans et nouveau président de la Métropole en charge des déplacements Olivier Carré a saisi l’occasion pour expliciter et préciser sa position, ainsi que le relate la République du centre du 7 juillet : « Je n’ai toujours pas lâché sur ce dossier. C’est un sujet important sur lequel on s’est engagés. Sur la question de l’encorbellement, il y a un blocage de l’architecte des Bâtiments de France que je peux comprendre car la physionomie du pont serait dénaturée. La deuxième solution, c’est de supprimer l’un des deux sens de circulation et j’y suis totalement opposé. On travaille à ne mettre qu’une seule voie de tram, avec un aiguillage après chaque station. Le tablier pourrait ainsi être revu. La passerelle pour piétons et vélos est une fausse bonne idée. La Loire n’est pas la Seine, elle est très large. Des ouvrages très lourds seraient donc nécessaires pour l’accrocher. »

Déjà en 2015, alors que la question était abordée au cours des débats du Conseil Municipal du mois d’octobre, Olivier Carré avait expliqué que la municipalité avait d’ores et déjà fait beaucoup pour les déplacements doux et que l’attractivité commerciale du centre-ville dans notre agglomération « peu dense » ne résisterait pas à d’autres atteintes à l’accessibilité automobile. Il s’inscrivait en cela dans la lignée des candidats qui, lors des élections municipales de 2014, mettaient en cause les choix opérés en matière de projets de mobilité durable en affirmant que l’attractivité commerciale des « villes moyennes » ne pouvait souffrir plus longtemps « l’éviction » de la voiture. Dès juillet 2014 sur sa page Facebook, il avait relayé l’article d’Olivier Berlioux et Franck Gintrand, dont les principales propositions pour « sauver le centre-ville » consistaient à s’efforcer d’attirer les grandes enseignes et à favoriser le retour de la voiture en ville par l’offre de stationnement et la facilitation de son accès. Une mesure courageuse et prioritaire selon ces auteurs.
Cette vision à laquelle semble adhérer Olivier Carré est totalement démentie par plusieurs études, dont celle intitulée « Mobilité et villes moyennes. État des lieux et perspectives » publiée en octobre 2015 par le GART (Groupement des Autorités Responsables de Transport), afin d’analyser ces affirmations et croyances propagée par certains commerçants et élus :

L’idée que la voiture permet le dynamisme économique est très largement ancrée dans l’esprit des commerçants. Postulat partagé par les commerçants franchisés des périphéries – ce qu’on peut volontiers leur concéder – mais également par les commerçants de centre-ville. Les directeurs transports des agglomérations de plus de 100 000 habitants réunis au GART le 24 avril dernier ont confirmé l’influence des commerçants de centre-ville dans le retour de la voiture dans certaines villes depuis 2014.
Associer la vitalité des commerces à la capacité d’y accéder en voiture est une idée reçue dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle a la vie dure. Celle-ci ne résiste pas à l’épreuve des faits. Les consommateurs des commerces de centre-ville viennent majoritairement faire leurs achats à pied ou à vélo et, si l’on ajoute les usagers des transports publics, la proportion atteint 80 %, comme le montre l’étude réalisée par l’ADEME et la Fubicy*. Au total, les automobilistes-consommateurs ne représentent donc qu’une petite minorité.
De plus, les clients qui recourent à la marche ou au vélo ou aux transports en commun sont des clients plus réguliers. S’ils consomment et achètent moins par visite, ils reviennent plus souvent.
L’autre idée reçue consisterait à affirmer le fait qu’un automobiliste dépenserait plus qu’un piéton ou un cycliste. Celui-ci dépense effectivement plus à chaque visite. Mais comme il vient moins souvent, un automobiliste dépenserait en moyenne 27 % de moins qu’un piéton, 12 % de moins qu’un cycliste et 3 % de moins qu’un usager des transports en commun.
L’étude de l’ADEME et de la Fubicy est corroborée par plusieurs recherches internationales sur le sujet. Elles montrent que le « fétichisme automobile » n’est pas l’apanage des commerçants français et que les effets de croyance sont encore très prégnants.

Manifestement empreint de ce fétichisme automobile que déplore le GART, Olivier Carré continue de répandre ce préjugé consistant à penser que la limitation de la place de la voiture en centre-ville aurait un impact défavorable sur le dynamisme commercial. Du coup, pas de discussion possible : l’option de neutralisation d’une voie de circulation automobile est arbitrairement écartée. « J’y suis totalement opposé », point final.
Malgré la révision en cours du Plan de Déplacements Urbains (PDU), il est clair que les dés sont pipés. Pourtant, dans les documents de pilotage rédigés et présentés par la métropole orléanaise elle-même, les objectifs réglementaires de ce PDU sont rappelés (objectifs énoncés à l’article 28.1 de la loi LAURE** du 30 décembre 1996 – plus de 20 ans déjà !), et tout particulièrement : la diminution du trafic automobile et le développement des transports collectifs et des moyens de déplacement économes et moins polluants, notamment l’usage de la bicyclette et la marche à pied…

À Orléans, « on » travaille apparemment sur une autre solution pour le pont George V, sans solliciter l’avis des usagers, et en posant comme préalable de ne pas porter atteinte au trafic automobile, autrement dit de ne surtout pas le diminuer… Comment dans ces conditions espérer un report modal efficace ?
La neutralisation d’une voie de tram pourrait bien compliquer la fluidité de circulation de ce transport en commun et ainsi altérer son attractivité. Elle suppose des travaux qui ne sont pas aussi anodins qu’il peut y paraître, à la charge du contribuable (on voit mal pourquoi le prestataire du réseau de transport accepterait de se compliquer la tâche tout en payant la facture…). Cette solution ne dit rien par ailleurs sur la façon dont les cyclistes pourront s’insérer sur la piste, au milieu du trafic, aux débouchés nord et sud du pont George V.

