La métropole, mais pas pour de mauvaises raisons

À l’inverse de certains élus tourangeaux, la majorité orléanaise saura-t-elle résister aux inspirations belliqueuses pour défendre les avantages du statut de métropole ? Le conseil municipal de Tours a validé samedi dernier la transformation de la communauté urbaine en métropole, et si l’on en croit le compte rendu d’Olivier Collet pour infos-tours.fr, cela a donné l’occasion à Xavier Dateu et Sophie Auconie de témoigner de leur état d’esprit :

(…) ce virage vers Tours Métropole Val de Loire ne signifie pas pour autant que tous les problèmes sont résolus : « on ne va pas se voiler la face, on est toujours en compétition » a souligné l’adjoint au maire Xavier Dateu sur la même ligne que sa collègue Sophie Auconie qui a réactivé la guéguerre Tours-Orléans : « il faut faire en sorte que les entreprises comme Amazon ne choisissent pas Orléans mais Tours. » Alors qu’Orléans va aussi devenir métropole et que la région espérait que ce statut décroché par les deux grandes villes du Val de Loire allaient les rapprocher, on vient de faire la démonstration que ce n’était pas prêt d’être gagné…

 
Espérons que nous n’aurons pas le même type de remarques sur les bancs du conseil municipal d’Orléans. Cela reste une crainte, tant la conception de certains reste axée sur le « contexte de renforcement de l’intercommunalité et de compétition entre les territoires ». La ligne de démarcation n’est pas toujours bien précise entre compétition et concurrence, et l’affrontement l’emporte souvent sur la complémentarité, le duel sur le travail en commun. Que le meilleur gagne ! … et malheur au perdant bien sûr.

En envisageant les collectivités territoriales comme des entreprises dans un univers concurrentiel, on en oublie parfois l’absurdité qu’il y aurait à ce que la métropole orléanaise se développe dans la prospérité s’il s’agit que dans le même temps les tourangeaux éprouvent les pires difficultés parce que l’activité se concentrerait sur Orléans. Ou inversement. Tours et Orléans continueront probablement à s’affronter, pour le prestige du « rayonnement » régional, avec tous les dégâts collatéraux que cela peut induire, mais cette préoccupation doit par ailleurs être avant tout prise en considération au regard de la dévitalisation des villes moyennes et petites de la région, qui souvent font les frais de ces combats de territoires destinés à accaparer le développement économique. Pourtant, quel sens cela a-t-il qu’Orléans ou Tours se portent bien si c’est au détriment des communes moyennes de leurs bassins de vie ?

L’échelle de la métropole peut s’avérer extrêmement pertinente pour la gestion de certaines politiques publiques comme l’eau potable, les déplacements (et l’urbanisme de manière générale) ou la préservation de la biodiversité. Mais y compris sur ces sujets, s’il n’y a pas de concertation constructive avec l’échelon régional pour une action équilibrée sur l’ensemble du territoire, alors les efforts, aussi combatifs soient-ils, seront vains. Pas pour tous bien sûr, mais assurément pour une majeure partie de la population qui n’aura pas la chance de pouvoir rejoindre le grand vainqueur de la compétition territoriale.

Asphyxie des villes : enquête de culpabilité

Olivier Razemon a parcouru les rues d’Orléans en septembre 2014, venu présenter son livre « Le pouvoir de la pédale » à l’occasion du premier Parking Day. Il revient dès ce vendredi à la faveur de la journée « sauvons nos villes, sauvons nos sols ! » organisée samedi 11 mars par SPLF45 sur le site en périphérie de Saint-Jean de Braye menacé par l’implantation d’une grande zone commerciale dédiée aux sports.
Avant le débat « Ville meurtrie, promesses d’emplois non tenues : pourquoi et comment stopper l’extension des zones commerciales ? », demain samedi à 17 h 30, Olivier Razemon présentera son nouvel ouvrage « Comment la France a tué ses villes » à la Librairie Nouvelle ce 10 mars à 18 h 30. Spécialiste « impatient » de la mobilité quotidienne, il nous avait expliqué comment le vélo pouvait sauver nos sociétés cabossées. Dans ce nouvel ouvrage, il décrypte le phénomène de dévitalisation qui touche de très nombreuses villes moyennes. L’éclairage et le point de vue changent, mais c’est encore l’étalement urbain et l’usage quasi-exclusif de la voiture qui est interrogé, par révélation des maux qu’ils provoquent sur notre société, sur notre qualité de vie ensemble.