Mais surtout, sur le fond, il faudra bien un jour, y compris à Orléans, admettre que l’attractivité du centre-ville ne peut reposer sur la facilité d’accès en voiture : c’est une chimère que de penser pouvoir concurrencer sur ce plan les zones commerciales périphériques. L’atout du centre-ville se situe bien au contraire dans la convivialité des espaces publics et dans l’animation culturelle et festive, dans la création d’un espace public préservé de la pollution sonore, visuelle et atmosphérique, d’un espace qui met en valeur le centre-ville. De nombreuses villes sont en train de passer le cap des idées préconçues des années 60, encore trop vivaces en France, contrairement aux pays du nord de l’Europe. Strasbourg, Nantes, Grenoble, mais aussi plus récemment et plus proche de nous Angers ou Tours…
Nous y viendrons nécessairement à Orléans aussi, ne serait-ce que pour résoudre les problèmatiques de pollutions et pour répondre à la volonté d’une meilleure mise en valeur de la ville ; pourquoi diable le faire à reculons plutôt que d’en faire un atout ?

* ADEME, Fubicy, « Commerces de centre-ville et de proximité et modes non motorisés », Publication ADEME de 2004.
** Loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie.

Les pudeurs de phacochère, non merci…

Un bon nombre de militants de gauche, meurtris par les résultats du premier tour de la présidentielle, peinent à se prononcer pour le second, renvoyant dos à dos « le banquier et la fasciste ». « Ni Macron ni Le Pen » : pas de choix apparemment possible lorsque sont face à face la dictature de la finance et des marchés et la dictature national-populiste. Et pourtant non, quand bien même aucune des propositions ne convient, toutes les oppositions ne se valent pas.
Comment croire d’abord que dans un régime dirigé par le FN le pouvoir financier serait moins puissant qu’il ne l’est aujourd’hui, que les affairistes n’y trouveraient pas leur compte ou que les corruptions seraient combattues ? Si l’on peut retenir quelques leçons de l’histoire, force est de constater que de ce point de vue, il y a bien lieu de rejeter plus encore le FN. Par contre, il est tout à fait certain que favoriser l’accès au pouvoir du Front National serait en prime basculer dans un mode de gouvernance populiste et autocratique éminemment pernicieux. Non vraiment, tout ne se vaut pas dans le monde politique actuel, tout n’est pas pourri sans nuances et c’est faire crédit à la démagogie que de le laisser penser, en contribuant à crédibiliser les thèses nationalistes.

« Pour la première fois, le FN vient de dépasser les 20 % de voix à une élection présidentielle. Sa candidate y a établi le record de suffrages de son parti, avec 7,6 millions d’électeurs, soit 2,8 millions de plus que son père au premier tour de la présidentielle de 2002. Pour la deuxième fois en quinze ans, un parti nationaliste et xénophobe, manipulé par un clan familial cynique et affairiste, se qualifie ainsi pour l’échéance majeure de notre système politique. » Je reprends volontiers les mots d’introduction de Jérôme Fénoglio, directeur du Monde, dans son édito du lendemain de la soirée électorale du premier tour de l’élection présidentielle, afin de souligner le risque que font peser sur notre régime politique ceux qui s’essaient à une prospective politique hasardeuse.

Faisant le pronostic que Macron ne pourra être battu, certains estiment qu’il n’est pas utile de lui apporter leur voix. Se défausser ainsi d’un choix, c’est tout bonnement hypocrite. Le risque est en réalité loin d’être inexistant. Le FN joue à merveille la partition du populisme contre les élites, et l’on aurait tout à fait tort de sous-estimer dans un second tour de présidentielle le poids de cette posture démagogique, particulièrement en ces temps politiques déstabilisants. Les interrogations sur la complexité des reports de vote et l’abstention différentiée devraient à tout le moins inciter les militants les plus fervents à plus de circonspection.
On entend aussi parfois la volonté de voir Macron l’emporter avec un écart le plus faible possible, afin de prouver l’absence d’adhésion à son projet. On ne saurait mieux jouer avec le feu… D’autant qu’a contrario, un score de Le Pen particulièrement élevé, même si par bonheur il ne passe pas la barre fatidique, serait aussi une manière de conforter et de valider la position du FN, qui s’en trouverait pleinement légitimé. Quand bien même l’abstention serait forte, la portée symbolique d’un FN à plus de 40 % serait dévastatrice.

Considérons plutôt l’hypothèse que la victoire du Front National n’a jamais été aussi proche, et que ce n’est certainement pas le moment de s’en laver les mains ! Ne pas exprimer sa position dans ce contexte est perfide : nous pourrions bien avoir au final une élue dont les pouvoirs sont loin d’être négligeables, quand bien même le soutien total du parlement ne lui serait pas acquis.