La place de la voiture dans la conception de notre urbanisme, et la mise en cause de l’idée reçue que ce mode de déplacement envahissant serait indispensable à la vitalité commerciale du centre-ville, l’idée inverse de la nécessité de « pacifier » les déplacements en hypercentre pour aménager un espace agréable à vivre, favorable à la flânerie et aux commerces. Une réflexion à accompagner bien sûr de la mise en cause définitive du développement de l’urbanisme commercial en périphérie des villes qui a prévalu ces dernières décennies, décisions de stratégies offensives de la grande distribution, généralement soutenues par les pouvoirs publics locaux.

Quelques membres du collectif Vélorution orléanaise ont eu l’occasion de rencontrer récemment Élisa Pinault, présidente de l’association de commerçants « les vitrines d’Orléans », pour évoquer de façon pour le moment très informelle les difficultés d’accès au centre d’Orléans. Le constat est partagé : tant cyclistes que commerçant du centre-ville souhaitent la vitalité du « cœur de ville ». C’est là que les premiers font leurs courses (et non bien sûr dans les centres commerciaux de périphérie, absolument pas adaptés et accueillants pour les déplacements à vélo), et que les seconds veulent attirer la clientèle.
La discussion est à poursuivre, car la vision de la place de la voiture dans ce paysage urbain n’est pour le moment pas particulièrement en phase. Paradoxalement dirais-je, puisque l’on peut argumenter, en suivant Olivier Razemon notamment, que l’intérêt des commerçants de centre-ville est précisément d’en finir avec « le royaume de la voiture immobile ».
Le dialogue pour trouver des solutions se poursuivra entre commerçants, cyclistes et piétons. Dans l’attente, Vitrines d’Orléans et Élisa Pinault, venez débattre ce soir avec Olivier Razemon. Il connaît, pour y avoir travaillé depuis plusieurs années, le sujet en profondeur, et les échanges que vous pourrez avoir apporteront certainement une meilleure compréhension face à cet enjeu majeur pour notre façon de vivre la ville.

Fillon à Orléans : acharné sans doute, durable certainement pas

François Fillon revendique la stratégie du pilote de course, et entend pousser son moteur le plus loin possible. Le véhicule est un peu accidenté, il perd de l’huile, le pot d’échappement crache un épais nuage de fumée noire, au point que son équipe est asphyxiée, mais rien n’empêchera le conducteur de rester sur la piste. Un candidat durable, comme il viendra sans doute l’affirmer encore à Orléans ce soir, en évoquant le développement du même nom et en confondant comme souvent ce qui est « soutenable », c’est-à-dire ce que nous engager sans gâcher les ressources des générations futures, et ce qui consiste à croire en une croissance perpétuelle et infinie.

Le programme de François Fillon en termes d’environnement, d’énergie et d’agriculture est sans nul doute l’un des plus rétrogrades qui soient. Il y a peu de temps, interrogé sur RTL, Nicolas Hulot s’est dit « désolé » par les idées de François Fillon. « C’est dommage que quelqu’un qui visiblement est proche des milieux catholiques n’ait pas été plus inspiré par l’encyclique du pape » sur l’environnement.
Il y a 10 ans, Serge Grouard signait le pacte écologique proposé par Nicolas Hulot. Aujourd’hui le programme du candidat qu’il soutient avec entêtement propose un projet qui prône la relance du nucléaire, de la recherche sur les OGM et les gaz de schiste, qui veut, entre autres réjouissances, bannir le principe de précaution pourtant inscrit depuis 2005 dans la constitution, et mettre fin aux subventions aux énergies renouvelables…
En ce qui concerne le nucléaire, aucune allusion bien sûr aux risques d’accident, à la nécessité d’importer l’uranium, ressource qui n’est pas inépuisable, au traitement des déchets, et au coût financier qui explose. Pour Nicolas Hulot : « Les faits sont là, et notamment d’un point de vue économique c’est un mode de production énergétique qui nous emmène dans des dérives financières absolument terrifiantes ».
En libéral farouche, rejoignant la logique et le discours de Trump aux États-Unis, Fillon conspue « l’overdose normative » et veut exonérer nos entreprises des normes qui les « pénalisent ». Jusqu’à mettre en cause le principe de précaution en cas de risque sur l’environnement. « Revenir en arrière serait une régression » souligne à ce sujet Nicolas Hulot.
Bref, une lignée qui laisse envisager les pires dérives. Nous écouterons les annonces faites à Orléans ce soir, mais si elles sont dans la même veine, le pour-toujours candidat Fillon restera le très mauvais élève de la protection de l’environnement.

Dans cette campagne présidentielle, François Fillon s’est disqualifié tout seul, et Serge Grouard ne sera pas ministre du Développement durable. Et c’est tant mieux : il aurait dû appliquer un programme, coordonné par lui-même dit-on, qui n’a rien de soutenable.

Une soirée comme une autre : pollution forte !

Les conditions climatiques ce soir sont assez habituelles, rien dans les médias n’attirera notre attention sur la pollution de l’air que nous respirons. Pourtant, si l’on consulte Plume Labs, petite application sur smartphone, et son « Plume Air Report » ciblé sur la ville d’Orléans, mieux vaudra en soirée ne pas forcer en pratiquant un sport de plein air, ni en faisant du vélo, mieux vaudra aussi éviter d’exposer son bébé à l’air urbain ! Pollution forte, indice 66 pour les particules fines PM2.5 (35 en moyenne annuelle, et nous étions aux alentours du 20 janvier dernier à près de 100). Quels sont les risques, nous dit Plume à propos de ces particules : « Elles sont la cause de nombreuses allergies nasales. S’y exposer est un facteur de risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires, et de cancer du poumon. »

Il y a dans cette application, qui s’appuie sur les données de Lig’Air, de nombreuses autres explications sur les polluants de l’air et sur les pics de pollution. Pas de quoi se rassurer, mais sans doute de se décider à ne pas attendre les bras croisés les prochaines alertes des agences de santé et des pouvoirs publics nous enjoignant de nous calfeutrer chez nous en évoquant les 48 000 morts prématurées chaque année en France.

La pollution atmosphérique devient une maladie chronique de nos villes. Comme s’il fallait s’habituer à éviter d’aller se promener avec un bébé, à ne pas pouvoir aller faire un footing ou une balade sportive à vélo… Comme s’il devenait banal de conseiller à des personnes âgées de rester chez elles et de ne pas faire d’effort ! Attention aux beaux jours : pour reprendre la formule d’Éloi Laurent, désormais, quand il fait beau, il fait sale !

La préfecture du Loiret a imposé, lors du dernier pic de pollution, de limiter la vitesse de 20 km/h sur les grands axes. Si l’on en croît le reportage diffusé sur France bleu Orléans à l’époque, tout cela ne semble pas préoccuper grand monde (Reportage sur les routes du Loiret : « la pollution ? On s’en fout ! »). Pourtant, Christian Braux, le vice-président d’Orléans Métropole en charge de l’environnement y déclarait prendre les choses au sérieux. « Mais la circulation alternée, c’est une mesure qui ne peut être décidée que par le préfet du Loiret. »
Faux.
Depuis le 17 août 2015, la loi dite de « transition énergétique » stipule que « pour lutter contre la pollution atmosphérique, des zones à circulation restreinte peuvent être créées dans les agglomérations (…) par le maire ou par le président [de l’agglomération] lorsque celui-ci dispose du pouvoir de police de la circulation, sur tout ou partie du territoire de la commune ou [de l’agglomération]. » Un arrêté peut déterminer les mesures de restriction de circulation applicables et les catégories de véhicules concernés. Il convient bien sûr de discuter de tout cela avec le préfet et le président du Département pour ce qui concerne les axes dont le Département à la responsabilité, mais c’est tout à fait possible. C’est ainsi que Grenoble a procédé pour mettre en place lors des pics de pollution de janvier une série de mesures issues d’un protocole d’accord partenarial sur les pics de pollution de l’air signé notamment avec l’État et le syndicat mixte des transports en commun.