Marine Tondelier, Nouvelles du FrontVivre sous la gouvernance du Front National, même lorsque celui-ci s’efforce d’apparaître aussi respectable que possible, cela n’a rien d’anodin. Par-delà les menaces directes sur tous ceux que le FN stigmatise, c’est une chape de plomb qui s’abat, des relations humaines qui changent même avec vos voisins de quartier. Ce sont des menaces immédiates sur les libertés publiques et privées, sur la liberté d’expression tout particulièrement, sur le monde associatif et culturel. Il faut lire le témoignage de Marine Tondelier, élue minoritaire dans une commune dirigée par le FN, pour mieux comprendre le basculement insidieux dans les relations sociales que nous aurions à subir au quotidien. « Les réseaux sociaux sont devenus des déversoirs de haine. La délation est encouragée. Le journal municipal met publiquement à l’amende ceux qui ne vont pas dans le sens du pouvoir en place pour encourager les autres à qui pourrait venir cette folle idée de s’en abstenir. Les responsables associatifs doivent coopérer et être discrets ou en subir les conséquences. Les employés municipaux sont mis au pas au-delà de ce que leur imposerait le devoir de réserve. La Voix du Nord est harcelée par la municipalité qui clame qu’elle aura la peau de ce journal issu de la résistance. En somme une série de provocations pour masquer l’absence de projet d’avenir pour notre ville. » À l’échelle nationale et dans le contexte actuel de politique internationale et de risque d’attentats, une instrumentalisation par le FN de l’état d’urgence nous plongerait rapidement dans le quotidien d’un État policier particulièrement répressif.

Au second tour de la présidentielle Française version 5e république, voter pour un candidat n’a jamais été une marque de soutien, loin de là. Le mode d’élection présidentielle est certes devenu totalement inopérant et dangereux. Il est pourtant celui qui prévaut encore malheureusement pour cette consultation, laquelle va déterminer le régime politique des années à venir. Il nous impose d’arbitrer entre deux propositions dont les conséquences seront bien évidemment différentes. Refuser cet arbitrage est irresponsable et consisterait, quoi qu’il en advient, à donner plus de voix et de poids à ceux qui continueront à agiter peurs et divisions pour prospérer.

Le « plafond de verre » ne doit pas être brisé, ni la ligne rouge franchie… Doigt et engrenage, peu importe la métaphore : rien ne permet de dire que la transgression des valeurs républicaines ne serait qu’un coup de semonce permettant à l’humanisme de se réveiller. Il s’agirait en réalité plutôt à notre préjudice d’une nouvelle occasion d’encourager, d’amplifier le choix du repli sur soi, de la discrimination et de la stigmatisation, qui tendent à s’imposer un peu partout en Europe et dans le monde.

Exprimons sans réserve un rejet inconditionnel du FN et de ce qu’il représente.

Attractivité culturelle (suite) : entre-nous soit dit, Orléans est Grand

« Les amateurs orléanais d’Opéra par exemple, puisqu’Orléans n’a pas d’Opéra, rêvent d’aller à passer une soirée à l’opéra de Lyon en 1h30 par la ligne de TGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon, dont nous rêvons. »
Pour accueillir Jean-François Marguerin, invité d’honneur, et pensant que celui-ci arrivait de Lyon (pour avoir récemment assumé la direction régionale des affaires culturelles en Rhône-Alpes), Philippe Bel donna le cap de la conférence du Lions Club sur « le rayonnement et l’attractivité du Grand Orléans ».

Voilà ce dont il s’agissait manifestement pour le gotha de la sphère culturelle invité par le Lions Club à débattre sur l’avenir de la politique culturelle orléanaise : envisager comment elle pourra magnifier l’excellence orléanaise aux yeux de tous. L’enjeu étant probablement d’attirer les visiteurs de toute la France, mais aussi de l’Europe entière n’en doutons pas. Culture et TGV pour tous… Lorsqu’il s’agit de passer une soirée d’enrichissement culturel, quel Orléanais, de La Source au centre-ville, ferait la fine bouche ?

Philippe Bel souhaitait que l’orateur invité « aide les Orléanais à y voir plus clair, les rassure, et leur dise qu’ils ont eu raison de choisir le levier de la culture pour qu’Orléans rayonne davantage encore, jusqu’à Lyon, Paris et plus loin encore ». J.-F. Marguerin commença par répondre qu’en réalité il venait de Paris, mais il ne précisa pas si son train de ligne régulière avait eu du retard ou non. Et la suite de son intervention montrera que pour être pleinement rassuré sur cette vision du développement culturel orléanais, mieux eut valu inviter quelqu’un d’autre : l’ambition et l’attractivité d’une offre culturelle prestigieuse ne fut pas son propos, et il insista davantage sur la mise en danger de la diversité culturelle et de la capacité à prendre des risques artistiques, du fait de besoins financiers structurellement en hausse dans un contexte de réduction des financements publics et privés. Il évoqua aussi les dangers de la « métropolisation » : l’offre ayant tendance à se concentrer sur les grands centres urbains en laissant dans le territoire des interstices totalement à l’abandon.
Je reviendrai sur son intervention au moment de conclure la soirée, qui jeta un autre pavé dans la mare…

Dans l’intervalle, la richesse de l’offre culturelle orléanaise fut exposée, à l’exception notoire des lieux moins institutionnels, plus indépendants et éventuellement irrévérencieux, comme le 108 ; Frédéric Robbe fut un invité inopiné pour une intervention hors « plan de table », permettant de rappeler le rôle moteur de l’Astrolabe, peu fréquenté par le public de la conférence, et de ses outils d’action pour l’émergence des jeunes artistes ; ou encore les propositions « no format » comme celles d’Arnaud Méthivier avec le CIRA, qui n’est d’ailleurs même pas recensé dans le « réseau culturel » de la métropole publié par le Lions Club…

De fait, la période est tout à fait propice à la richesse des propositions culturelles : la ville d’Orléans affiche un beau volontarisme pour faire avancer de nombreux projets qui étaient en attente, en revendiquant cette ambition (issue du star-system ?) de figurer dans le « top 20 des métropoles culturelles », dira Nathalie Kerrien (dans la mesure où il y aura 22 métropoles en 2018, le défi devrait pouvoir être relevé). Plusieurs institutions ont procédé par ailleurs à un renouvellement récent de direction, et le dynamisme que cela apporte est clairement extrêmement positif. L’objectif d’effervescence prend corps, et la ville en vient à ériger l’« incubateur » comme modèle vertueux. Il y a eu le Labo pour le numérique, il y aura les vinaigreries pour les plasticiens et la volonté annoncée le soir même par Olivier Carré de créer également dans les années à venir un incubateur pour les troupes de création théâtrale. Une perspective qui ne manque pas d’intérêt, même si l’on se demande pourquoi ces incubateurs ne sont pas conçus en interdépendance. Que chacun soit dans sa bulle couveuse est un non-sens au regard des expériences, ici ou là, de réhabilitation de friches urbaines : les conditions d’émergence de formes nouvelles sont souvent portées par les confrontations d’univers totalement différents, de pluralité et de diversité des origines culturelles, de mélange des publics.