Nous avons donc désormais les outils pour anticiper ces situations qui risqueraient de devenir notre quotidien.
Crit’air, pour agir en urgence, mais aussi et surtout une sensibilisation aux alternatives qui donneront à chacun une solution de repli intéressante pour éviter d’utiliser sa voiture : gratuité des transports collectifs, soutien volontariste aux Plans de Déplacement Entreprise et à l’application de l’Indemnité Kilométrique Vélo, idées pour avantager le covoiturage…
Et bien sûr favoriser enfin véritablement le vélo, comme on le claironne officiellement depuis longtemps dans le PDU (plan de déplacements urbains) ou dans le PPA (Plan de Protection de l’Atmosphère), selon de belles paroles qui restent souvent de simples vœux pieux.
Les résultats dévoilés récemment par l’Insee montrent que la part des déplacements vélo pour le travail dans notre métropole est malheureusement très en deçà de celle de Strasbourg bien sûr, mais aussi de Tours ou d’Angers, ce qui est préoccupant. Progresser sur ce terrain, c’est grignoter petit à petit sur les émissions polluantes dans nos rues, et gagner pour notre santé.

Elle n’existe pas, mais il faudrait l’inventer : la vignette Crit’air bleu ciel, zéro pollution, pour les vélos !

Soit dit en passant, et puisque la question est souvent posée de savoir s’il est bien raisonnable d’enfourcher son vélo en respirant un air vicié, toutes les infos les plus sérieuses concordent : il ne faut pas faire de gros efforts en pédalant mode sportif en compétition, mais utiliser une voiture ne fait qu’aggraver les choses y compris pour soi-même. Dans l’habitacle fermé d’une voiture, l’exposition aux polluants est beaucoup plus forte !
Plume cite à ce sujet une étude menée en Angleterre : « en voiture, l’on s’expose à plus du double de la pollution de l’air que respire un piéton… et plus de huit fois la dose de pollution que subit un cycliste ! »

Au fait, au volant de votre voiture, plutôt que de vous agacer lorsque un.e cycliste encombre « votre » route, remerciez-la ou remerciez-le : en se déplaçant à vélo, le ou la cycliste protège non seulement sa propre santé, mais aussi celles de 2 autres personnes ! Dans son édito du Monde du 30-31 octobre 2016, « Pédalez sans crainte », Stéphane Foucart mentionnait les calculs de chercheurs néerlandais :

La réduction de mortalité ne profite pas seulement aux cyclistes nouvellement convertis : la pollution et les accidents de la route évités entraînent une baisse de mortalité pour l’ensemble de la population. Schématiquement, un individu renonçant à sa voiture pour parcourir chaque jour une douzaine de kilomètres à vélo offre gracieusement à environ deux autres personnes le même gain moyen d’espérance de vie qu’il s’est octroyé en changeant ses habitudes.

Bientôt 50% de bio dans les cantines d’Orléans

Il y aura du bio dans les cantines orléanaises. L’annonce en a été faite par Florent Montillot lui-même à l’occasion du Conseil Municipal d’Orléans du 10 octobre 2016, et cela sera par la force des choses confirmé lorsqu’il s’agira de préciser le cahier des charges du futur délégataire de ce service public. « Je ne fixe pas de cap », a-t-il annoncé, en rappelant toutefois les objectifs du Grenelle de l’environnement, qui fixait la part à 20%, et l’amendement récemment défendu devant le parlement qui hisse le repère à 40% de produits locaux et 20% sur le bio.
Cet amendement visant « à favoriser l’ancrage territorial de l’alimentation » a eu un parcours législatif compliqué, validé il y a déjà plusieurs mois et à l’unanimité par le parlement, il a été systématiquement bloqué par les sénateurs. Dernier épisode en date au cours des navettes d’une chambre à l’autre, il vient d’être réintroduit dans le cadre de la loi « égalité et citoyenneté » et une nouvelle fois validé par l’Assemblée Nationale.
Celle-ci ayant le dernier mot, cette mesure doit être définitivement entérinée en janvier 2017. Entrera alors en vigueur, pour 2020, la proportion indiquée par Florent Montillot : les restaurants collectifs publics devront proposer à leurs convives 40% de produits durables (de saison, de qualité, issus de circuits courts…), dont 20% de produits bio.

Cette mesure de soutien à l’alimentation de proximité et à l’agriculture locale, que revendique Florent Montillot, est également souhaitée par 76% des français (Sondage IPSOS de janvier 2015). Mais l’élu orléanais, qui aime à se présenter comme homme de défi, a clairement indiqué qu’il n’en resterait pas là :

Nous, nous serons bien au-delà de la volonté nationale.

L’objectif qu’il se fixe est beaucoup plus ambitieux : les repas collectifs préparés par la cuisine centrale comporteront, aussi vite que possible, 100% de produits locaux. Bien au-delà donc en effet des 40% attendus par la loi pour 2020. Et pour ce qui concerne le bio, cela nous mène à un objectif de l’ordre de 50%, pas si utopique qu’il pourrait y paraître au premier abord, puisque des communes comme Saint-Etienne l’ont d’ores et déjà atteint.

« Manger, choisir la nourriture servie aux enfants, aux jeunes, aux malades, aux personnes résidant en EHPAD, est bien un choix responsable, politique et citoyen. » Et par-delà cette responsabilité, M. Montillot a 1000 fois raison : il s’agit de structurer la filière locale et de sauver, dans la proximité, les agriculteurs. Il en sera de même pour donner un salutaire coup de pouce à ceux qui font la démarche de passer au bio, d’autant que l’amendement cité ci-dessus a eu l’intelligence d’inclure les surfaces agricoles en conversion à la production biologique.
Le levier de la restauration collective, outil très efficace localement, permettra ainsi de soutenir les agriculteurs de la région et de contribuer à assurer un égal accès pour tous à une alimentation saine.
Le nouveau contrat de gestion des cantines orléanaises va donc très rapidement rompre avec un engagement extrêmement timide envers les produits de saison, locaux et bio, qui prévalait ces dernières années. Compte tenu de l’importance des enjeux économiques et environnementaux, il y a lieu de s’en féliciter!

Orléanocide : assassinat de festival orléanais dans un bureau fermé de l’intérieur

Les décisions de politique culturelle orléanaise se suivent et se ressemblent, abruptes et unilatérales. Sous forme d’annonces dans la presse, autant pour la fin d’un événement que pour la création d’un autre. Aujourd’hui, c’est Orléanoïde qui meurt poignardé, dans un revirement inattendu, après de nombreuses annonces quant à une orientation marquée sur le numérique et l’innovation. Mais si le Lab’O a le vent en poupe, c’est pour communiquer sur les startups high-tech et le e-commerce, et personne ne semble décidément comprendre ce qui est pourtant une évidence ailleurs : c’est dans le brassage et le métissage, dans la confrontation avec les artistes – entre autres – que les idées novatrices naissent.
Lorsqu’a lieu un « startup week-end », les spécialistes se rengorgent d’une innovation permise par les rencontres fortuites, ce que l’on nomme pompeusement la sérendipité, pour s’émerveiller de ce que les créatifs peuvent apporter aux entreprises du numérique.
Mais lorsqu’il s’agit d’ouvrir les portes du Lab’O ou de confirmer son soutien à un festival comme Orléanoïde, toutes ces belles intentions sont vite oubliées.