On retrouva donc dans cette présentation exactement les mêmes considérations que celles qui furent mises en avant lors des « Assises de la culture » tenues en 2013. Richesse de l’offre, difficultés à la faire connaître… Ces « assises », il y a 4 ans maintenant, n’auraient-elles pas été insuffisamment suivies d’effets ? Nous ne sommes pas allé plus loin en 2017 qu’en 2013, et en sommes resté aux promesses de la soirée : valoriser des « pôles d’excellence » pour « tirer la culture orléanaise vers le haut ». la grandeur d’Orléans a été portée avec fierté, un peu comme si, malheureusement, elle avait besoin d’un discours d’autosuggestion.
Les questions de fréquentation et de diversité des publics, qui est pourtant depuis longtemps prise en compte dans la construction des projets de nos institutions culturelles, la question des pratiques amateurs, du dynamisme des associations de quartier… Culture et qualité de vie au quotidien, ce n’était pas le propos. Mais c’est sans doute cette manière de poser la problématique avec la perspective d’un « haut » de la culture destiné à porter la politique de valorisation de la ville qui biaise la démarche. Les décideurs politiques et économiques doivent-ils décider de l’identité culturelle du territoire ? Ne serait-ce pas plutôt aux acteurs culturels, et à leur public, de la construire et de la faire vivre ?

C’est en ce sens que l’invité d’honneur Jean-François Marguerin fut amené à conclure sur une note en décalage avec la tonalité de la soirée :

On a entendu ce soir une volonté politique culturelle très forte de la part des élus ici représentés, je n’en doute pas une seconde. Nous appartenons à ce même volontarisme, les uns et les autres, où nous sommes. Je voudrais quand même signaler, juste pour bien mesurer l’ampleur de la tâche (…) : il y a eu récemment un grand colloque à l’initiative du ministère de la Culture, qui s’intitulait « Comment sortir de l’entre-soi ? » On voit bien qu’on a un problème ! Un sérieux problème.
La deuxième chose que je veux dire, c’est que l’on a comme indicateur depuis longtemps les chiffres du département des études et de la prospective du ministère de la Culture sur l’offre culturelle instituée, et malheureusement le gain démocratique n’est pas là. Décennies après décennies, on recule ! Une étude récente de Jean-Michel Guy montre à quel point le problème que nous avons est que les jeunes ont une acception de la culture qui ne passe pas par l’offre culturelle telle que nous la concevons, telle que nous la vivons et surtout telle que nous en bénéficions.

L’offre culturelle vue par le prisme du prestige et de la fierté incarnée par le TGV… en mettant de côté la problématique de la démocratisation culturelle. N’en déplaise à Philippe Bel, l’excellence ferroviaire n’est pas accessible à tous, et ne concerne pas le quotidien des Orléanais, qui aimeraient des modes de transport performants pour leurs déplacements journaliers. Sans nul doute en est-il de même pour leurs activités culturelles.

Attractivité : la culture vue à travers le prisme d’un classement des villes ?

Le Lions Club « Orléans Université » pose ce soir, dans le cadre de la Chambre de commerce et d’industrie, encore pour quelque temps dans le bâtiment prestigieux de la place du Martroi (tout cela donne le ton), la question de l’accès de la ville au « top 15 des villes culturelles de France ». Il convient de préciser que le cycle de conférences dans lequel est programmé le « symposium » de ce soir entend poser la ligne directrice du « rayonnement et (de) l’attractivité du Grand Orléans ». « Orléans, culture et vitalité, libérer la créativité pour la vie et l’économie. »
Soyons honnêtes, la question est mieux posée dans les lignes qui suivent la présentation de cette conférence : « L’important pour Orléans est-il vraiment d’être dans le top 15 des villes culturelles de France ou plutôt de s’affirmer comme le berceau d’une créativité bien à elle, contemporaine et inspirée par son patrimoine et son histoire, pour nourrir et embellir la vie de ses habitants et la vitalité de son économie ? », et la participation de Jean François Marguerin, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Culture, est annoncée comme un rappel du rôle de l’action culturelle publique : la démocratisation de l’accès aux œuvres d’art comme fondement politique de la dépense publique en faveur de la culture.

Le Lions Club « Orléans Université » dit encore que ces conférences-débats portent « sur les sujets de société liés au quotidien des habitants de l’agglomération ». S’il s’agit du quotidien des Orléanais, ne faudrait-il pas parler avant tout des pratiques culturelles des uns et des autres, et particulièrement des pratiques amateurs, de l’action éducative, ou encore des structures culturelles de proximité ? À moins que ces problématiques ne soient pas considérées comme relevant de l’attractivité du territoire ?

La région Centre Val de Loire a organisé il y a peu ses états généraux de la culture, afin d’accompagner « les profondes évolutions de la culture en s’appuyant sur l’extrême diversité culturelle de tous ses territoires », dans une optique donc, on l’espère en tous cas, d’aménagement culturel vu sous l’angle de la solidarité territoriale plutôt que de la compétitivité liée à un « Top 15 » des villes… Cette concertation est encourageante, même s’il semble bien inopportun que dans le même temps la région ait décidé de casser l’outil qui permettait justement de donner du sens à tout cela dans les années à venir et de soutenir le développement des bonnes pratiques sur tout le territoire, à savoir Culture O Centre.

La ville d’Orléans avait lancé en 2013 un dispositif d’« assises de la culture », destiné à faire de l’écoute des acteurs culturels et des artistes « une idée fixe ». Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, avait d’ailleurs par la suite affirmé que ces assises se tiendraient régulièrement afin de soutenir le dialogue. Il n’y a pas eu de suite, et ce sont plutôt les annonces de suppression ou de création d’événements et de projets qui rythment la politique culturelle de la ville, sans que les décisions aient été préalablement concertées.
le cadre de réflexion est apparemment à Orléans le même que celui de la conférence initiée par le Lions Club ce soir : les préoccupations portent sur l’offre culturelle, sa qualité, sa quantité, voire son « identité » orléanaise (??), éléments considérés comme susceptibles de soutenir l’attractivité de la ville et son économie. Considérer la demande et les pratiques est une autre affaire, qui semble être considérée comme ne relevant pas de la vitalité et de l’économie de la ville. Diversité et accès de tous les publics, dynamisme des pratiques amateurs, structures culturelles des quartiers… Pas sûr pourtant que cela ne soit pas aussi et d’abord par ces biais que l’on construise l’attrait des citoyens pour la ville et sa qualité de vie au quotidien.

La métropole, mais pas pour de mauvaises raisons

À l’inverse de certains élus tourangeaux, la majorité orléanaise saura-t-elle résister aux inspirations belliqueuses pour défendre les avantages du statut de métropole ? Le conseil municipal de Tours a validé samedi dernier la transformation de la communauté urbaine en métropole, et si l’on en croit le compte rendu d’Olivier Collet pour infos-tours.fr, cela a donné l’occasion à Xavier Dateu et Sophie Auconie de témoigner de leur état d’esprit :

(…) ce virage vers Tours Métropole Val de Loire ne signifie pas pour autant que tous les problèmes sont résolus : « on ne va pas se voiler la face, on est toujours en compétition » a souligné l’adjoint au maire Xavier Dateu sur la même ligne que sa collègue Sophie Auconie qui a réactivé la guéguerre Tours-Orléans : « il faut faire en sorte que les entreprises comme Amazon ne choisissent pas Orléans mais Tours. » Alors qu’Orléans va aussi devenir métropole et que la région espérait que ce statut décroché par les deux grandes villes du Val de Loire allaient les rapprocher, on vient de faire la démonstration que ce n’était pas prêt d’être gagné…

 
Espérons que nous n’aurons pas le même type de remarques sur les bancs du conseil municipal d’Orléans. Cela reste une crainte, tant la conception de certains reste axée sur le « contexte de renforcement de l’intercommunalité et de compétition entre les territoires ». La ligne de démarcation n’est pas toujours bien précise entre compétition et concurrence, et l’affrontement l’emporte souvent sur la complémentarité, le duel sur le travail en commun. Que le meilleur gagne ! … et malheur au perdant bien sûr.

En envisageant les collectivités territoriales comme des entreprises dans un univers concurrentiel, on en oublie parfois l’absurdité qu’il y aurait à ce que la métropole orléanaise se développe dans la prospérité s’il s’agit que dans le même temps les tourangeaux éprouvent les pires difficultés parce que l’activité se concentrerait sur Orléans. Ou inversement. Tours et Orléans continueront probablement à s’affronter, pour le prestige du « rayonnement » régional, avec tous les dégâts collatéraux que cela peut induire, mais cette préoccupation doit par ailleurs être avant tout prise en considération au regard de la dévitalisation des villes moyennes et petites de la région, qui souvent font les frais de ces combats de territoires destinés à accaparer le développement économique. Pourtant, quel sens cela a-t-il qu’Orléans ou Tours se portent bien si c’est au détriment des communes moyennes de leurs bassins de vie ?

L’échelle de la métropole peut s’avérer extrêmement pertinente pour la gestion de certaines politiques publiques comme l’eau potable, les déplacements (et l’urbanisme de manière générale) ou la préservation de la biodiversité. Mais y compris sur ces sujets, s’il n’y a pas de concertation constructive avec l’échelon régional pour une action équilibrée sur l’ensemble du territoire, alors les efforts, aussi combatifs soient-ils, seront vains. Pas pour tous bien sûr, mais assurément pour une majeure partie de la population qui n’aura pas la chance de pouvoir rejoindre le grand vainqueur de la compétition territoriale.

Asphyxie des villes : enquête de culpabilité

Olivier Razemon a parcouru les rues d’Orléans en septembre 2014, venu présenter son livre « Le pouvoir de la pédale » à l’occasion du premier Parking Day. Il revient dès ce vendredi à la faveur de la journée « sauvons nos villes, sauvons nos sols ! » organisée samedi 11 mars par SPLF45 sur le site en périphérie de Saint-Jean de Braye menacé par l’implantation d’une grande zone commerciale dédiée aux sports.
Avant le débat « Ville meurtrie, promesses d’emplois non tenues : pourquoi et comment stopper l’extension des zones commerciales ? », demain samedi à 17 h 30, Olivier Razemon présentera son nouvel ouvrage « Comment la France a tué ses villes » à la Librairie Nouvelle ce 10 mars à 18 h 30. Spécialiste « impatient » de la mobilité quotidienne, il nous avait expliqué comment le vélo pouvait sauver nos sociétés cabossées. Dans ce nouvel ouvrage, il décrypte le phénomène de dévitalisation qui touche de très nombreuses villes moyennes. L’éclairage et le point de vue changent, mais c’est encore l’étalement urbain et l’usage quasi-exclusif de la voiture qui est interrogé, par révélation des maux qu’ils provoquent sur notre société, sur notre qualité de vie ensemble.