Il y a à peine plus d’un an, fin 2014, Nathalie Kerrien, adjointe à la culture, déjà dans la polémique et les incertitudes sur ce qui serait conservé des événements culturels orléanais, réaffirmait son intention de prolonger les « assises de la culture » tenues en 2013. « Et je compte bien également en organiser de façon régulière, de façon à rester en contact permanent avec les attentes des artistes et des créateurs orléanais ». C’était même, surenchérissait Serge Grouard, alors encore maire, une « idée fixe ».
Une idée bien vite oubliée pourtant.

Qu’importe si certaines propositions d’un festival déçoivent les uns ou les autres, il faut du temps et de la concertation pour qu’une manifestation puisse tâtonner, inventer, surprendre, et s’installer.
On nous annonce un nouveau festival, les « voix d’Orléans », concocté manifestement dans le plus grand secret de bureaux aux portes verrouillées de l’intérieur. Combien de temps aura-t-il sa chance, et comment imaginer, s’il n’a pas été porté par une implication aussi large que possible des acteurs culturels et des publics dans toute leur diversité, qu’il puisse démarrer sur de bonnes « assises » ?

La fausse modestie est le dernier raffinement de la vanité

L’humble député mais néanmoins grand moraliste Serge Grouard déclame sa colère « au nom du peuple de France à ceux qui la gouverne » avec les accents d’un langage populaire, « Je vous dis merde ! Vous comprenez? » .
Il parle au nom du peuple mais signe en faisant valoir son titre de représentant des citoyens. Schizophrène, l’élu cumulard fustige ses pairs en prétendant incarner le « peuple de France » exaspéré, mais la diatribe est au final revendiquée par Serge Grouard le député, fut-il « modeste ».

L’élu Serge Grouard ne serait pas « complice » de ces politiciens qu’il accuse, au nom du peuple, de n’être que médiocrité ? Lui qui vit en politique depuis plus de 20 ans, peut-il s’exonérer de ses responsabilités en se faisant passer pour un citoyen en colère? N’a-t-il grandement participé à ce déclin qui lui fait honte? Sauf à prétendre être lui aussi, comme élu, « l’incarnation du peuple », à l’égal de « Jeanne d’Arc, de Gaulle ou Jaurès ».

Au nom du peuple toujours, il brandit la menace de représailles violentes. Sauf si les politiques virent enfin « tous ceux qui m’emmerdent depuis si longtemps ».
Serge Grouard, en votre nom, « ayez la décence de vous retirer. Pour moi, pour la France que vous prétendez aimer. » Puisque vous en appelez au renouvellement, à la reconstruction, appliquez la sentence, monsieur Grouard. Départissez-vous des mandats politiques qui vous encombrent encore.
Mais peut-être êtes-vous simplement engagé dans une campagne politicienne, comme le relève avec perfidie l’hebdo Marianne en remarquant une formulation faussement naïve qui reprend le slogan de François Fillon, votre champion annoncé pour les futures primaires de la droite aux élections présidentielles?
Toute cette colère surjouée ne serait alors que vile hypocrisie?

« Il y a une fausse modestie qui est vanité ; une fausse gloire qui est légèreté ; une fausse grandeur qui est petitesse ; une fausse vertu qui est hypocrisie ; une fausse sagesse qui est pruderie », écrivait quant à lui le moraliste Jean de La Bruyère au XVIIe siècle.