La place de la voiture dans la conception de notre urbanisme, et la mise en cause de l’idée reçue que ce mode de déplacement envahissant serait indispensable à la vitalité commerciale du centre-ville, l’idée inverse de la nécessité de « pacifier » les déplacements en hypercentre pour aménager un espace agréable à vivre, favorable à la flânerie et aux commerces. Une réflexion à accompagner bien sûr de la mise en cause définitive du développement de l’urbanisme commercial en périphérie des villes qui a prévalu ces dernières décennies, décisions de stratégies offensives de la grande distribution, généralement soutenues par les pouvoirs publics locaux.

Quelques membres du collectif Vélorution orléanaise ont eu l’occasion de rencontrer récemment Élisa Pinault, présidente de l’association de commerçants « les vitrines d’Orléans », pour évoquer de façon pour le moment très informelle les difficultés d’accès au centre d’Orléans. Le constat est partagé : tant cyclistes que commerçant du centre-ville souhaitent la vitalité du « cœur de ville ». C’est là que les premiers font leurs courses (et non bien sûr dans les centres commerciaux de périphérie, absolument pas adaptés et accueillants pour les déplacements à vélo), et que les seconds veulent attirer la clientèle.
La discussion est à poursuivre, car la vision de la place de la voiture dans ce paysage urbain n’est pour le moment pas particulièrement en phase. Paradoxalement dirais-je, puisque l’on peut argumenter, en suivant Olivier Razemon notamment, que l’intérêt des commerçants de centre-ville est précisément d’en finir avec « le royaume de la voiture immobile ».
Le dialogue pour trouver des solutions se poursuivra entre commerçants, cyclistes et piétons. Dans l’attente, Vitrines d’Orléans et Élisa Pinault, venez débattre ce soir avec Olivier Razemon. Il connaît, pour y avoir travaillé depuis plusieurs années, le sujet en profondeur, et les échanges que vous pourrez avoir apporteront certainement une meilleure compréhension face à cet enjeu majeur pour notre façon de vivre la ville.

Fillon à Orléans : acharné sans doute, durable certainement pas

François Fillon revendique la stratégie du pilote de course, et entend pousser son moteur le plus loin possible. Le véhicule est un peu accidenté, il perd de l’huile, le pot d’échappement crache un épais nuage de fumée noire, au point que son équipe est asphyxiée, mais rien n’empêchera le conducteur de rester sur la piste. Un candidat durable, comme il viendra sans doute l’affirmer encore à Orléans ce soir, en évoquant le développement du même nom et en confondant comme souvent ce qui est « soutenable », c’est-à-dire ce que nous engager sans gâcher les ressources des générations futures, et ce qui consiste à croire en une croissance perpétuelle et infinie.

Le programme de François Fillon en termes d’environnement, d’énergie et d’agriculture est sans nul doute l’un des plus rétrogrades qui soient. Il y a peu de temps, interrogé sur RTL, Nicolas Hulot s’est dit « désolé » par les idées de François Fillon. « C’est dommage que quelqu’un qui visiblement est proche des milieux catholiques n’ait pas été plus inspiré par l’encyclique du pape » sur l’environnement.
Il y a 10 ans, Serge Grouard signait le pacte écologique proposé par Nicolas Hulot. Aujourd’hui le programme du candidat qu’il soutient avec entêtement propose un projet qui prône la relance du nucléaire, de la recherche sur les OGM et les gaz de schiste, qui veut, entre autres réjouissances, bannir le principe de précaution pourtant inscrit depuis 2005 dans la constitution, et mettre fin aux subventions aux énergies renouvelables…
En ce qui concerne le nucléaire, aucune allusion bien sûr aux risques d’accident, à la nécessité d’importer l’uranium, ressource qui n’est pas inépuisable, au traitement des déchets, et au coût financier qui explose. Pour Nicolas Hulot : « Les faits sont là, et notamment d’un point de vue économique c’est un mode de production énergétique qui nous emmène dans des dérives financières absolument terrifiantes ».
En libéral farouche, rejoignant la logique et le discours de Trump aux États-Unis, Fillon conspue « l’overdose normative » et veut exonérer nos entreprises des normes qui les « pénalisent ». Jusqu’à mettre en cause le principe de précaution en cas de risque sur l’environnement. « Revenir en arrière serait une régression » souligne à ce sujet Nicolas Hulot.
Bref, une lignée qui laisse envisager les pires dérives. Nous écouterons les annonces faites à Orléans ce soir, mais si elles sont dans la même veine, le pour-toujours candidat Fillon restera le très mauvais élève de la protection de l’environnement.

Dans cette campagne présidentielle, François Fillon s’est disqualifié tout seul, et Serge Grouard ne sera pas ministre du Développement durable. Et c’est tant mieux : il aurait dû appliquer un programme, coordonné par lui-même dit-on, qui n’a rien de soutenable.

Une soirée comme une autre : pollution forte !

Les conditions climatiques ce soir sont assez habituelles, rien dans les médias n’attirera notre attention sur la pollution de l’air que nous respirons. Pourtant, si l’on consulte Plume Labs, petite application sur smartphone, et son « Plume Air Report » ciblé sur la ville d’Orléans, mieux vaudra en soirée ne pas forcer en pratiquant un sport de plein air, ni en faisant du vélo, mieux vaudra aussi éviter d’exposer son bébé à l’air urbain ! Pollution forte, indice 66 pour les particules fines PM2.5 (35 en moyenne annuelle, et nous étions aux alentours du 20 janvier dernier à près de 100). Quels sont les risques, nous dit Plume à propos de ces particules : « Elles sont la cause de nombreuses allergies nasales. S’y exposer est un facteur de risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires, et de cancer du poumon. »

Il y a dans cette application, qui s’appuie sur les données de Lig’Air, de nombreuses autres explications sur les polluants de l’air et sur les pics de pollution. Pas de quoi se rassurer, mais sans doute de se décider à ne pas attendre les bras croisés les prochaines alertes des agences de santé et des pouvoirs publics nous enjoignant de nous calfeutrer chez nous en évoquant les 48 000 morts prématurées chaque année en France.

La pollution atmosphérique devient une maladie chronique de nos villes. Comme s’il fallait s’habituer à éviter d’aller se promener avec un bébé, à ne pas pouvoir aller faire un footing ou une balade sportive à vélo… Comme s’il devenait banal de conseiller à des personnes âgées de rester chez elles et de ne pas faire d’effort ! Attention aux beaux jours : pour reprendre la formule d’Éloi Laurent, désormais, quand il fait beau, il fait sale !

La préfecture du Loiret a imposé, lors du dernier pic de pollution, de limiter la vitesse de 20 km/h sur les grands axes. Si l’on en croît le reportage diffusé sur France bleu Orléans à l’époque, tout cela ne semble pas préoccuper grand monde (Reportage sur les routes du Loiret : « la pollution ? On s’en fout ! »). Pourtant, Christian Braux, le vice-président d’Orléans Métropole en charge de l’environnement y déclarait prendre les choses au sérieux. « Mais la circulation alternée, c’est une mesure qui ne peut être décidée que par le préfet du Loiret. »
Faux.
Depuis le 17 août 2015, la loi dite de « transition énergétique » stipule que « pour lutter contre la pollution atmosphérique, des zones à circulation restreinte peuvent être créées dans les agglomérations (…) par le maire ou par le président [de l’agglomération] lorsque celui-ci dispose du pouvoir de police de la circulation, sur tout ou partie du territoire de la commune ou [de l’agglomération]. » Un arrêté peut déterminer les mesures de restriction de circulation applicables et les catégories de véhicules concernés. Il convient bien sûr de discuter de tout cela avec le préfet et le président du Département pour ce qui concerne les axes dont le Département à la responsabilité, mais c’est tout à fait possible. C’est ainsi que Grenoble a procédé pour mettre en place lors des pics de pollution de janvier une série de mesures issues d’un protocole d’accord partenarial sur les pics de pollution de l’air signé notamment avec l’État et le syndicat mixte des transports en commun.

Nous avons donc désormais les outils pour anticiper ces situations qui risqueraient de devenir notre quotidien.
Crit’air, pour agir en urgence, mais aussi et surtout une sensibilisation aux alternatives qui donneront à chacun une solution de repli intéressante pour éviter d’utiliser sa voiture : gratuité des transports collectifs, soutien volontariste aux Plans de Déplacement Entreprise et à l’application de l’Indemnité Kilométrique Vélo, idées pour avantager le covoiturage…
Et bien sûr favoriser enfin véritablement le vélo, comme on le claironne officiellement depuis longtemps dans le PDU (plan de déplacements urbains) ou dans le PPA (Plan de Protection de l’Atmosphère), selon de belles paroles qui restent souvent de simples vœux pieux.
Les résultats dévoilés récemment par l’Insee montrent que la part des déplacements vélo pour le travail dans notre métropole est malheureusement très en deçà de celle de Strasbourg bien sûr, mais aussi de Tours ou d’Angers, ce qui est préoccupant. Progresser sur ce terrain, c’est grignoter petit à petit sur les émissions polluantes dans nos rues, et gagner pour notre santé.

Elle n’existe pas, mais il faudrait l’inventer : la vignette Crit’air bleu ciel, zéro pollution, pour les vélos !

Soit dit en passant, et puisque la question est souvent posée de savoir s’il est bien raisonnable d’enfourcher son vélo en respirant un air vicié, toutes les infos les plus sérieuses concordent : il ne faut pas faire de gros efforts en pédalant mode sportif en compétition, mais utiliser une voiture ne fait qu’aggraver les choses y compris pour soi-même. Dans l’habitacle fermé d’une voiture, l’exposition aux polluants est beaucoup plus forte !
Plume cite à ce sujet une étude menée en Angleterre : « en voiture, l’on s’expose à plus du double de la pollution de l’air que respire un piéton… et plus de huit fois la dose de pollution que subit un cycliste ! »

Au fait, au volant de votre voiture, plutôt que de vous agacer lorsque un.e cycliste encombre « votre » route, remerciez-la ou remerciez-le : en se déplaçant à vélo, le ou la cycliste protège non seulement sa propre santé, mais aussi celles de 2 autres personnes ! Dans son édito du Monde du 30-31 octobre 2016, « Pédalez sans crainte », Stéphane Foucart mentionnait les calculs de chercheurs néerlandais :

La réduction de mortalité ne profite pas seulement aux cyclistes nouvellement convertis : la pollution et les accidents de la route évités entraînent une baisse de mortalité pour l’ensemble de la population. Schématiquement, un individu renonçant à sa voiture pour parcourir chaque jour une douzaine de kilomètres à vélo offre gracieusement à environ deux autres personnes le même gain moyen d’espérance de vie qu’il s’est octroyé en changeant ses habitudes.