Bîmes de Loire : la liberté d’expression engloutie pendant le festival

Autre élément à annexer au bilan du Festival de Loire 2015 présenté aujourd’hui en conseil municipal : la déconvenue d’Arnaud Méthivier, dont le dernier concert fut déprogrammé sans autre forme de procès. À lire les médias locaux, le maire et le plaignant devraient pouvoir se rencontrer pour s’en expliquer. Mais parleront-ils de la même chose ?
Il y a une différence de point de vue que n’aura manifestement pas bien mesurée Arnaud Méthivier.
Dans l’esprit de l’élue chargée du suivi du festival de Loire, il ne s’agit pas d’un événement culturel au cours duquel se produisent des artistes mais bien plutôt d’une manifestation festive pendant laquelle des prestataires rémunérés par l’organisation sont chargés des animations.
Dans cet esprit, la mairie est un employeur, soucieux de la réputation de sa « marque », et qui entend donc que ses prestataires se plient à la réserve due par les employés pour ne pas mettre en cause la bonne réputation de leur entreprise et de leur patron.
Pour Nano, dont on connaît, notamment par la fête des Duits, l’attention à procurer aux artistes un espace d’expression sans la moindre tutelle, la liberté de parole ne saurait bien évidemment être contrainte par des soucis de promotion et d’image.
Interdire de scène un artiste est tout sauf anodin, c’est un acte fort contre la liberté d’expression à laquelle des élus ne peuvent contrevenir dès que quelque chose leur déplaît. Un acte de censure, de mépris de l’artiste, et Arnaud Méthivier est en droit d’obtenir des réponses convaincantes à sa « lettre ouverte ».
À moins que la municipalité n’assume totalement et considère tout simplement avoir fait une erreur en envisageant une programmation culturelle pour accompagner son événement festif…

Le festival de Loire à Vélo : 40 000 cyclistes

Le septième festival de Loire affiche son bilan de fréquentation, et les chiffres des organisateurs coïncident avec ceux de la police municipale : 650000 festivaliers. Cette fréquentation est fort opportunément conforme à la prévision, ce qui est une bonne chose pour faciliter l’intendance de l’événement.
Je ne reviendrai pas sur l’amusant billet de Gérard Poitou publié fin septembre sur Mag’Centre, Festival de Loire: des chiffres et des leurres, si ce n’est pour aborder l’accès cycliste aux festivités sur les quais de Loire.

Cette année, en gage de la prise en compte du développement durable, l’organisation a tenté de considérer avec attention les vélos accédant au site. Un grand parking fut donc aménagé pour les 2 roues, « espace vélo » de l’AgglO comprenant un point accueil destiné à présenter la politique de notre agglomération en faveur des déplacements actifs. Il fallait voir grand : si l’on tient compte de l’affirmation d’une part modale de 5,5 % pour les déplacements à vélo, avec 650000 festivaliers attendus, le calcul donne un peu plus de 35000 cyclistes ! Et puisque l’accès automobile était sérieusement contrarié, on pouvait aisément imaginer un pourcentage légèrement supérieur, et prévoir environ 40000 vélos sur les quais de Loire…
Rien que le samedi, pour lequel l’évaluation de 200000 personnes semble coller avec l’estimation globale de 650000 visiteurs, cela donne environ 12000 cyclistes sur place : une belle promotion des déplacements doux.

IMG_0519Le pointage in situ le samedi soir, au plus fort de la fête, donne un résultat sensiblement inférieur : environ 40 vélos accrochés aux barrières disposées sur le trottoir au début du quai Cypierre, probablement un peu plus disséminés ça et là au long des quais du Châtelet et jusqu’au quai du Roi… au total probablement une bonne centaine de vélos… Et des « espaces vélos » de l’agglo désertés.
Il faut bien dire qu’imaginer des cyclistes allant accrocher leur vélo sur les quais à plus de 500 mètres du festival, pour revenir donc à pieds profiter de la fête, c’est sans doute mal comprendre les souhaits et les habitudes des cyclistes.

Le dispositif aura permis d’éviter les engorgements dans les rues d’Orléans et les véhicules garés tant bien que mal à proximité des quais. Car au final, personne ne s’en est plaint, non ?

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Note : les espaces-vélos aménagés pendant le festival restent fermés aux voitures et ces places de parking magnifiquement disposées en bord de Loire vont être affectées à une autre occupation, plus conforme à la vue et à la poursuite de la mise en valeur de la Loire. Une décision à saluer, courageuse lorsque l’on imagine la grogne des automobilistes habitués à trouver là une luxueuse place gratuite sur le domaine public pour leur véhicule personnel. Une décision qui aura par ailleurs le mérite de contribuer à remplir un peu les parkings du Cheval Rouge ou Saint-Paul, qui sont, hormis le samedi et pendant les fêtes de Noël, bien vides…