Bientôt 50% de bio dans les cantines d’Orléans

Il y aura du bio dans les cantines orléanaises. L’annonce en a été faite par Florent Montillot lui-même à l’occasion du Conseil Municipal d’Orléans du 10 octobre 2016, et cela sera par la force des choses confirmé lorsqu’il s’agira de préciser le cahier des charges du futur délégataire de ce service public. « Je ne fixe pas de cap », a-t-il annoncé, en rappelant toutefois les objectifs du Grenelle de l’environnement, qui fixait la part à 20%, et l’amendement récemment défendu devant le parlement qui hisse le repère à 40% de produits locaux et 20% sur le bio.
Cet amendement visant « à favoriser l’ancrage territorial de l’alimentation » a eu un parcours législatif compliqué, validé il y a déjà plusieurs mois et à l’unanimité par le parlement, il a été systématiquement bloqué par les sénateurs. Dernier épisode en date au cours des navettes d’une chambre à l’autre, il vient d’être réintroduit dans le cadre de la loi « égalité et citoyenneté » et une nouvelle fois validé par l’Assemblée Nationale.
Celle-ci ayant le dernier mot, cette mesure doit être définitivement entérinée en janvier 2017. Entrera alors en vigueur, pour 2020, la proportion indiquée par Florent Montillot : les restaurants collectifs publics devront proposer à leurs convives 40% de produits durables (de saison, de qualité, issus de circuits courts…), dont 20% de produits bio.

Cette mesure de soutien à l’alimentation de proximité et à l’agriculture locale, que revendique Florent Montillot, est également souhaitée par 76% des français (Sondage IPSOS de janvier 2015). Mais l’élu orléanais, qui aime à se présenter comme homme de défi, a clairement indiqué qu’il n’en resterait pas là :

Nous, nous serons bien au-delà de la volonté nationale.

L’objectif qu’il se fixe est beaucoup plus ambitieux : les repas collectifs préparés par la cuisine centrale comporteront, aussi vite que possible, 100% de produits locaux. Bien au-delà donc en effet des 40% attendus par la loi pour 2020. Et pour ce qui concerne le bio, cela nous mène à un objectif de l’ordre de 50%, pas si utopique qu’il pourrait y paraître au premier abord, puisque des communes comme Saint-Etienne l’ont d’ores et déjà atteint.

« Manger, choisir la nourriture servie aux enfants, aux jeunes, aux malades, aux personnes résidant en EHPAD, est bien un choix responsable, politique et citoyen. » Et par-delà cette responsabilité, M. Montillot a 1000 fois raison : il s’agit de structurer la filière locale et de sauver, dans la proximité, les agriculteurs. Il en sera de même pour donner un salutaire coup de pouce à ceux qui font la démarche de passer au bio, d’autant que l’amendement cité ci-dessus a eu l’intelligence d’inclure les surfaces agricoles en conversion à la production biologique.
Le levier de la restauration collective, outil très efficace localement, permettra ainsi de soutenir les agriculteurs de la région et de contribuer à assurer un égal accès pour tous à une alimentation saine.
Le nouveau contrat de gestion des cantines orléanaises va donc très rapidement rompre avec un engagement extrêmement timide envers les produits de saison, locaux et bio, qui prévalait ces dernières années. Compte tenu de l’importance des enjeux économiques et environnementaux, il y a lieu de s’en féliciter!

Orléanocide : assassinat de festival orléanais dans un bureau fermé de l’intérieur

Les décisions de politique culturelle orléanaise se suivent et se ressemblent, abruptes et unilatérales. Sous forme d’annonces dans la presse, autant pour la fin d’un événement que pour la création d’un autre. Aujourd’hui, c’est Orléanoïde qui meurt poignardé, dans un revirement inattendu, après de nombreuses annonces quant à une orientation marquée sur le numérique et l’innovation. Mais si le Lab’O a le vent en poupe, c’est pour communiquer sur les startups high-tech et le e-commerce, et personne ne semble décidément comprendre ce qui est pourtant une évidence ailleurs : c’est dans le brassage et le métissage, dans la confrontation avec les artistes – entre autres – que les idées novatrices naissent.
Lorsqu’a lieu un « startup week-end », les spécialistes se rengorgent d’une innovation permise par les rencontres fortuites, ce que l’on nomme pompeusement la sérendipité, pour s’émerveiller de ce que les créatifs peuvent apporter aux entreprises du numérique.
Mais lorsqu’il s’agit d’ouvrir les portes du Lab’O ou de confirmer son soutien à un festival comme Orléanoïde, toutes ces belles intentions sont vite oubliées.

Il y a à peine plus d’un an, fin 2014, Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, déjà dans la polémique et les incertitudes sur ce qui serait conservé des événements culturels orléanais, réaffirmait son intention de prolonger les « assises de la culture » tenues en 2013. « Et je compte bien également en organiser de façon régulière, de façon à rester en contact permanent avec les attentes des artistes et des créateurs orléanais ». C’était même, surenchérissait Serge Grouard, alors encore maire, une « idée fixe ».
Une idée bien vite oubliée pourtant.

Qu’importe si certaines propositions d’un festival déçoivent les uns ou les autres, il faut du temps et de la concertation pour qu’une manifestation puisse tâtonner, inventer, surprendre, et s’installer.
On nous annonce un nouveau festival, les « voix d’Orléans », concocté manifestement dans le plus grand secret de bureaux aux portes verrouillées de l’intérieur. Combien de temps aura-t-il sa chance, et comment imaginer, s’il n’a pas été porté par une implication aussi large que possible des acteurs culturels et des publics dans toute leur diversité, qu’il puisse démarrer sur de bonnes « assises » ?