Passerelle de la Saint-Glinglin

Le pont George V est unanimement reconnu comme l’un des emblématiques points noirs du réseau cyclable orléanais, un passage extrêmement dissuasif et pourtant obligé pour traverser en vélo Orléans sur l’axe sud-nord, et inversement. Les études et plans pour résoudre cette difficulté ne manquent pas, plus ou moins polémiques, et ce depuis de nombreuses années. Jusqu’ici, le programme de la majorité municipale partait du principe que la solution passerelle n’était pas envisageable : trop cher et techniquement complexe, incompatible par ailleurs avec la protection patrimoniale du pont George V. Un point de vue réaffirmé avec beaucoup de conviction le 9 juillet 2015 par Mathieu Langlois, récemment promu adjoint du quartier St-Marceau, à l’occasion d’une réunion du Conseil Consultatif de Quartier.
Grande surprise donc le lendemain 10 juillet, lors de l’Assemblée Générale du quartier, avec la volonté annoncée par le nouveau maire Olivier Carré de préconiser une passerelle accolée au pont (dite « en encorbellement »).

Dommage que Mathieu Langlois n’ait pas été mis au courant de cette annonce, cela lui aurait évité de donner l’image d’un adjoint bien mal informé de l’actualité des projets de son quartier. À moins qu’il n’ait voulu laisser la primeur de l’annonce à M. le Maire. Peut-être, mais cela laisse quoi qu’il en soit songeur sur le rôle concret du Conseil Consultatif de Quartier…

Tout comme laisse songeur ce parti-pris soudain en faveur de la passerelle en encorbellement. La passerelle du pont Maréchal Leclerc à Olivet est un indéniable succès pour la sécurité de la traversée du Loiret, mais son coût ne fut pas anodin : environ 3 millions d’euros. Il est bien difficile de croire à sa réalisation compte tenu des contraintes patrimoniales, mais dans l’hypothèse d’un accord de l’architecte des bâtiments de France, on imagine sans peine que la facture se situera dans une fourchette de 5 à 10 millions d’euros. Avec en prime des travaux qui bloqueront une voie pendant de nombreux mois…

D’où cette proposition : économisons le coût des travaux et faisons la simulation de ce blocage de voie pour 6 mois à 1 an. Nous aurons alors une idée précise de l’impact pour les véhicules motorisés.
 

Citadis_n°64_sur_le_Pont_Wilson_de_Tours_par_CramosLorsque le tram a été mis en service à Tours, le pont Wilson a perdu une voie au profit des piétons et cyclistes. Il y avait pourtant déjà à Tours une passerelle dédiée aux « déplacements actifs » (le pont suspendu de Saint-Symphorien) et seulement 13 voies (dans les 2 sens) sur 4 ponts. Malgré ce qu’affirme Olivier Carré, les 4 ponts orléanais comportent 14 voies au total. Pourquoi la suppression d’une voie sur 14 serait-elle plus insupportable aux Orléanais qu’aux Tourangeaux ? Certes, Tours n’est pas capitale régionale, mais tout de même, on peut supposer que la Loire y est traversée sensiblement aussi souvent que chez nous…
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Cette annonce-surprise ressemble en réalité beaucoup à une stratégie destinée à gagner du temps (celui des nombreuses études et non moins diverses polémiques), pour finir par attribuer l’échec du projet à l’architecte des bâtiments de France.
Il faudra alors, dans quelques années, repartir de zéro…
Si l’on reste sur cette idée, on pourra sans doute parier sans grand risque que ce dossier sera de nouveau l’un des grands sujets de la campagne municipale de 2020…
 

Épargnons temps et argent en testant la neutralisation d’une voie. Pas de travaux, quelques aménagements de signalisation et un effort de communication : aucun obstacle important n’empêche de tester le dispositif sur plusieurs mois, afin de se faire une idée précise. Imaginons qu’il y ait des travaux sur le pont, tout comme il y en a eu lors de l’installation de la plateforme du tram, ou à l’occasion de l’aménagement de la passerelle du pont Maréchal Leclerc. Des circuits de substitution se mettront nécessairement en place, et l’on pourra analyser leur impact.